Politique

Cuba-Tunisie : des intellectuels et militants tunisiens appellent à la levée du blocus américain

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Le 1er juin 2026, à Tunis, un collectif d’intellectuels, d’artistes, d’universitaires, d’avocats, de journalistes et de militants de la société civile tunisienne a rendu publique une pétition de solidarité avec le peuple cubain, à l’initiative de l’Association d’Amitié Tuniso-Cubaine. Le texte condamne fermement le blocus imposé par les États-Unis contre Cuba, qu’il qualifie d’injuste, d’inhumain et d’illégal, et exige de la communauté internationale qu’elle assume ses responsabilités face à ce que les signataires décrivent comme une politique d’acharnement et d’intimidation menaçant la souveraineté d’un peuple épuisé par des décennies de pression économique et diplomatique.

Ce que dit la pétition

Le texte, sobre dans sa forme mais offensif dans son contenu, s’articule autour de trois axes principaux.

En premier lieu, les signataires expriment leur solidarité avec Cuba et saluent ce qu’ils nomment la résistance du peuple cubain et son attachement aux valeurs de l’unité nationale. Une formulation qui relève autant du registre politique que de celui de la fraternité militante, caractéristique d’une certaine tradition tiers-mondiste encore vivace dans une partie de la gauche et de la société civile tunisienne.

En deuxième lieu, la pétition exige des mesures concrètes et immédiates : la levée du blocus, l’autorisation de l’acheminement de l’aide humanitaire et la fourniture à Cuba de produits essentiels, notamment le carburant, les médicaments et les équipements sanitaires. Ces revendications s’ancrent dans une réalité documentée : Cuba traverse depuis plusieurs années une crise humanitaire d’une gravité croissante, marquée par des pénuries généralisées, des coupures d’électricité prolongées et un exode massif de sa population.

En troisième lieu, le texte interpelle directement la communauté internationale, l’ONU et les organisations régionales, les appelant à s’opposer à ce qu’il qualifie de politique agressive des États-Unis. Il va plus loin en avertissant que toute action militaire contre Cuba constituerait une catastrophe pour l’humanité — une mise en garde qui, bien que formulée au conditionnel, témoigne d’un niveau d’inquiétude réel quant à l’évolution du dossier sur la scène internationale.

Des voix tunisiennes dans un débat mondial

La publication de cette pétition depuis Tunis n’est pas un acte isolé. Elle s’inscrit dans une longue tradition de solidarité entre la Tunisie et Cuba, deux pays qui partagent, dans leurs histoires respectives, une sensibilité marquée aux questions de souveraineté nationale, d’indépendance vis-à-vis des grandes puissances et de résistance aux pressions extérieures. L’Association d’Amitié Tuniso-Cubaine, à l’origine de l’initiative, entretient depuis des décennies des liens culturels et politiques avec La Havane, et mobilise régulièrement un réseau de sympathisants issus de la gauche tunisienne, des milieux universitaires et des professions libérales.

Le profil des signataires — intellectuels, artistes, avocats, journalistes — dit quelque chose de la sociologie de ce courant de solidarité internationale en Tunisie. Il s’agit d’une frange cultivée et engagée de la société civile, dont les prises de position sur les grandes causes du monde arabe et international ont toujours nourri le débat public tunisien, bien au-delà des cercles militants. Le fait que cette pétition soit publiée en français et en arabe, et adressée à l’opinion internationale autant que locale, indique une volonté de résonance qui dépasse les frontières nationales.

Cuba en 2026 : une île entre résistance et naufrage

Pour comprendre l’urgence qui sous-tend ce texte, il faut regarder la réalité cubaine telle qu’elle se présente aujourd’hui. L’île traverse une crise multidimensionnelle sans précédent depuis la chute de l’Union soviétique. La pénurie de carburant paralyse l’économie et les transports. Les hôpitaux manquent de médicaments élémentaires. L’alimentation en électricité est devenue aléatoire, parfois réduite à quelques heures par jour dans certaines régions. Et l’exode de la population, notamment vers les États-Unis et l’Amérique latine, a atteint des proportions historiques, vidant l’île d’une partie significative de sa jeunesse et de ses forces vives.

Le blocus américain, maintenu sans interruption depuis plus de soixante ans et régulièrement renforcé par des sanctions supplémentaires, est au cœur de cette situation. Chaque année, l’Assemblée générale des Nations Unies vote à une écrasante majorité en faveur de sa levée — une résolution que Washington continue d’ignorer. En 2026, les tensions diplomatiques entre les deux pays ont connu une nouvelle aggravation, alimentée par des déclarations américaines sur la sécurité régionale dans les Caraïbes, que La Havane et ses soutiens internationaux interprètent comme des signaux précurseurs d’une escalade.

Sur le plan géopolitique, Cuba reste un terrain d’affrontement symbolique entre deux visions du monde : d’un côté, une conception libérale de l’ordre international portée par Washington ; de l’autre, un bloc de pays — Russie, Chine, Venezuela, Nicaragua, et plusieurs nations africaines et arabes — qui défendent le principe de non-ingérence et de souveraineté absolue des États. La Tunisie, traditionnellement non alignée dans son positionnement international, s’inscrit dans cette logique à travers des initiatives comme celle-ci, même si elles émanent de la société civile et non du gouvernement.

Sur le plan économique, les conséquences du blocus sont chiffrées avec précision par La Havane : le gouvernement cubain évalue le préjudice cumulé à plusieurs centaines de milliards de dollars sur six décennies. Au-delà des chiffres, c’est la capacité même de l’État cubain à fonctionner et à assurer les services de base à sa population qui est aujourd’hui en question. La crise humanitaire en cours alimente les tensions sociales internes, comme en témoignent les protestations populaires de juillet 2021 et les manifestations sporadiques qui ont suivi.

Une pétition, et après ?

Des textes de ce type, le monde en publie chaque jour par centaines. Leur portée pratique est rarement décisive. Mais ils remplissent une fonction que les diplomates et les chancelleries ne peuvent pas toujours assumer : celle de maintenir vivant, dans l’espace public, un sujet que la fatigue médiatique et les urgences du moment tendent à reléguer au second plan. En choisissant de prendre la parole sur Cuba depuis Tunis, en ce début de juin 2026, ces intellectuels et militants tunisiens posent une question qui dépasse largement l’île des Caraïbes : jusqu’où la communauté internationale est-elle prête à tolérer qu’un blocus économique continue de s’exercer contre un peuple entier, et au nom de quels principes ?


Lien de la pétition : Signer

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