<br />
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	<title>Archives des Inflation - Le pont de Genève</title>
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	<title>Archives des Inflation - Le pont de Genève</title>
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		<title>L’UGTT face au pouvoir : Le syndicat-citadelle dans la tourmente autoritaire</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le Pont de Genève]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 15 Aug 2025 12:26:44 +0000</pubDate>
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<h2 class="wp-block-heading"></h2>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Tunis, le 15 août 2025</strong> &#8211; Autour du bâtiment emblématique de l&rsquo;Union générale tunisienne du travail (UGTT), des restes de slogans arrachés jonchent le sol. Les fenêtres brisées rappellent l&rsquo;attaque du 7 août, quand des partisans du gouvernement ont pris d&rsquo;assaut les lieux, réclamant la fin de la puissante organisation syndicale. Dans son bureau, Noureddine Taboubi, le Secrétaire général de l&rsquo;UGTT, appelle en catastrophe les membres de la Commission administrative à se réunir. Leur but : organiser une grande manifestation de riposte le 21 août et brandir la menace d&rsquo;un arrêt de travail général. Cette montée de tension, sans précédent depuis la révolution de 2011, révèle un désaccord profond entre l&rsquo;UGTT et le président Kaïs Saïed. Cette lutte de pouvoir est ancrée dans le passé de la Tunisie et soulève des questions importantes sur le futur des forces d&rsquo;opposition dans une démocratie fragile.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Chapitre 1 : L’UGTT, colonne vertébrale de la Tunisie moderne</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;UGTT, créée en 1946 par Farhat Hached (tragiquement assassiné en 1952 par la Main rouge française), a profondément marqué l&rsquo;histoire de la Tunisie. Dans les années 50, elle était en première ligne contre la présence française, organisant des arrêts de travail et des protestations, malgré une répression violente. Après l&rsquo;indépendance, elle est devenue une sorte de contrepoids face au pouvoir de Bourguiba, refusant d&rsquo;être simplement un outil du parti unique. Cette opposition lui a coûté cher en janvier 1978, avec une « grève générale » brutalement réprimée qui a fait de nombreuses victimes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant la période Ben Ali, l&rsquo;UGTT a connu des moments difficiles. Ses dirigeants, soumis au régime, ont même soutenu le président-dictateur en 2004, ce qui a créé des divisions internes. Mais en 2011, elle a retrouvé sa force. Ses militants syndicaux dans les régions de l&rsquo;intérieur, comme Sfax, Kasserine et Sidi Bouzid, ont joué un rôle clé dans la chute du régime. Selon Lamine Bouazizi, un militant de Sidi Bouzid, « Quand l&rsquo;UGTT de Sfax a rejoint les manifestants, j&rsquo;ai compris que la fin de Ben Ali était proche ». En 2015, son rôle dans le « Dialogue national » a été reconnu par l&rsquo;attribution du prix Nobel de la paix.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;UGTT est toujours une organisation importante, avec un grand nombre de membres (800 000), de nombreuses antennes régionales et sectorielles, un journal, et des activités économiques (hôtels, pêche, voyages). Cependant, cette puissance cache certaines faiblesses, comme une organisation peut-être trop centralisée, une présence insuffisante des femmes et du secteur privé, et une influence variable selon les régions.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Chapitre 2 : Kaïs Saïed, ou la revanche de l’État autoritaire</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">La popularité de Kaïs Saïed, qui a gagné les élections de 2019 en se présentant comme un candidat « hors du pouvoir », s&rsquo;explique par les difficultés rencontrées par la Tunisie après sa révolution. Au lieu de « boulot, liberté, respect » comme promis, le pays s&rsquo;est enfoncé dans une grave crise financière.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>16,4% de chômage</strong>&nbsp;fin 2023 (contre 15,2% en 2022)</li>



<li><strong>Inflation à 8%</strong></li>



<li>Pénuries chroniques de farine, sucre et riz</li>



<li>Dette publique à 82,9% du PIB&nbsp;.</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">« <em>Pourquoi avons-nous échoué là où d’autres ont réussi ?</em>« , interroge l’économiste Baccar Gherib. Sa réponse est cinglante : les élites post-2011, issues des classes moyennes urbaines, ont&nbsp;<em>« éclipsé la question sociale au profit des questions démocratiques »</em>, reproduisant un&nbsp;<em>« capitalisme de copinage »</em>&nbsp;.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ce contexte favorable, Kaïs Saïed met en place une prise de contrôle progressive du pouvoir le 25 juillet 2021. En se basant sur l&rsquo;article 80 de la Constitution, il suspend le Parlement, s&rsquo;attribue tous les pouvoirs, et fait ensuite approuver en 2022 une nouvelle Constitution qui lui donne un pouvoir immense. En octobre 2024, sa réélection avec un score écrasant de 90%, lors d&rsquo;une élection massivement ignorée (71% d&rsquo;abstention), confirme, selon l&rsquo;essayiste Hatem Nafti, l&rsquo;établissement d&rsquo;un régime autoritaire qui se fait passer pour une démocratie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sa rhétorique ? Un populisme binaire :&nbsp;<em>« peuple contre élites corrompues »</em>,&nbsp;<em>« nationaux contre étrangers »</em>. Sa méthode : l’éradication méthodique des corps intermédiaires – partis, médias, juges – et la manipulation du&nbsp;<em>« shameta »</em>, cette joie malsaine devant le malheur des anciens privilégiés&nbsp;.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Chapitre 3 : L’essence de la crise – Une guerre d’usure</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">La tension entre l&rsquo;UGTT et le gouvernement en place n&rsquo;est pas récente, mais elle a atteint un point de rupture majeur en 2025. On peut expliquer cette escalade par trois facteurs principaux :</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>1. L’offensive autoritaire contre les contre-pouvoirs</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">À partir de 2022, le gouvernement a semblé vouloir contrôler l&rsquo;UGTT en utilisant la « circulaire 20 », qui empêchait les organismes publics de discuter avec le syndicat sans le feu vert du président. Ensuite, il y a eu des arrestations qui visaient spécifiquement des syndicalistes : d&rsquo;après Sami Tahri, un dirigeant de l&rsquo;UGTT, plus d&rsquo;une dizaine de membres du syndicat ont été arrêtés depuis 2021. Et en février 2025, l&rsquo;expulsion d&rsquo;Esther Lynch, la responsable de la Confédération européenne des syndicats, venue en signe de soutien, a envoyé un message clair au monde entier : toute forme d&rsquo;aide serait perçue comme une ingérence dans les affaires du pays.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>2. L’UGTT affaiblie par ses divisions internes</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">La centrale syndicale est en difficulté et perd de son crédit. En gros, les gens ne lui font plus confiance. En juillet 2021, ils ont changé les règles à Sousse pour que les mêmes personnes puissent rester aux commandes plus longtemps, ce qui a fait grincer des dents. Puis, fin 2024, cinq membres importants ont claqué la porte, disant que la direction était devenue trop autoritaire et qu&rsquo;elle prenait toutes les décisions seule. Maintenant, une opposition se met en place, demandant un nouveau vote et une direction temporaire. Tout ça crée un vrai blocage et la centrale n&rsquo;arrive plus à agir efficacement.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><strong>3. Le discrédit populaire et la bataille narrative</strong></h4>



<p class="wp-block-paragraph">De plus en plus de Tunisiens ont l&rsquo;impression que l&rsquo;UGTT est devenue une organisation déconnectée des réalités, une sorte d&rsquo;<em>« élite d&rsquo;après la révolution »</em> qui n&rsquo;arrive pas à rendre la vie des gens meilleure. Les arrêts de travail fréquents – comme la grève des transports en commun de Tunis en août 2025 – ne font qu&rsquo;aggraver la frustration de la population. Le gouvernement profite de ce mécontentement en menant une campagne de dénigrement sur les réseaux sociaux, essayant de faire passer le syndicalisme pour quelque chose de mauvais, d&rsquo;après la Confédération syndicale internationale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;attaque contre le siège de l&rsquo;UGTT le 7 août, organisée par des soutiens au président Saïed, a vraiment marqué un tournant. Le président lui-même a même justifié cette attaque, accusant l&rsquo;UGTT de <em>« malversations financières »</em> et réclamant que <em>« l&rsquo;argent volé au peuple soit rendu »</em>.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Chapitre 4 : L’horizon de la crise – Jouer sa survie</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">En réponse à cette attaque, l&rsquo;UGTT essaie de se défendre de manière structurée. Leur rencontre du 11 août a abouti à deux actions principales :</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Un grand rassemblement à l&rsquo;échelle nationale le 21 août devant leur quartier général à Tunis.</li>



<li>L&rsquo;éventualité d&rsquo;un arrêt de travail général, sans date précise annoncée.</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">Cependant, cette mobilisation masque une faiblesse importante. Selon Hamza Meddeb (Carnegie Middle East Center), l&rsquo;organisation traverse une période critique et fondamentale de son existence. « Il s&rsquo;agit avant tout de se maintenir à flot ». Trois issues possibles se présentent maintenant :</p>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>La capitulation</strong> : Le gouvernement essaie de transformer l&rsquo;UGTT en un simple outil de transmission, comme c&rsquo;était le cas sous Ben Ali. Leur objectif : détruire son rôle de « contre-pouvoir » pour le réduire à un simple « syndicat d&rsquo;entreprise ».</li>



<li><strong>L&rsquo;éclatement</strong> : Les désaccords internes pourraient mener à une division, diminuant considérablement sa capacité à mobiliser les gens.</li>



<li><strong>Le rétablissement</strong> : En retrouvant son rôle de 2011 &#8211; défenseur des zones délaissées et des droits sociaux &#8211; l&rsquo;UGTT pourrait représenter une option valable et digne de confiance.</li>



<li><strong>Épilogue : Le peuple ou le syndicat ?</strong></li>



<li>Un média économique tunisien titrait le 13 août : « On croise les doigts », et ça en dit long. L&rsquo;incertitude est palpable. Mais au-delà de ces tensions entre les pouvoirs, une question essentielle se pose : est-ce que Kaïs Saïed peut vraiment « représenter le peuple » sans relais, sans structures pour faire le lien avec ce que les gens vivent au quotidien ?</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;histoire de l&rsquo;UGTT, véritable reflet de la Tunisie depuis 80 ans, nous dit que non, ça ne marche pas comme ça. Sans des organisations de travailleurs autonomes, un système judiciaire équitable et un parlement élu honnêtement, le pouvoir du président se transforme en une parodie, une sorte de château perché au-dessus d&rsquo;une économie en débris et d&rsquo;une population oubliée. Le 21 août, quand les couleurs de l&rsquo;UGTT seront de nouveau brandies sur l&rsquo;avenue Mohamed-Ali, ce ne sera pas seulement pour protéger leurs bureaux. Ce sera pour rappeler que la démocratie ne peut exister que si elle est surveillée et limitée par d&rsquo;autres forces.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph"><em>« L’UGTT est plus qu’un syndicat, mais moins qu’un parti »</em><br><strong>Héla Yousfi, sociologue tunisienne</strong><br><em>« Elle est aujourd’hui plus qu’un syndicat, et plus qu’un parti »</em><br><em><strong>Sami Tahri, secrétaire général adjoint de l’UGTT </strong></em></p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Tableau récapitulatif : Chronologie des tensions UGTT &#8211; Pouvoir (2021-2025)</strong></p>



<figure class="wp-block-table"><table class="has-fixed-layout"><thead><tr><th><strong>Date</strong></th><th><strong>Événement</strong></th><th><strong>Conséquence</strong></th></tr></thead><tbody><tr><td><strong>Juillet 2021</strong></td><td>Congrès de l’UGTT à Sousse : modification des statuts</td><td>Levée de la limitation des mandats pour Taboubi</td></tr><tr><td><strong>25 juil. 2021</strong></td><td>Kaïs Saïed s’octroie les pleins pouvoirs</td><td>Suspension du Parlement</td></tr><tr><td><strong>2022</strong></td><td>« Circulaire 20 » interdisant les négociations sans autorisation présidentielle</td><td>Tentative de mise sous tutelle de l’UGTT</td></tr><tr><td><strong>Nov. 2024</strong></td><td>Scission de 5 membres du bureau exécutif de l’UGTT</td><td>Crise interne majeure au sein du syndicat</td></tr><tr><td><strong>7 août 2025</strong></td><td>Attaque du siège de l’UGTT par des partisans prorégime</td><td>Appel à une manifestation de défense le 21 août</td></tr></tbody></table></figure>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><strong>Sources :</strong>&nbsp;Le Monde (2025), Nawaat (2024), Equal Times, La Vie des Idées.</em></p>
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		<title>Tunisie : le dinar imprimé à l’étranger, ou le secret bien gardé</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le Pont de Genève]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 21 Jun 2025 09:59:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>&#160;Les relations entre la Tunisie – Etat indépendant – et l’Union européenne sont façonnées par des enjeux économiques, diplomatiques, sécuritaires… Mais un fait reste peu abordé, voire occulté&#160;: où est imprimé le dinar tunisien&#160;? par : Nizar Jlidi Bien que l’information soit relativement accessible, elle n’est pas de notoriété publique. Le dinar tunisien, une fierté [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;Les relations entre la Tunisie – Etat indépendant – et l’Union européenne sont façonnées par des enjeux économiques, diplomatiques, sécuritaires… Mais un fait reste peu abordé, voire occulté&nbsp;: où est imprimé le dinar tunisien&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>par : Nizar Jlidi</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien que l’information soit relativement accessible, elle n’est pas de notoriété publique. Le dinar tunisien, une fierté nationale à tous les titres, n’est pas imprimé en Tunisie. Réellement, aucune dénomination ne l’est. En effet, la Banque centrale de Tunisie (BCT) fait appel à deux principaux imprimeurs&nbsp;: la Banque de France, et l’imprimeur fédéral allemand «&nbsp;Bundesdruckerei&nbsp;».&nbsp; Si le premier est un acteur étatique – celui de l’ancienne autorité coloniale – le second était une société privée jusqu’à (relativement) récemment.On a souvent tendance à critiquer la politique monétaire tunisienne. Le fait est que le dinar tunisien figure parmi les monnaies les plus stables d’Afrique en termes de taux de change. Le revers de médaille, c’est que la Tunisie n’a jamais vraiment «&nbsp;fait tourner la planche à billet&nbsp;» pour affronter ses problèmes financiers. Non pas par choix, mais parce que la planche en question se trouve en Europe.Un choix conscient de l’Etat tunisien depuis l’indépendance – l’indépendance, parlons-en – mais qui n’est pas sans raisons. Avec un peu de recul, le maintien du taux de change à un niveau raisonnable malgré les crises économiques pourrait expliquer cette politique monétaire. D’un autre côté, depuis les années 50, la Tunisie n’a jamais été monétairement indépendante. Car les acteurs européens qui se chargent de l’impression du dinar décident, au final, de la livraison des billets de banque, et indirectement de la timeline de la Banque centrale tunisienne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;<strong>Un mal pour un bien&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourquoi ne pas imprimer le dinar en Tunisie&nbsp;?&nbsp;Il est impossible de nier que malgré tous les tenants et aboutissants de cette procédure, l’impression du dinar à l’étranger touche directement à la souveraineté de la Tunisie. Néanmoins, la Tunisie n’est pas le seul pays qui imprime sa monnaie à l’étranger, ni dans la zone MENA, ni dans le monde arabo-musulman, et encore moins en Afrique.Toutefois, la Tunisie est le seul pays d’Afrique et du Maghreb qui imprime encore ses billets à l’étranger, mais qui ne subit pas un seigneuriage direct en provenance de l’Europe. En effet, la Tunisie n’est pas tenue de bloquer un pourcentage de ses liquidités auprès d’Etats étrangers. Cela semble être le cas de tous les pays de la zone CFA, par exemple. Ces derniers, en contrepartie, voient leur monnaie liée (arrimée) à l’euro, en échange d’une forme de garantie financière et de stabilité monétaire.Ensuite, le dinar tunisien est indubitablement plus stable que le dinar algérien ou le dirham marocain par exemple. En contrepartie, le Maroc et l’Algérie conservent leur autonomie monétaire pleine et entière. Les deux pays voisins ont également le droit de faire flotter leur monnaie s’ils le souhaitent. Un pari gagné, si l’on observe bien la fluidité de circulation de la monnaie algérienne et marocaine sur le marché financier. De même, cela élimine tous les risques de pression étrangère, notamment en matière de bourse. Et cela ne dépend en rien de la fixation de la valeur en fonction des exports. Si c’est le cas de l’Algérie, riche en matière premières, ce n’est pas le cas du Maroc, dont les principaux exports ressemblent aux produits tunisiens.Troisième argument&nbsp;: la sécurité. Contrôler ses propres planches à billets implique la garantie de la sécurité de la Banque centrale. Un argument inexplicable d’autant que l’Etat tunisien garantit, relativement sans failles, et depuis l’indépendance, la sureté de son territoire et de ses institutions souveraines. Peut-être est il question des craintes relatives à la grande criminalité, ou la corruption&nbsp;? Dans le cas du Liberia, par exemple, la sous-traitance de l’impression de ses billets n’a pas empêché, en 2019, la disparition de 100 millions de dollars en chemin vers sa banque centrale. Un dernier argument, le plus évident, est celui des couts et de la technologie. Si on en croit la presse occidentale, les pays imprimant leur monnaie en Europe n’ont pas le savoir-faire pour garantir la qualité (et la sécurité) des billets. Du papier utilisé, en passant par la cryptographie, et jusqu’à l’encre, la Tunisie n’aurait rien de tout cela. Difficile à croire lorsqu’on sait que plusieurs pays du tiers monde – comprendre notamment le voisin Algérien – y sont parvenus sans grande implication. Pour certains, comme le Maroc, la technologie a été achetée simplement.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un secret de polichinelle, qui cache une vérité dure à accepter&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Car il ne faut pas oublier, au-delà des risques politiques de l’impression de la monnaie à l’étranger, la Tunisie paie cher chaque billet imprimé. Par exemple, le dernier billet de 20 dinars en date, commandé en 2015 et mis en circulation fin 2016, coute légèrement plus de 200 millimes par billet à la fabrication. Et cela sans compter le transport, la commande et les délais relatifs, ni l’humiliation qui va avec.La Banque centrale tunisienne, qui domicilie les comptes de l’Etat tunisien, que ce soit en dinar ou en devises étrangères, doit obtenir l’aval des imprimeurs étrangers (la Bundesdruckerei et / ou de la Banque de France) pour émettre sa propre monnaie. Ces derniers, à leur tour, informent la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI), ainsi que la plupart des agences de notation financière.En effet, la Tunisie n’a, de fait, aucun contrôle sur les émissions de ses propres obligations d’Etat, ni sur l’hyperinflation (plus précisément les crédit hypothécaires). Un fait qui engendre deux conséquences. Premièrement, les finances de l’Etat tunisien sont très transparentes pour ces acteurs internationaux, et occidentaux. Et donc, les fluctuations financières tunisiennes sont estimées, avant tout, par des instances étrangères, avec leurs propres intérêts, et souvent en contradiction avec ceux du citoyen tunisien. Deuxièmement, la Tunisie ne contrôle que relativement ses obligations d’Etat. Et bien que les acheteurs des obligations d’Etat tunisien ne sont pas nombreux (le dernier achat massif est celui de l’Arabie saoudite en 2024), la Tunisie n’en est pas moins obligée de payer ses dettes extérieures. Un contexte à rebours des débats sur la renégociation de la dette souveraine, qui ont tant fait parler, pendant tellement d’années.Puis, et surtout, la Tunisie se voit ôter son droit de racheter ses propres devises. En effet, le dinar tunisien, n’étant pas produit en Tunisie, devient ainsi un levier de pression pour les acteurs étrangers comme nationaux. Par exemple, on se plaint souvent de l’argent liquide en circulation en Tunisie, mais en quantité – comme peuvent en posséder les contrebandiers, ou les banques commerciales – cet argent en liquide peut influer sur les prix et donc provoquer leur inflation.Il n’y a pas de doute que tout mouvement vers la nationalisation de l’impression du dinar tunisien serait confronté à la résistance de tous ceux qui en profitent. Il n’en demeure pas moins vrai qu’un Etat indépendant devrait pouvoir réguler sa propre monnaie rapidement, sans contrainte et sans rendre des comptes à des acteurs étrangers (au pire) ou aux banques commerciales nationales (au mieux). En l’état, l’Etat tunisien a, hélas, pris gout aux extensions de dette et aux prêts étrangers comme nationaux, sans montrer aucune volonté d’imprimer sa propre monnaie. Sans parler des tiers auxquels les imprimeurs de la monnaie tunisienne rendent des comptes. Donc même si la Tunisie imprime sa monnaie à l’étranger, heureusement qu’elle le fait en secret.</p>



<p class="wp-block-paragraph">* <em>Journaliste, écrivain et analyste politique</em> </p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="369" height="288" src="https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2025/06/Nizar-Jlidi-jdd.jpg" alt="" class="wp-image-30299" style="width:102px;height:auto" srcset="https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2025/06/Nizar-Jlidi-jdd.jpg 369w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2025/06/Nizar-Jlidi-jdd-300x234.jpg 300w" sizes="(max-width: 369px) 100vw, 369px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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