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20 ans de prison pour Marouane Mabrouk et 6 ans pour Youssef Chahed dans l’affaire de la levée du gel des avoirs européens

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La chambre criminelle spécialisée dans la corruption financière du tribunal de première instance de Tunis a rendu, lundi 2 mars au soir, un verdict lourd de conséquences dans l’un des dossiers les plus sensibles de la décennie. Mêlant hauts responsables politiques et homme d’affaires proche de l’ancien régime, ce jugement éclaire d’un jour cru les compromissions de la Tunisie post-révolutionnaire.

C’est un total de vingt années de prison qui vient alourdir le casier judiciaire déjà bien fourni de Marouane Mabrouk. L’homme d’affaires, gendre de l’ancien président déchu Zine El-Abidine Ben Ali, a été reconnu coupable dans deux affaires distinctes jugées conjointement par la juridiction spécialisée dans les litiges financiers.

Dans le premier dossier, qui concerne des malversations au sein d’une de ses sociétés, Marouane Mabrouk a écopé de quatorze ans de prison. La cour a assorti cette peine d’« amendes financières lourdes » et d’une mesure de confiscation de ses biens, selon le verdict consulté par l’AFP. Le second volet, politiquement le plus explosier, concerne la levée du gel des avoirs européens de M. Mabrouk. Pour avoir obtenu, par des moyens jugés frauduleux par la justice, le déblocage de ces fonds en 2017, il a été condamné à six années supplémentaires, portant sa peine cumulée à deux décennies de réclusion .

Un conseil ministériel sous haute tension

Ce second volet de l’affaire a mis en lumière les luttes d’influence au sommet de l’État sous le mandat de l’ancien chef du gouvernement, Youssef Chahed (2016-2020). Le tribunal a longuement disséqué les conditions dans lesquelles le conseil ministériel chargé de se prononcer sur cette levée de gel avait pris sa décision.

Le verdict final a créé une fracture nette entre les anciens membres du gouvernement. Trois d’entre eux, Salma Loumi, Samir Taïeb et Imad Hammami, qui avaient refusé de lever le gel des avoirs, ont bénéficié d’un non-lieu.

À l’inverse, leurs anciens collègues ayant voté en faveur de M. Mabrouk ont été lourdement sanctionnés. Riadh Mouakher, Khemaies Jhinaoui et Ridha Chalghoum ont été condamnés à six ans de prison au titre de l’article 96 du code pénal, qui réprime les abus de fonction. Le sort de Youssef Chahed et de Mabrouk Korchid est encore plus scellé : condamnés également à six ans de prison, un mandat de dépôt immédiat a été délivré à leur encontre, signifiant qu’ils sont sous le coup d’une recherche active par les autorités, tous deux étant présumés en fuite .

Une trajectoire judiciaire erratique

Ce jugement, attendu depuis la mise en délibéré le 2 mars, intervient après des années de rebondissements procéduraux. Arrêté il y a plus de deux ans, Marouane Mabrouk avait vu sa demande de libération conditionnelle soumise à une caution astronomique, récemment réduite de 1 milliard à 800 millions de dinars tunisiens (environ 237 millions d’euros), un montant qui illustre l’échelle des intérêts financiers en jeu .

Ce verdict s’inscrit dans une séquence judiciaire intense où les anciennes élites politiques et économiques sont rattrapées par des enquêtes pour corruption. Si certains y voient la main d’une justice enfin indépendante, d’autres, à l’image de la Ligue tunisienne des droits de l’homme, dénoncent régulièrement une instrumentalisation politique des tribunaux.

Contactés par l’AFP, les avocats de la défense n’avaient pas encore indiqué, tard lundi soir, s’ils comptaient faire appel de la décision. Marouane Mabrouk, qui était détenu au moment du procès, purge d’ores et déjà une autre peine de cinq ans prononcée récemment dans une affaire bancaire distincte .

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