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Libye : et si la sortie de crise s’appelait Al-Senussi ?

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Tripoli, mur d’enceinte de la mission diplomatique. Un garde souffle dans ses mains. L’hiver approche. À l’intérieur, on parle. On chuchote. Un nom, surtout. Nasser Salah Mansour Safi Al-Din Al-Sharif Al-Senussi. Cinquante-quatre ans. Pas un centime de dette politique envers les milices. Pas une seule bataille à son actif. Pas une déclaration fracassante. Juste un réseau. Immense. De l’est, de l’ouest, du sud. Des hommes de pouvoir, des notables, des techniciens. Et une idée fixe, racontent ses proches : le dialogue, d’abord. Toujours.

Pourquoi lui, maintenant ? Parce que la Libylie n’en peut plus. Parce que les gouvernements de transition se succèdent, identiques. Parce que les élections promises pour 2021 sont mortes-nées. Parce que la rue grogne. Parce que les puissances étrangères s’épuisent à jouer les marionnettistes. Alors on cherche. On gratte. On ose des hypothèses.

Al-Senussi n’est pas un candidat. Pas encore. Peut-être jamais. Mais son nom flotte. Dans les salons de l’ONU à Genève. Dans les messageries chiffrées des diplomates. Dans les conversations des chefs tribaux qui ne se parlaient plus.

L’homme qui vient de l’ombre, mais pas de nulle part

Il n’a pas d’armée. Pas de milice à sa botte. Pas de compte en banque suisse alimenté par le pétrole. Cette faiblesse, ses partisans en font une force. Al-Senussi ne doit rien à personne, sinon à son nom. Et ce nom pèse.

Son grand-père, Safi Al-Din Al-Sharif Al-Senussi. Résistant à l’Italie fasciste. Bâtisseur de l’État libyen naissant. Celui qui refusa de plier. Plus tard, la monarchie tombe. Kadhafi balaie tout. La famille se terre. Puis l’exil discret. Nasser naît loin des projecteurs. Grandit dans l’ombre de cette histoire. Une histoire glorieuse, mais encombrante. Un héritage royal sans nostalgie affichée.

À force de patience, il tisse. Des rencontres à Benghazi. Des déjeuners à Misrata. Des médiations dans le Fezzan, là où le sud brûle et où personne ne va. Sans fanfare. Sans conférence de presse. En silence.

Ceux qui l’ont croisé décrivent un homme calme. Économiste de formation. Administrateur rodé aux dossiers concrets : routes, électricité, salaires. Pas un théoricien. Pas un idéologue. Un faiseur de liens.

Le piège libyen : tout consensus est une cible

Reste l’os. Le vrai. Le blocage originel. La Libye n’est pas un pays, disent les pessimistes. C’est une collection de territoires armés. Chaque région a son chef. Chaque chef a ses bailleurs étrangers. Chaque bailleur a son agenda.

L’est tient par Haftar et ses alliés égyptiens. L’ouest vit sous la férule mouvante des milices tripolitaines. Le sud, abandonné, regarde le Tchad et le Niger. Au milieu, l’État ? Un fantôme. La Banque centrale elle-même est coupée en deux. Le pétrole, source de toutes les convoitises, régulièrement bloqué par un groupe armé ou une tribu mécontente.

Dans ce chaos, Al-Senussi voudrait faire quoi ? Asseoir tout le monde autour d’une table. Écrire une feuille de route. Organiser des élections. Vraies. Libre. Avec des perdants et des gagnants. Naïf ? Peut-être. Mais les Libyens ordinaires, ceux qui n’ont pas d’armes, ne demandent pas mieux.

Les sceptiques ricanent. « Un Senoussi ? La monarchie, c’est fini depuis 1969. » Les inquiets tremblent : trop proche de l’est pour l’ouest, trop proche de l’ouest pour l’est. Les réalistes haussent les épaules : sans soutien militaire, aucun homme ne tient à Tripoli plus de six mois.

Et pourtant, les murmures persistent

Pourquoi, alors, son nom continue-t-il de tourner ? Parce que l’échec des autres est total. Parce que Fayez el-Sarraj a jeté l’éponge. Parce qu’Abdul Hamid Dbeibah, affaibli, gère sans gouverner. Parce qu’Aguila Saleh incarne un est trop raide. Parce que la communauté internationale, ivre de contradictions, ne parvient plus à imposer son homme.

Alors on cherche ailleurs. On cherche un profil hybride. Un passeur. Quelqu’un qui puisse tendre des ponts sans brûler les siens. Al-Senussi correspond à ce désespoir élégant. Pas par ses déclarations – il n’en fait pas. Mais par sa simple présence. Par sa capacité à exister sans provoquer de rejet immédiat.

Un diplomate européen, sous couvert d’anonymat, glisse : « Dans ce pays, accepter que quelqu’un vous parle déjà, c’est un début. Lui, il parle à tout le monde. C’est plus rare qu’on ne croit. »

Pour l’instant, l’intéressé se tait. Aucune annonce. Aucune communication. Peut-être attend-il. Peut-être ne veut-il rien. Peut-être, au contraire, prépare-t-il son terrain en silence, comme il a toujours fait.

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