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Une journée par an : le service minimum de l’ambassade de Tunisie en Suisse
Une seule journée consulaire à Genève annoncée pour 2026. Pas d’ambassadeur en poste depuis plusieurs mois. Des milliers de ressortissants contraints de rallier Berne pour le moindre document administratif. L’ambassade de Tunisie en Suisse est en décrochage.
Il faut parfois se souvenir de ce qu’une institution était pour mesurer ce qu’elle est devenue. Du temps du Batonier Abderrazak Kilani à Genève, les ressortissants tunisiens établis dans la région genevoise bénéficiaient d’une présence consulaire rythmée : deux missions décentralisées par mois, deux occasions par mois de renouveler un passeport, d’enregistrer une naissance, de faire légaliser un document ,sans avoir à traverser le pays. C’était il y a quelques années. C’était une autre époque.
Aujourd’hui, l’ambassade annonce, avec un certain solennité, l’organisation d’une journée consulaire à Genève pour le 9 mai 2026. Une journée. Une seule, en un an, peut-être deux. Le contraste avec ce que la communauté avait connu est saisissant, et n’échappe à personne parmi les Tunisiens de Romandie, dont le nombre se compte pourtant en milliers.
Le vide au sommet
La dégradation du service consulaire ne s’explique pas seulement par des contraintes budgétaires ou logistiques. Elle s’inscrit dans un contexte plus préoccupant : l’ambassade de Tunisie à Berne est depuis plusieurs mois sans ambassadeur. Le poste est vacant. Aucun chef de mission n’a été nommé pour représenter officiellement l’État tunisien en Suisse , un pays où réside pourtant une diaspora nombreuse et active, où se jouent des enjeux économiques, académiques et migratoires qui concernent directement Tunis.
Cette vacance n’est pas anodine. Elle prive la représentation diplomatique de toute autorité politique réelle, alourdit les décisions internes, et envoie un signal difficile à ignorer : la Suisse, pour l’heure, n’est pas une priorité.
Joindre l’ambassade : un parcours du combattant
Ceux qui ont tenté de contacter la chancellerie ces derniers mois en gardent un souvenir amer. Les lignes téléphoniques sonnent dans le vide, les courriels restent sans réponse pendant des jours, parfois des semaines. Obtenir un simple rendez-vous pour un dossier urgent relève, selon plusieurs ressortissants interrogés, d’une véritable épreuve d’endurance.
Pour ceux qui n’ont d’autre choix que de se déplacer, c’est Berne , et Berne seulement. Deux heures de train depuis Genève, une journée de travail sacrifiée, des frais de déplacement que tous ne peuvent pas assumer. Pour une famille modeste, pour un travailleur sans congés flexibles, pour une personne âgée peu mobile, ce trajet n’a rien d’anodin.
Une annonce qui ne trompe personne
La journée du 9 mai ne saurait donc passer pour une avancée. Au mieux, c’est un rattrapage partiel, un geste symbolique destiné à apaiser une frustration qui s’est accumulée depuis trop longtemps. L’ambassade promet, dans la même communication, d’organiser d’autres déplacements dans les mois à venir, en Suisse et au Liechtenstein, sans préciser ni les dates, ni les lieux, ni la fréquence.
Ce flou entretenu est en lui-même révélateur. Une diplomatie consulaire digne de ce nom ne s’annonce pas au fil de l’eau : elle planifie, elle communique, elle garantit une régularité sur laquelle les ressortissants peuvent compter. Ce que la communauté tunisienne de Suisse demande, ce n’est pas la générosité d’une apparition annuelle, c’est la fiabilité d’un service public.
Une question de respect
Au fond, ce qui se joue ici dépasse la logistique consulaire. Les Tunisiens de Suisse contribuent à l’économie de leur pays d’accueil, envoient des transferts vers leurs familles restées au pays, participent au rayonnement culturel et économique de la Tunisie à l’étranger. En retour, ils sont en droit d’attendre d’un État qui se dit soucieux de sa diaspora qu’il leur offre, au minimum, une présence régulière, une ligne qui répond, et un ambassadeur qui incarne cette présence.
Rien de tout cela n’est acquis aujourd’hui. Et une journée de guichet en mai, aussi bien intentionnée soit-elle, ne saurait combler ce fossé.