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	<title>Archives des Kais Said - Le pont de Genève</title>
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	<title>Archives des Kais Said - Le pont de Genève</title>
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		<title>Nouveau mandat de dépôt contre le journaliste Zied El Heni</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le Pont de Genève]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 10 Jun 2026 11:35:42 +0000</pubDate>
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<p class="wp-block-paragraph">La chambre d&rsquo;accusation de la Cour d&rsquo;appel de Tunis a ordonné hier l&rsquo;émission d&rsquo;un nouveau mandat de dépôt en prison contre le journaliste Zied El Heni, ainsi que trois autres mis en cause, tous anciens membres de la délégation spéciale de la municipalité de Carthage, dans le cadre d&rsquo;une affaire de soupçons de corruption portant sur la cession d&rsquo;un terrain dans la région de Carthage à un prix jugé bien inférieur à sa valeur réelle. Cette décision survient alors que le même journaliste attend déjà l&rsquo;issue de son procès en appel dans une affaire distincte liée à une publication en ligne.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Un mandat fondé sur des soupçons de corruption foncière</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Selon une source bien informée, les chefs d&rsquo;inculpation retenus visent « l&rsquo;exploitation par un fonctionnaire public de sa qualité pour s&rsquo;octroyer ou octroyer à autrui un avantage injustifié, au détriment de l&rsquo;administration, en violation des réglementations applicables, dans le but de réaliser un profit ou de causer un préjudice, ainsi que la fraude et l&rsquo;usage de documents frauduleux ». Des qualifications graves qui situent l&rsquo;affaire dans le registre pénal de la corruption dans la gestion des biens publics.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;enquête prend appui sur une plainte déposée en décembre 2022 par une association de protection du patrimoine archéologique et culturel de Carthage. Celle-ci alléguait l&rsquo;existence de « soupçons de corruption » relatifs à la cession d&rsquo;une parcelle de terrain dans la région de Carthage à un particulier, à un prix sans rapport avec la valeur réelle du bien, et sans consultation préalable des experts des services des Domaines de l&rsquo;État. Selon la plainte, cet écart entre le prix inscrit dans l&rsquo;acte de cession et la valeur estimée par les experts désignés ultérieurement aurait causé un préjudice financier significatif à la municipalité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Zied El Heni est mis en cause dans cette affaire en sa qualité d&rsquo;ancien membre du conseil municipal de Carthage. Des équipes sécuritaires ont été chargées de l&rsquo;exécution des mandats de dépôt émis à l&rsquo;encontre des quatre mis en cause.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Un journaliste déjà sous le coup d&rsquo;une condamnation en première instance</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Ce nouveau mandat s&rsquo;ajoute à une situation judiciaire déjà lourde pour Zied El Heni. Le journaliste avait précédemment été condamné à un an d&#8217;emprisonnement dans une affaire distincte, poursuivi sur la base de l&rsquo;article 86 du Code des télécommunications pour « atteinte aux tiers via les réseaux publics de communication », en raison d&rsquo;une publication sur les réseaux sociaux dans laquelle il faisait référence à des données judiciaires. Il a interjeté appel de cette décision, et la Cour d&rsquo;appel de Tunis a fixé l&rsquo;audience au 12 juin prochain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le cumul de ces deux procédures place le journaliste dans une position particulièrement précaire : une condamnation en instance d&rsquo;appel d&rsquo;un côté, un nouveau mandat de dépôt de l&rsquo;autre, dans une affaire aux ramifications administratives et foncières complexes.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>La liberté de la presse en Tunisie, entre pressions judiciaires et fragilité institutionnelle</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;affaire Zied El Heni s&rsquo;inscrit dans un paysage médiatique et judiciaire profondément marqué par les transformations politiques opérées depuis le 25 juillet 2021. Depuis la concentration des pouvoirs entre les mains du président Kaïs Saïed, plusieurs journalistes, blogueurs et acteurs de la société civile ont fait l&rsquo;objet de poursuites pénales dans des contextes où la frontière entre répression politique et application ordinaire du droit reste difficile à tracer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;article 86 du Code des télécommunications — texte d&rsquo;une formulation suffisamment large pour couvrir une grande variété d&rsquo;expressions en ligne — a été mobilisé à de nombreuses reprises contre des voix critiques ou simplement informatives. Des organisations internationales comme Reporters sans frontières et le Comité pour la protection des journalistes ont régulièrement alerté sur son usage extensif.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La dimension municipale de ce dossier rappelle, par ailleurs, que la période des délégations spéciales — structures de gestion locale nommées en remplacement des conseils élus après leur dissolution — reste une zone de tension juridique et politique. Des décisions prises dans ce cadre font aujourd&rsquo;hui l&rsquo;objet de contestations et d&rsquo;enquêtes, ce qui expose rétrospectivement leurs membres à des poursuites, qu&rsquo;ils soient journalistes, militants ou techniciens.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors que l&rsquo;audience en appel du 12 juin approche pour la première affaire, et que la nouvelle procédure liée à la municipalité de Carthage vient d&rsquo;être enclenchée, la trajectoire judiciaire de Zied El Heni soulève une question que la société tunisienne ne peut longtemps éluder : à quel point les institutions judiciaires demeurent-elles imperméables aux pressions politiques dans un pays où les contre-pouvoirs s&rsquo;effritent?</p>
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		<title>Migrants noirs en Tunisie : victimes d&#8217;une haine qui ne dit que la bassesse de ceux qui la portent</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le Pont de Genève]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 08 Jun 2026 11:21:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ENTERTAINMENT]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En Tunisie, une vidéo diffusée début juin 2026 sur les réseaux sociaux depuis deux continents différents a provoqué un choc dans l&#8217;opinion publique : on y voit des individus s&#8217;introduire de force dans le domicile d&#8217;une famille migrante subsaharienne, proférer des menaces à l&#8217;arme blanche et tenir des propos d&#8217;une violence extrême. Une scène filmée, [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">En Tunisie, une vidéo diffusée début juin 2026 sur les réseaux sociaux depuis deux continents différents a provoqué un choc dans l&rsquo;opinion publique : on y voit des individus s&rsquo;introduire de force dans le domicile d&rsquo;une famille migrante subsaharienne, proférer des menaces à l&rsquo;arme blanche et tenir des propos d&rsquo;une violence extrême. Une scène filmée, selon les autorités tunisiennes, non pas récemment, mais il y a cinq ans. Ce n&rsquo;est pas la première fois que des images de ce type font surface dans le pays. Depuis le discours du président Kais Saied, le 21 février 2023, qualifiant l&rsquo;immigration subsaharienne de « complot » visant à modifier la composition démographique de la Tunisie, un cycle de tensions, de violences et de déclarations controversées s&rsquo;est installé dans le paysage politique et social du pays. La résurgence de cette vidéo, à un moment précis, soulève autant de questions sur la réalité de la violence que sur les mécanismes de sa mise en scène médiatique.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Une vidéo, des arrestations et un communiqué aux questions sans réponses</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le 5 juin 2026, le ministère de l&rsquo;Intérieur tunisien a annoncé avoir identifié et interpellé les individus apparaissant dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, qui les montre en train d&rsquo;agresser des ressortissants d&rsquo;Afrique subsaharienne. L&rsquo;enquête a été ouverte malgré l&rsquo;absence de toute plainte déposée dans cette affaire. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Le communiqué officiel, sobre dans sa forme mais lourd de sous-entendus, apporte plusieurs précisions troublantes. Selon les investigations menées, la vidéo ne documenterait pas un événement récent : les faits remonteraient à cinq ans, soit à 2021. Les enquêtes se poursuivaient pour déterminer les circonstances de cette affaire et les raisons de sa diffusion à ce moment précis, malgré le long délai écoulé depuis les faits. L&rsquo;institution soulignait également que la vidéo avait été diffusée depuis deux continents différents, sans que les autorités précisent l&rsquo;origine géographique exacte de ces publications. </p>



<p class="wp-block-paragraph">La vidéo en question montre un groupe d&rsquo;individus pénétrant de force dans le domicile d&rsquo;une famille migrante, menaçant ses membres à l&rsquo;aide d&rsquo;armes blanches et proférant des menaces explicites de viol à l&rsquo;encontre d&rsquo;une femme enceinte. Face à ce contenu, plusieurs organisations de la société civile tunisienne ont réagi par une tribune commune, dénonçant l&rsquo;escalade des discours de haine, du racisme et de la discrimination en Tunisie, ainsi que la recrudescence des agressions visant les personnes migrantes originaires d&rsquo;Afrique subsaharienne, dans un contexte d&rsquo;impunité persistante favorisée par la complaisance manifeste des institutions de l&rsquo;État. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans son communiqué, le ministère a par ailleurs réaffirmé l&rsquo;engagement de la Tunisie à garantir les droits et la dignité de toute personne se trouvant sur son territoire, et a rappelé son adoption d&rsquo;une approche humanitaire dans la gestion du dossier migratoire. Une déclaration de principe qui n&rsquo;a pas dissipé les inquiétudes des défenseurs des droits humains.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Février 2023 : le tournant du discours présidentiel<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Pour comprendre le contexte dans lequel s&rsquo;inscrit cette affaire, il faut revenir à la nuit du 21 février 2023. Réuni devant le Conseil national de sécurité, le président Kais Saied a ordonné à ses responsables de prendre des mesures urgentes contre l&rsquo;immigration irrégulière, soutenant sans la moindre preuve qu&rsquo;un complot criminel était en cours pour altérer la composition démographique du pays.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le chef de l&rsquo;État a alors développé sa thèse : selon lui, les vagues successives d&rsquo;immigration clandestine poursuivraient un objectif inavoué, celui de transformer la Tunisie en un pays purement africain, coupé de son appartenance arabe et islamique. Loin d&rsquo;être un dérapage isolé ou une réaction aux pressions européennes sur le dossier migratoire, ce discours s&rsquo;inscrivait dans une logique politique délibérée, visant non seulement les migrants étrangers, mais, plus largement, l&rsquo;ensemble des citoyens tunisiens noirs, qu&rsquo;ils vivent à l&rsquo;intérieur du pays ou en diaspora.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les répercussions sur le terrain ont été quasi immédiates. Des agressions racistes contre des ressortissants subsahariens se sont multipliées dans les jours suivants. Des propriétaires ont expulsé leurs locataires, des familles entières se sont retrouvées à la rue, contraintes de dormir dans des abris précaires ou sur les trottoirs. Certains migrants ont été empêchés de monter dans les transports en commun. Le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux a documenté cette montée brutale de la violence, tirée par un climat de haine désormais légitimé par la parole présidentielle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le plan diplomatique, l&rsquo;Union africaine a exprimé sa vive préoccupation, appelant Tunis à renoncer aux discours de haine à caractère racial. Le gouvernement tunisien a balayé ces critiques, les jugeant infondées et mal informées sur la position réelle des autorités.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au sein même de la société tunisienne, une résistance s&rsquo;est organisée. Des centaines de personnes ont manifesté dans les rues de la capitale, réclamant des excuses présidentielles et rappelant que la Tunisie est, avant tout, une terre africaine. Artistes, militants et représentants de la société civile ont marché côte à côte. La championne de tennis Ons Jabeur a pris publiquement position, affirmant sa fierté d&rsquo;être une femme tunisienne, arabe et africaine, et rappelant que la dignité est un droit universel et indivisible.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Un racisme ancien que le politique a réactivé</h3>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">La Tunisie n&rsquo;est pas étrangère au phénomène raciste, même si ce sujet a longtemps été relégué au rang de non-dit dans le débat public. La vague de violences déclenchée par les propos du président a mis en lumière un fond ancien de préjugés et de discriminations, enraciné dans l&rsquo;ensemble des sociétés du Maghreb, et que les surenchères nationalistes des pouvoirs en place ne font qu&rsquo;exacerber.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le pays avait pourtant posé un jalon législatif remarquable. En octobre 2018, le parlement tunisien avait adopté à une très large majorité une loi criminalisant toutes les formes de discrimination raciale, une première dans le monde arabe. Ce texte prévoit des sanctions pénales pour les auteurs de propos ou d&rsquo;actes racistes, ainsi que des peines plus lourdes pour l&rsquo;incitation à la haine, les menaces à caractère racial et l&rsquo;apologie du racisme. Une commission nationale dédiée devait en assurer le suivi et l&rsquo;application.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais entre la lettre de la loi et sa mise en œuvre concrète, le fossé est demeuré béant. Après la vague d&rsquo;agressions de 2023, Human Rights Watch n&rsquo;a recensé qu&rsquo;une seule arrestation annoncée par les autorités, installant un sentiment d&rsquo;impunité propice à de nouvelles violences. Des migrants et réfugiés noirs ont été victimes d&rsquo;un profilage racial systématique, de la part de particuliers comme de certaines forces de sécurité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La population subsaharienne présente en Tunisie est estimée à plus de 21 000 personnes, dans un pays de 12 millions d&rsquo;habitants. Ces hommes et ces femmes, souvent en transit vers l&rsquo;Europe, évoluent dans un vide juridique et social qui les expose à toutes les formes de vulnérabilité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En juin 2026, face à la vidéo virale montrant une famille migrante agressée à son domicile, plusieurs organisations de la société civile tunisienne ont signé une tribune commune pour rappeler une vérité que les chiffres et les témoignages confirment : les violences d&rsquo;aujourd&rsquo;hui sont le produit direct de plusieurs années de stigmatisation, de criminalisation et d&rsquo;incitation à la haine. La responsabilité, ont-elles insisté, ne repose pas uniquement sur les auteurs directs des agressions. Elle incombe aussi à tous ceux qui ont semé la peur, banalisé le mépris et instrumentalisé le racisme à des fins politiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors que les arrestations annoncées le 5 juin 2026 semblent marquer une réaction judiciaire plus déterminée que lors des crises précédentes, et que le ministère de l&rsquo;Intérieur a renouvelé ses engagements en faveur d&rsquo;une approche humanitaire, une question fondamentale reste posée : la volonté institutionnelle sera-t-elle, cette fois, à la hauteur d&rsquo;une situation que le discours politique lui-même a largement contribué à envenimer ? Pionnière dans le monde arabe en matière de législation antiraciste, la Tunisie saura-t-elle, un jour, faire coïncider ses textes de loi avec la réalité vécue par les plus vulnérables sur son territoire ?</p>
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		<title>Affaire de l&#8217;appareil secret d&#8217;Ennahda : la défense de Ghannouchi dénonce un procès politique et annonce des recours</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le Pont de Genève]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 03 Jun 2026 09:28:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[La Une]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le jour même où la chambre criminelle spécialisée dans les affaires de terrorisme auprès du tribunal de première instance de Tunis prononçait, le 2 juin 2026, une peine de réclusion à perpétuité assortie de trente années de prison supplémentaires contre Rached Ghannouchi, son équipe de défense a pris la parole pour contester publiquement ce verdict. [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Le jour même où la chambre criminelle spécialisée dans les affaires de terrorisme auprès du tribunal de première instance de Tunis prononçait, le 2 juin 2026, une peine de réclusion à perpétuité assortie de trente années de prison supplémentaires contre Rached Ghannouchi, son équipe de défense a pris la parole pour contester publiquement ce verdict. Dans un communiqué adressé à l&rsquo;opinion publique, les avocats du président d&rsquo;Ennahda ont énuméré ce qu&rsquo;ils qualifient d&rsquo;irrégularités procédurales majeures, affirmé l&rsquo;innocence de leur client et annoncé leur intention d&rsquo;engager tous les recours juridiques disponibles. Une réaction qui s&rsquo;inscrit dans un bras de fer judiciaire et politique dont aucun terme n&rsquo;est encore en vue.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Une défense qui conteste le procès dans ses fondements mêmes </h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le communiqué de la défense ne se contente pas de critiquer le quantum de la peine. Il remet en cause la légitimité du procès dans son ensemble, point par point, avec une précision qui trahit une stratégie juridique construite sur la durée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Premier grief soulevé : l&rsquo;origine même de la plainte. Les avocats soulignent que la procédure a été initiée non par le parquet, mais par des représentants d&rsquo;un parti politique concurrent, ce qu&rsquo;ils présentent comme la preuve d&rsquo;une instrumentalisation partisane de la justice. En droit tunisien, la distinction entre une action publique engagée par le ministère public et une plainte déposée par une partie civile n&rsquo;est pas sans portée juridique, et la défense entend visiblement s&rsquo;appuyer sur cet argument pour contester la régularité de la mise en mouvement de l&rsquo;action pénale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Deuxième grief, d&rsquo;ordre procédural : les avocats affirment que l&rsquo;inscription du nom de Rached Ghannouchi dans ce dossier, en 2022, a été faite à la demande de la ministre de la Justice de l&rsquo;époque, et que le mandat de dépôt a été émis contre lui en son absence, sans qu&rsquo;il en soit informé conformément aux dispositions légales. L&rsquo;interdiction de voyage qui s&rsquo;en est suivie aurait, selon eux, été annoncée non par voie officielle, mais via une publication sur les réseaux sociaux , une circonstance qu&rsquo;ils jugent attentatoire aux droits élémentaires de la défense.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Troisième argument, peut-être le plus substantiel sur le plan juridique : la défense soutient que le dossier sur lequel repose cette affaire a déjà fait l&rsquo;objet de jugements définitifs, dans lesquels la justice tunisienne aurait établi l&rsquo;absence de tout lien entre Ghannouchi et les faits reprochés. Elle ajoute que les pièces saisies dans le cadre de ces affaires antérieures avaient été remises aux autorités judiciaires et sécuritaires dès 2013, dans le respect des procédures légales, et que rien n&rsquo;a été dissimulé ni détruit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La défense évoque également une déclaration publique faite en 2018 par l&rsquo;un des plaignants, dans laquelle ce dernier aurait reconnu, dans les médias, l&rsquo;innocence du mouvement Ennahda et de ses dirigeants dans les assassinats politiques de 2013. Un aveu informel qui contredirait, selon les avocats, la thèse centrale de l&rsquo;accusation , et qui aurait été, selon eux, confirmé par les jugements définitifs rendus dans les affaires d&rsquo;assassinats en 2024 et après.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Un procès à huis clos, à distance, boycotté par l&rsquo;accusé</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà des arguments de fond, la défense pointe des conditions de jugement qu&rsquo;elle juge incompatibles avec les standards d&rsquo;un procès équitable. L&rsquo;audience s&rsquo;est tenue à huis clos, sans la présence de la presse ni des familles des accusés. Elle s&rsquo;est déroulée par visioconférence depuis la prison, un dispositif que les avocats estiment structurellement défavorable à une défense effective, en raison des obstacles qu&rsquo;il crée dans la communication entre le détenu et son conseil.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est dans ce contexte que Rached Ghannouchi a choisi de boycotter les audiences, refusant de participer à une procédure dont il contestait dès le départ la régularité. Un choix qui, sur le plan symbolique, relève d&rsquo;une posture politique autant que juridique, mais que les avocats présentent comme une réponse cohérente aux irrégularités accumulées depuis l&rsquo;ouverture du dossier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au total, si l&rsquo;on additionne l&rsquo;ensemble des condamnations prononcées contre lui dans plusieurs affaires distinctes, Rached Ghannouchi se retrouve sous le coup d&rsquo;une peine cumulée de réclusion à perpétuité augmentée de cent six ans d&#8217;emprisonnement , un total que la défense qualifie de sans précédent dans l&rsquo;histoire judiciaire tunisienne liée aux affaires politiques.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Un contexte judiciaire et politique sous haute tension</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Cette réaction de la défense s&rsquo;inscrit dans un cadre plus large que le seul dossier de l&rsquo;«appareil secret ». Depuis le tournant politique du 25 juillet 2021, date à laquelle le président Kaïs Saïed a suspendu le Parlement et concentré progressivement l&rsquo;essentiel des pouvoirs entre ses mains, la scène judiciaire tunisienne a connu une recomposition profonde. Le Conseil supérieur de la magistrature a été dissous et remplacé par une instance provisoire nommée par décret présidentiel. Des magistrats ont été révoqués. Et les poursuites contre les figures de l&rsquo;opposition se sont multipliées à un rythme que plusieurs organisations internationales de défense des droits humains, dont Amnesty International et Human Rights Watch, ont qualifié de préoccupant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ennahda, de son côté, est aujourd&rsquo;hui une formation décapitée. Ses bureaux ont été fermés. Ghannouchi est en détention depuis avril 2023. Ses successeurs à la tête du parti ont eux-mêmes été arrêtés. Les cadres encore en liberté sont soit en exil, soit sous le coup de poursuites judiciaires. Dans ce tableau, le communiqué de la défense ne constitue pas seulement une réaction juridique à un verdict : il est aussi l&rsquo;un des rares espaces d&rsquo;expression publique qui reste accessible aux proches du mouvement sur le sol tunisien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La question de l&rsquo;indépendance de la justice tunisienne est, dans ce contexte, au cœur du débat. Si le pouvoir exécutif affirme que les institutions judiciaires exercent leurs prérogatives en toute autonomie, les critiques — intérieures comme extérieures — soulignent que les réformes institutionnelles engagées depuis 2021 ont significativement réduit les garde-fous qui garantissaient, au moins en théorie, la séparation des pouvoirs.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Des recours annoncés, une issue incertaine</h3>



<p class="wp-block-paragraph">En annonçant son intention de poursuivre tous les recours légaux disponibles, la défense de Rached Ghannouchi ouvre une nouvelle phase d&rsquo;un combat judiciaire dont nul ne peut aujourd&rsquo;hui prévoir l&rsquo;issue. Le verdict du 2 juin 2026 n&rsquo;est pas définitif : il est susceptible d&rsquo;appel, et l&rsquo;affaire devra, le cas échéant, passer devant une juridiction supérieure. Mais dans un système judiciaire dont l&rsquo;indépendance est elle-même contestée, la question de savoir si ces recours pourront aboutir à un réexamen véritablement impartial des faits reste entière, et elle dépasse largement le sort d&rsquo;un seul homme.</p>
<p>L’article <a href="https://lepontdegeneve.ch/archives/31150">Affaire de l&rsquo;appareil secret d&rsquo;Ennahda : la défense de Ghannouchi dénonce un procès politique et annonce des recours</a> est apparu en premier sur <a href="https://lepontdegeneve.ch">Le pont de Genève</a>.</p>
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		<title>Liberté de la presse en Tunisie : au-delà du décret 54, une répression qui s&#8217;élargit</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le Pont de Genève]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 24 May 2026 16:50:03 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Les autorités tunisiennes ne se contentent plus de poursuivre des journalistes à titre individuel. Elles s&#8217;attaquent désormais aux structures mêmes qui rendent le journalisme indépendant possible — gels bancaires, audits administratifs, procédures de dissolution. Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a documenté, dans un rapport publié le 12 mai 2026, une stratégie qui [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Les autorités tunisiennes ne se contentent plus de poursuivre des journalistes à titre individuel. Elles s&rsquo;attaquent désormais aux structures mêmes qui rendent le journalisme indépendant possible — gels bancaires, audits administratifs, procédures de dissolution. Le Comité pour la protection des journalistes (<a href="https://cpj.org/2026/05/beyond-decree-54-tunisias-latest-measures-to-silence-the-press/?fbclid=IwZnRzaAR__XlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAo2NjI4NTY4Mzc5AAEexajUgB5StPcvVm-ksp9AIL6wgbXdECr-0KzuzQNXgCPXd8NO47mdx_iOp7M_aem_l1CBXVvhP1kwQghtB5Rc9g" type="link" id="https://cpj.org/2026/05/beyond-decree-54-tunisias-latest-measures-to-silence-the-press/?fbclid=IwZnRzaAR__XlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAo2NjI4NTY4Mzc5AAEexajUgB5StPcvVm-ksp9AIL6wgbXdECr-0KzuzQNXgCPXd8NO47mdx_iOp7M_aem_l1CBXVvhP1kwQghtB5Rc9g">CPJ</a>) a documenté, dans un rapport publié le 12 mai 2026, une stratégie qui va bien au-delà du tristement célèbre décret-loi 54 de 2021, et qui vise à démanteler méthodiquement l&rsquo;infrastructure médiatique indépendante tunisienne.</p>



<figure class="wp-block-image size-large is-resized"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/image-1024x683.png" alt="" class="wp-image-31128" style="aspect-ratio:1.5000633472697327;width:560px;height:auto" srcset="https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/image-1024x683.png 1024w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/image-300x200.png 300w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/image-768x512.png 768w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/image.png 1536w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption">L&rsquo;avocate et écrivaine tunisienne Sonia Dahmani s&rsquo;exprime chez elle à Tunis le 27 novembre 2025, après sa sortie de prison. (Photo : AFP/Fethi Belaid)<br></figcaption></figure>



<h3 class="wp-block-heading">Un arsenal juridique qui dépasse le seul décret 54</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant près d&rsquo;une décennie après la révolution de 2011, la Tunisie incarnait une exception dans le monde arabe : celle d&rsquo;un pays où des journalistes pouvaient enquêter, critiquer le pouvoir et informer librement, sans craindre systématiquement la prison. Ce temps semble révolu.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-committee-to-protect-journalists wp-block-embed-committee-to-protect-journalists"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="eUPuYYdAGo"><a href="https://cpj.org/2026/05/beyond-decree-54-tunisias-latest-measures-to-silence-the-press/">Beyond Decree 54: Tunisia’s latest measures to silence the press</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="“Beyond Decree 54: Tunisia’s latest measures to silence the press” — Committee to Protect Journalists" src="https://cpj.org/2026/05/beyond-decree-54-tunisias-latest-measures-to-silence-the-press/embed/#?secret=lXMZPtHBmp#?secret=eUPuYYdAGo" data-secret="eUPuYYdAGo" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le décret-loi 54, imposé par le président Kaïs Saïed en 2021 pour réprimer la diffusion de « fausses informations », demeure l&rsquo;instrument central de la répression. En mars 2026, Ghassen Ben Khelifa, rédacteur en chef du journal indépendant <em>Inhiyez</em>, a été condamné à deux ans de prison dans une affaire ouverte depuis septembre 2022, liée à une page sur les réseaux sociaux que les autorités lui attribuent. Le 13 avril, c&rsquo;est la commentatrice politique et avocate Sonia Dahmani qui a écopé de dix-huit mois d&#8217;emprisonnement — sa cinquième procédure judiciaire au moins, toutes liées à ses prises de position médiatiques. Le 7 mai, le journaliste Zied el-Heni, rédacteur en chef du site <em>Tunisian Press</em>, a été condamné à un an de prison pour avoir publié sur Facebook une critique contre la justice dans l&rsquo;affaire d&rsquo;un confrère.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="1024" height="512" src="https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/image-1-1024x512.png" alt="" class="wp-image-31129" srcset="https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/image-1-1024x512.png 1024w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/image-1-300x150.png 300w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/image-1-768x384.png 768w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/image-1.png 1500w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption">Un tribunal de Tunis a condamné les journalistes radio Borhen Bsaies (à gauche) et Mourad Zghidi pour diffamation et diffusion de fausses informations. (Captures d&rsquo;écran : Carthage Plus/YouTube ; IFM/YouTube)<br></figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Ni Dahmani ni Ben Khelifa ne sont, à ce jour, incarcérés. Mais c&rsquo;est précisément cet entre-deux juridique qui constitue le piège. Leurs peines restent exécutoires à tout moment. « Les autorités tunisiennes ont transformé la liberté de Sonia en menace », confie au CPJ Ramla Dahmani, la sœur de la condamnée. « En maintenant cette sentence suspendue au-dessus d&rsquo;elle, ils nous imposent le silence : si nous parlons, elle peut être emmenée en prison le lendemain. »</p>



<h3 class="wp-block-heading">La criminalisation financière, nouvelle arme contre la presse</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà des poursuites pour discours, le CPJ documente une escalade inédite : le recours aux accusations de criminalité financière pour prolonger les détentions et radicaliser la stigmatisation des journalistes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les cas de Mourad Zghidi et Borhen Bsaies, journalistes de radio arrêtés en mai 2024 en même temps que Sonia Dahmani, en sont l&rsquo;illustration la plus saisissante. Initialement poursuivis sous le décret 54, ils avaient vu leurs peines réduites en appel. Mais au lieu d&rsquo;être libérés, ils ont fait l&rsquo;objet de nouvelles enquêtes pour blanchiment d&rsquo;argent et enrichissement illicite. En janvier 2026, un tribunal de Tunis les a condamnés à trois ans et demi de prison, assortis d&rsquo;amendes lourdes et de saisies d&rsquo;actifs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Yesmine Zghidi, fille de Mourad, décrit ces charges comme des mesures de représailles destinées à maintenir son père derrière les barreaux tout en le requalifiant en criminel de droit commun. « Nos vies se sont arrêtées le jour où notre père a été arrêté », témoigne-t-elle. « Le plus difficile, c&rsquo;est de savoir qu&rsquo;il n&rsquo;a rien fait de mal, et qu&rsquo;il est pourtant en cellule. »</p>



<h3 class="wp-block-heading">Des médias indépendants sous étranglement institutionnel</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La stratégie répressive dépasse désormais les individus pour viser les organisations elles-mêmes. L&rsquo;association Al Khatt, structure mère de la plateforme d&rsquo;investigation <em>Inkyfada</em> et acteur central de la presse indépendante tunisienne depuis plus d&rsquo;une décennie, fait face à une procédure de dissolution. Une audience sur la demande gouvernementale est prévue en juin 2026. Depuis fin 2023, Al Khatt enchaîne les restrictions bancaires répétées, les audits administratifs, les demandes de documentation et une suspension d&rsquo;un mois de ses activités en 2025.</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="544" src="https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/image-2.png" alt="" class="wp-image-31130" style="width:575px;height:auto" srcset="https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/image-2.png 1024w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/image-2-300x159.png 300w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/image-2-768x408.png 768w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption">Le journaliste tunisien Zied el-Heni a récemment été condamné à un an de prison. (Capture d&rsquo;écran : YouTube/IFM)<br></figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">« L&rsquo;obstacle le plus dévastateur a été les restrictions bancaires », explique Malek Khadhraoui, cofondateur d&rsquo;<em>Inkyfada</em>, au CPJ. « Des virements liés à nos projets ou services sont bloqués pendant des mois sans explication — personne ne nous dit pourquoi ni pour combien de temps. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le site indépendant <em>Nawaat</em> a lui aussi été suspendu pendant un mois en octobre 2025, à la suite d&rsquo;une série de contrôles fiscaux et de incidents de harcèlement. Le média <em>Tumedia</em> a vu un virement international d&rsquo;un donateur bloqué par sa banque après que les autorités ont exigé une documentation étendue sur les sources de financement du donateur lui-même. Les fonds restent gelés, sans explication claire. La rédactrice en chef du site, Khaoula Boukrim, serait par ailleurs visée par ce qui apparaît comme une campagne de discrédit coordonnée en ligne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En fin d&rsquo;avril 2026, la Ligue tunisienne des droits de l&rsquo;homme (LTDH), membre du Quartet du Dialogue National lauréat du prix Nobel de la paix en 2015, a elle aussi été suspendue pour un mois — signal supplémentaire que la pression s&rsquo;étend bien au-delà du seul secteur médiatique.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Contexte : quinze ans de liberté de la presse, un héritage fragilisé</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La révolution du 14 janvier 2011 avait ouvert une brèche inédite dans le paysage médiatique tunisien. Dès les premières années post-Ben Ali, des titres indépendants ont émergé, des journalistes d&rsquo;investigation ont pu travailler avec une liberté relative, et la Tunisie a été fréquemment citée comme un modèle de transition démocratique dans la région.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce relatif pluralisme reposait sur un équilibre institutionnel fragile. Le décret-loi 115 de 2011, adopté après la révolution, garantissait des protections spécifiques aux journalistes et établissait un cadre de poursuites distinct du droit pénal commun. C&rsquo;est précisément ce texte que le CPJ appelle les autorités à appliquer en lieu et place du décret 54.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le tournant a coïncidé avec la consolidation du pouvoir par Kaïs Saïed. Élu en 2019, ce dernier a procédé en juillet 2021 à une suspension du Parlement, avant d&rsquo;adopter une nouvelle Constitution en 2022 et de gouverner par décrets. Le décret-loi 54, adopté dans ce contexte, criminalise vaguement la diffusion de « fausses nouvelles » et de contenus jugés portant atteinte à la sécurité nationale, laissant une marge d&rsquo;interprétation très large aux autorités.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 2026, selon le CPJ, la Tunisie illustre un glissement vers un modèle de répression à plusieurs niveaux, combinant intimidation judiciaire, criminalisation financière et asphyxie administrative — un dispositif qui vise non seulement les voix, mais les moyens de les faire entendre.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Une pression internationale insuffisante, mais pas sans effets</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Des signaux ténus suggèrent que la mobilisation internationale peut peser. En 2025, le CPJ a facilité l&rsquo;audition de Ramla Dahmani devant le Parlement européen. Le même jour où l&rsquo;assemblée a adopté une résolution exprimant sa préoccupation pour l&#8217;emprisonnement de Sonia Dahmani et la situation générale de la presse en Tunisie, cette dernière a été libérée. Carlos Martínez de la Serna, directeur des programmes du CPJ, a souligné que Bruxelles dispose d&rsquo;une réelle capacité d&rsquo;influence sur Tunis.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;organisation continue de presser la Commission européenne et le Service européen pour l&rsquo;action extérieure d&rsquo;exiger la libération de Mourad Zghidi et Borhen Bsaies, et appelle les autorités tunisiennes à abandonner l&rsquo;usage du décret 54 contre les journalistes, à protéger les organisations de presse indépendantes et à mettre fin aux tentatives de dissolution de leurs associations. Le gouvernement tunisien n&rsquo;a pas répondu aux demandes de commentaires du CPJ.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La question qui se pose désormais est moins celle de savoir si la Tunisie a rompu avec son héritage post-révolutionnaire — les faits semblent l&rsquo;attester — que celle de savoir si les partenaires internationaux du pays, et en premier lieu l&rsquo;Union européenne, sont prêts à subordonner leurs intérêts économiques et migratoires à des exigences fermes en matière de libertés fondamentales.</p>
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		<title>Tunisie : un peuple qui attend la page d&#8217;après</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le Pont de Genève]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 18 May 2026 10:23:03 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Ce dimanche 17 mai 2026, Mohamed Rayen Hamzaoui a retrouvé sa ville. L&#8217;ancien maire d&#8217;Ezzahra, banlieue sud de Tunis, est sorti de prison après plus de trois ans de détention dans le cadre de l&#8217;affaire dite de « complot contre la sûreté de l&#8217;État 2 » Un dossier tentaculaire qui a englouti des dizaines de figures politiques [&#8230;]</p>
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]]></description>
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<p class="wp-block-paragraph">Ce dimanche 17 mai 2026, Mohamed Rayen Hamzaoui a retrouvé sa ville. L&rsquo;ancien maire d&rsquo;Ezzahra, banlieue sud de Tunis, est sorti de prison après plus de trois ans de détention dans le cadre de l&rsquo;affaire dite de « complot contre la sûreté de l&rsquo;État 2 » </p>



<p class="wp-block-paragraph"> Un dossier tentaculaire qui a englouti des dizaines de figures politiques tunisiennes depuis 2023. Sa libération, annoncée par son avocat Soufiane Jeribi sur les réseaux sociaux, a déclenché un accueil populaire spontané dans les rues d&rsquo;Ezzahra : scènes d&#8217;embrassades, visages en larmes, foule serrée autour d&rsquo;un homme que ses concitoyens ont choisi de recevoir non comme un condamné qui sort de prison, mais comme quelqu&rsquo;un qui en revient injustement. Dans une Tunisie où les manifestations contre la cherté de la vie se multiplient et où les associations indépendantes tombent les unes après les autres sous le coup de suspensions administratives, cet accueil dit quelque chose — sur l&rsquo;état du pays, sur le rapport des Tunisiens à leur pouvoir, et sur ce qui se joue silencieusement dans les marges du système.</p>



<figure class="wp-block-image size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="697" src="https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/Tunisie_Manifestation_Protestation-1024x697.jpg" alt="" class="wp-image-31101" style="aspect-ratio:1.4694384114179335;width:669px;height:auto" srcset="https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/Tunisie_Manifestation_Protestation-1024x697.jpg 1024w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/Tunisie_Manifestation_Protestation-300x204.jpg 300w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/Tunisie_Manifestation_Protestation-768x523.jpg 768w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/Tunisie_Manifestation_Protestation-1536x1045.jpg 1536w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/Tunisie_Manifestation_Protestation.jpg 1584w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">Ezzahra, dimanche soir : quand une ville parle à la place des urnes</h3>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Il y a des images qui valent des sondages. Celle de Mohamed Rayen Hamzaoui entouré par les habitants d&rsquo;Ezzahra à sa sortie de prison en est une. L&rsquo;ancien maire n&rsquo;est pas une figure nationale au sens médiatique du terme. Il n&rsquo;est pas président de parti, ni figure emblématique de l&rsquo;opposition. C&rsquo;est un élu local, un homme de terrain, connu dans sa ville pour son mandat municipal. C&rsquo;est précisément pour cela que l&rsquo;accueil qui lui a été réservé est significatif.<br>La justice tunisienne l&rsquo;avait condamné à douze ans de prison en première instance. En appel, cette peine a été ramenée à trois ans — durée qu&rsquo;il a intégralement purgée. Il reste soumis à deux ans de surveillance administrative. Son avocat, Soufiane Jeribi, président du comité de défense, a salué sa libération en évoquant « une lourde page de souffrance » qui se tourne, rendant hommage à l&rsquo;ensemble du collectif de défense qui l&rsquo;a accompagné tout au long de la procédure.</p>



<figure class="wp-block-video"><video height="944" style="aspect-ratio: 480 / 944;" width="480" controls src="https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/Rayen-Hamzaoui-Ezzahra.mp4"></video><figcaption class="wp-element-caption">Accueil de Ryan Hamziaoui, ancien maire de la ville de Zahra, à sa sortie de prison</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><br>L&rsquo;affaire dans laquelle il était poursuivi — le « complot 2 » — est l&rsquo;un des dossiers les plus contestés de la période post-2021. Instruit par la chambre spécialisée dans les affaires de terrorisme près la Cour d&rsquo;appel de Tunis, il portait sur des soupçons de complot contre la sûreté intérieure de l&rsquo;État, d&rsquo;incitation à la violence et d&rsquo;actes préparatoires visant à modifier la forme de l&rsquo;État. Les peines prononcées dans ce dossier sont parmi les plus lourdes de la période : Rached Ghannouchi y a été condamné à vingt ans de prison. Nadia Akacha et Lotfi Zitoun, en fuite à l&rsquo;étranger, ont été condamnés par contumace à trente-cinq ans chacun. L&rsquo;ancien chef du gouvernement Youssef Chahed, également cité, a formé un pourvoi en cassation — aucune condamnation définitive n&rsquo;a donc été prononcée à son encontre sur le fond.<br>Hamzaoui, lui, a purgé sa peine. Et la ville l&rsquo;a accueilli comme on accueille quelqu&rsquo;un dont on conteste la condamnation — non comme un criminel qui a payé sa dette envers la société, mais comme un homme que la société estime avoir été victime d&rsquo;une injustice.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Une rue qui parle, des associations qu&rsquo;on réduit au silence</h3>



<figure class="wp-block-image size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="684" src="https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/Manifestation-1024x684.jpg" alt="" class="wp-image-31104" style="aspect-ratio:1.498165253701126;width:714px;height:auto" srcset="https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/Manifestation-1024x684.jpg 1024w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/Manifestation-300x200.jpg 300w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/Manifestation-768x513.jpg 768w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/Manifestation-1536x1025.jpg 1536w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/Manifestation.jpg 1615w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><br>La libération d&rsquo;Hamzaoui survient dans une semaine particulièrement dense sur le plan politique et social. Des manifestations contre la hausse du coût de la vie ont eu lieu dans plusieurs villes tunisiennes. D&rsquo;autres rassemblements ont réclamé le respect des libertés publiques et un retour à des pratiques démocratiques. Des militants ont été interpellés avenue Bourguiba à Tunis pour avoir simplement distribué des tracts appelant à marcher.<br>Dans le même temps, les décisions de suspension administrative contre des organisations de la société civile continuent de s&rsquo;accumuler. La Ligue tunisienne des droits de l&rsquo;homme, fondée en 1977 et doyenne des organisations de défense des droits humains dans le monde arabe, a vu ses activités suspendues pour un mois. L&rsquo;organisation Avocats sans frontières a reçu une notification similaire. L&rsquo;Organisation tunisienne des jeunes médecins a été gelée trente jours — à la veille d&rsquo;une conférence de presse qu&rsquo;elle s&rsquo;apprêtait à tenir. Le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux et l&rsquo;association Al-Khat subissent des pressions multiformes.<br>Cette coïncidence — une rue qui s&rsquo;exprime malgré les risques, des organisations qu&rsquo;on empêche de s&rsquo;exprimer par voie administrative — dessine un portrait en creux de l&rsquo;espace public tunisien en 2026 : des canaux officiels de la société civile obstrués, et une parole citoyenne qui cherche d&rsquo;autres chemins pour se faire entendre.<br>Pendant ce temps, le président Kaïs Saïed multiplie les visites dans des quartiers populaires — Tunis, ses banlieues, ses périphéries — dans un registre de proximité qui tranche avec la sévérité de la gestion politique. Ces déplacements, largement couverts par les médias proches du pouvoir, ont pour fonction de maintenir un lien visible avec une base populaire dont la fidélité est un enjeu central pour le régime. Mais ils interviennent dans un contexte économique et social qui ne s&rsquo;améliore pas : inflation persistante, chômage des jeunes à des niveaux structurellement élevés, émigration de compétences — médecins, ingénieurs, juristes — qui s&rsquo;accélère, et un accord avec le Fonds monétaire international qui peine à se concrétiser faute de réformes structurelles suffisantes.</p>



<h3 class="wp-block-heading">La Tunisie de 2026 : anatomie d&rsquo;une crise qui s&rsquo;installe</h3>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Pour comprendre ce que vivent les Tunisiens en ce printemps 2026, il faut revenir sur la trajectoire des cinq dernières années et mesurer l&rsquo;écart entre les promesses de 2021 et la réalité d&rsquo;aujourd&rsquo;hui.</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="980" height="629" src="https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/kais-Saied.jpg" alt="" class="wp-image-31105" style="aspect-ratio:1.558099749967101;width:658px;height:auto" srcset="https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/kais-Saied.jpg 980w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/kais-Saied-300x193.jpg 300w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/kais-Saied-768x493.jpg 768w" sizes="auto, (max-width: 980px) 100vw, 980px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Lorsque Kaïs Saïed a suspendu le Parlement le 25 juillet 2021 et s&rsquo;est arrogé les pleins pouvoirs, une partie de la population tunisienne a accueilli cette rupture avec un mélange de soulagement et d&rsquo;espoir. Le système parlementaire issu de 2011 était paralysé par des luttes partisanes incessantes, l&rsquo;économie stagnait, la corruption demeurait endémique. Le discours présidentiel — rupture avec les élites, retour au peuple, nouveau contrat social — avait une résonance réelle dans une société épuisée par une décennie de transition difficile.<br>Cinq ans après, le bilan que dressent les observateurs est sévère sur plusieurs plans. La nouvelle Constitution de 2022 a concentré le pouvoir de manière inédite dans les mains du président, affaiblissant les contre-pouvoirs sans les remplacer par des mécanismes alternatifs de gouvernance efficaces. L&rsquo;Assemblée des représentants du peuple, reconstituée sous un format différent, dispose d&rsquo;une influence réelle limitée. Les instances indépendantes créées après 2011 — Instance Vérité et Dignité, Instance nationale de lutte contre la corruption, Haute Autorité Indépendante de la Communication Audiovisuelle — ont été soit dissoutes, soit marginalisées, soit vides de leur substance.<br>Sur le plan économique, la situation reste préoccupante. Le taux de chômage des jeunes dépasse structurellement les 35 % selon les estimations disponibles. L&rsquo;inflation a pesé lourdement sur le pouvoir d&rsquo;achat des ménages les plus modestes. Les pénuries de produits de base — sucre, farine, huile subventionnée — ont scandé l&rsquo;actualité de ces dernières années, créant des tensions dans les quartiers populaires que les visites présidentielles ne résolvent pas. La dette publique reste à des niveaux élevés, et les négociations avec le FMI buttent sur des réformes — notamment la réduction des subventions et la restructuration des entreprises publiques déficitaires — que le gouvernement tarde à engager, conscient de leur coût social et politique.<br>C&rsquo;est dans ce contexte de frustration économique persistante que les manifestations contre la vie chère trouvent leur terreau. Elles ne sont pas nouvelles en Tunisie — le mouvement Fech Nestannew de 2018 avait déjà exprimé ce ras-le-bol — mais elles surviennent aujourd&rsquo;hui dans un espace public plus contraint, où les libertés d&rsquo;expression et de manifestation sont plus précaires qu&rsquo;elles ne l&rsquo;étaient entre 2011 et 2021.<br>Sur le plan politique, l&rsquo;opposition tunisienne est dans une situation difficile. Une partie de ses figures les plus connues sont emprisonnées ou contraintes à l&rsquo;exil. Rached Ghannouchi, Chaïma Issa, Jaouhar Ben Mbarek, Chawki Tabib, Sihem Ben Sedrine — des noms qui couvrent des sensibilités politiques très différentes, mais qui se retrouvent tous, d&rsquo;une manière ou d&rsquo;une autre, dans le viseur d&rsquo;une justice dont l&rsquo;indépendance est questionnée. Des figures de l&rsquo;opposition en exil — à Paris, à Bruxelles, à Londres — tentent de maintenir une présence internationale et de peser sur le débat depuis l&rsquo;étranger, avec des résultats inégaux et une capacité de mobilisation intérieure limitée.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Ce que dit l&rsquo;accueil d&rsquo;Ezzahra</h3>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Revenir à Ezzahra, à ces images d&rsquo;un ancien maire accueilli en héros par ses concitoyens, c&rsquo;est lire dans ce rassemblement spontané quelque chose que les sondages ne mesurent pas toujours bien : l&rsquo;état du lien de confiance entre les Tunisiens et leurs institutions.<br>Quand une communauté choisit d&rsquo;accueillir un condamné non comme un fautif mais comme une victime, elle dit quelque chose sur la légitimité qu&rsquo;elle accorde à la condamnation. Quand des manifestants descendent dans la rue malgré les arrestations préventives. Quand des avocats nouent un brassard rouge dans les prétoires. Quand des jeunes médecins voient leur conférence de presse annulée par notification administrative — tous ces gestes, pris séparément, sont des signaux faibles. Ensemble, ils forment un tableau.<br>Ce tableau n&rsquo;est pas celui d&rsquo;un pays au bord de l&rsquo;explosion. La Tunisie ne vit pas une crise aiguë au sens d&rsquo;un mouvement de masse organisé et porteur d&rsquo;un projet alternatif clair. Ce qu&rsquo;elle vit est peut-être plus insidieux : une érosion lente, faite de résignations accumulées, de départs vers l&rsquo;étranger, de retraits du jeu politique, et d&rsquo;une méfiance croissante envers des institutions qui peinent à démontrer leur impartialité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans les semaines qui viennent, plusieurs échéances se profilent. Les grèves du barreau tunisien sont programmées jusqu&rsquo;au 18 juin. Les audiences dans les procès de figures de l&rsquo;opposition se poursuivent. Les organisations suspendues attendent la levée de leurs gels. Et quelque part dans cette ville de plusieurs millions d&rsquo;habitants qu&rsquo;est le Grand Tunis, des citoyens ordinaires continuent de faire leurs courses en comptant, d&rsquo;envoyer des CV à l&rsquo;étranger, et de regarder les nouvelles avec un mélange de lassitude et d&rsquo;attention. Ce que la Tunisie choisira de faire de cette tension diffuse — la résoudre par le dialogue ou la comprimer davantage — définira largement ce que sera le pays dans les années à venir.</p>
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		<title>Tunisie : quatre militants interpellés avenue Bourguiba pour avoir distribué des tracts appelant à manifester</title>
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		<pubDate>Fri, 15 May 2026 16:09:04 +0000</pubDate>
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<p class="wp-block-paragraph">Distribuer des tracts dans la rue, un geste banal dans toute démocratie, a suffi, vendredi, à conduire quatre personnes en garde à vue au cœur de Tunis. Naoures Douzi, Naoures Hamadi, Seif Ayadi et Mehdi El Aach ont été interpellés avenue Habib Bourguiba selon l&rsquo;avocate Feryel Jradi Charfeddine, l’artère centrale et symbolique de la capitale tunisienne, alors qu’ils distribuaient des invitations appelant à participer à une marche prévue le lendemain, samedi. Aucun acte de violence, aucun trouble à l’ordre public signalé : c’est le simple fait de diffuser une invitation à manifester qui a motivé leur arrestation, dans une ville où cette avenue a pourtant été, il y a quinze ans à peine, le théâtre d’une révolution.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Quatre noms, un geste, une arrestation</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><br></strong>Les faits sont simples dans leur déroulement, complexes dans ce qu’ils révèlent. Nours El Douzi, Nours Hamadi, Seif Ayadi et Mehdi El Aach se trouvaient avenue Habib Bourguiba — l’axe central de Tunis, bordé de cafés, de ministères et de l’emblématique Théâtre municipal — lorsqu’ils ont été appréhendés par les forces de l’ordre. Leur activité au moment de l’interpellation : distribuer des tracts annonçant une marche prévue pour le lendemain, samedi.<br>Il n’est pas fait état de violences, d’altercations, ni de trouble manifeste à l’ordre public dans les informations disponibles au moment de la publication de cet article. Ce sont les tracts eux-mêmes — des invitations à une manifestation — qui semblent avoir constitué le motif de l’intervention policière. Les quatre militants ont été conduits dans les locaux des forces de sécurité pour y être entendus.<br>Leur identité et leur sort précis au-delà de l’interpellation initiale n’étaient pas entièrement connus au moment de la rédaction de cet article. Ce que l’on sait, c’est que l’arrestation a eu lieu avant que la marche du lendemain ne se tienne — créant de facto une situation où l’acte de promouvoir une manifestation légale s’est transformé, pour ces quatre personnes, en motif d’interpellation.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>L’avenue Bourguiba : un espace chargé d’histoire et de symboles</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Le choix du lieu — ou plutôt, le fait que c’est dans ce lieu précis que l’arrestation s’est produite — mérite qu’on s’y attarde. L’avenue Habib Bourguiba n’est pas une rue comme les autres à Tunis. C’est l’artère qui concentre, mieux que toute autre, la mémoire politique et civique de la Tunisie contemporaine.<br>C’est sur cette avenue que des centaines de milliers de Tunisiens ont défilé en janvier 2011, les jours qui ont précédé et suivi la fuite de Ben Ali. C’est là que la foule a célébré la chute du régime, que des discours ont été prononcés, que l’histoire a basculé. Dans la géographie symbolique de Tunis, l’avenue Bourguiba est à la fois un lieu de pouvoir — elle mène au ministère de l’Intérieur, dont la silhouette imposante domine son extrémité — et un espace de liberté conquise, associé dans la mémoire collective à l’expression publique et à la revendication citoyenne.<br>Y distribuer des tracts appelant à manifester, c’est se placer dans cette tradition. Y être arrêté pour ce geste, c’est produire une image dont la charge symbolique n’échappe à personne.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Liberté de manifestation en Tunisie : une conquête en recul</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Pour comprendre la portée de cette interpellation, il faut la replacer dans le cadre légal et politique qui régit aujourd’hui la liberté de rassemblement en Tunisie.<br>Après la révolution de 2011, le droit de manifester a été consacré comme une liberté fondamentale. Le décret-loi n° 88 de 2011 et les textes constitutionnels successifs ont formellement garanti la liberté de réunion et de manifestation pacifique. Dans les années qui ont suivi, Tunis a connu une effervescence manifestante inédite : marches syndicales, rassemblements de partis, protestations étudiantes, sit-in devant l’Assemblée — la rue est devenue un espace politique à part entière, reconnu et toléré.<br>Depuis le tournant de juillet 2021 et la concentration du pouvoir entre les mains du président Kaïs Saïed, ce cadre s’est progressivement resserré. Des manifestations ont été dispersées, des organisateurs interpellés, des appels à rassemblement contrariés par des dispositifs sécuritaires préventifs. La notion de « trouble à l’ordre public » a été invoquée dans des situations où aucun désordre n’était constaté, servant de justification à des interventions policières sur des rassemblements pacifiques.<br>Ce glissement s’inscrit dans un mouvement plus large de restriction des libertés publiques documenté par plusieurs organisations de droits humains — Amnesty International, Human Rights Watch, la LTDH — qui ont signalé, rapport après rapport, une dégradation des conditions d’exercice des libertés fondamentales en Tunisie. La liberté de manifestation, conquête centrale de 2011, figure parmi les droits dont l’exercice effectif est devenu plus précaire.<br>L’interpellation de quatre personnes pour la simple distribution de tracts d’invitation à une marche s’inscrit dans cette trajectoire. Elle ne constitue pas un événement isolé mais s’ajoute à une série de signaux convergents : arrestations préventives avant des manifestations annoncées, dispersion de rassemblements avant même qu’ils ne se forment, surveillance accrue des espaces publics à l’approche de dates politiquement sensibles.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Manifester demain : ce que le samedi dira</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph"><br>La marche pour laquelle ces quatre militants distribuaient des tracts était prévue pour le samedi. Au moment où ces lignes sont écrites, leur situation exacte — libérés, maintenus en garde à vue, ou poursuivis — n’est pas entièrement établie. Ce que leur arrestation a déjà produit, en revanche, est documenté : elle a créé une perturbation dans l’organisation d’un événement public légal, à la veille de sa tenue.<br>La question que pose cette interpellation ne se réduit pas au sort de quatre individus. Elle touche à quelque chose de plus fondamental : dans la Tunisie de 2026, l’acte d’inviter ses concitoyens à marcher ensemble dans une rue est-il encore un droit, ou est-il devenu un risque ? La réponse à cette question se lira, en partie, dans ce qui se passera — ou ne se passera pas — avenue Bourguiba le samedi.</p>
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		<title>Tunisie :La société civile dans le viseur, l&#8217;Organisation des jeunes médecins suspendue trente jours</title>
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		<pubDate>Fri, 15 May 2026 11:53:06 +0000</pubDate>
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<p class="wp-block-paragraph">Ce n&rsquo;est pas un grand titre de presse internationale, pas une arrestation spectaculaire, pas un procès retentissant. C&rsquo;est une notification administrative, sobre dans sa forme, lourde dans ce qu&rsquo;elle signifie. Le jeudi 14 mai 2026, l&rsquo;Organisation tunisienne des jeunes médecins a reçu du secrétariat général du gouvernement un courrier officiel lui signifiant la suspension de toutes ses activités pour une durée de trente jours. La décision est tombée la veille d&rsquo;une conférence de presse que l&rsquo;organisation s&rsquo;apprêtait à tenir pour présenter ses prochaines actions. L&rsquo;OTJM a indiqué qu&rsquo;elle se conformerait à la mesure et reporterait d&rsquo;un mois ses annonces publiques. Une suspension, une conférence annulée, et une question qui reste dans l&rsquo;air : pourquoi maintenant, pourquoi eux ?</p>



<h3 class="wp-block-heading">Une notification, un timing, une question</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a dans cette décision quelque chose qui mérite qu&rsquo;on s&rsquo;y arrête. Pas tant la durée , trente jours, c&rsquo;est le format habituel de ces suspensions administratives en Tunisie , que le moment choisi pour la notifier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La veille d&rsquo;une conférence de presse. Pas le lendemain, pas une semaine avant. La veille. Ce calendrier, dont on ne sait pas s&rsquo;il est délibéré ou fortuit, a produit un effet immédiat et mécanique : l&rsquo;OTJM ne peut plus parler publiquement au moment précis où elle s&rsquo;apprêtait à le faire. La conférence est reportée d&rsquo;un mois. Ce que l&rsquo;organisation voulait annoncer reste inconnu du public pour l&rsquo;instant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;OTJM a réagi avec une sobriété remarquée. Pas de déclaration tonitruante, pas d&rsquo;appel à la résistance. L&rsquo;organisation a simplement indiqué qu&rsquo;elle respecterait la décision et attendrait la levée de la suspension pour reprendre ses activités et sa communication. Une posture légaliste, mesurée, qui contraste avec la brutalité administrative de la mesure.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que l&rsquo;on sait de l&rsquo;OTJM, c&rsquo;est qu&rsquo;elle porte une mission qui touche à des enjeux concrets et urgents : les conditions de travail des jeunes praticiens, la fuite des médecins tunisiens vers l&rsquo;étranger — phénomène massif et documenté —, la qualité du système de santé public, la formation médicale. Des sujets qui ne relèvent pas de l&rsquo;opposition politique au sens partisan du terme, mais qui touchent directement à la gestion des affaires publiques et à la capacité de l&rsquo;État à retenir ses compétences médicales sur le sol tunisien.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Une décision parmi d&rsquo;autres, un pattern qui se dessine</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Prise isolément, la suspension de l&rsquo;OTJM pourrait sembler anecdotique. Replacée dans son contexte, elle prend une tout autre dimension.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En quelques mois, plusieurs organisations de la société civile tunisienne ont fait l&rsquo;objet de mesures administratives restrictives. La Ligue tunisienne des droits de l&rsquo;homme — la LTDH, fondée en 1977, doyenne des organisations de droits humains du monde arabe — a vu ses activités suspendues pour un mois. Avocats sans frontières a reçu une décision similaire, qu&rsquo;elle a qualifiée publiquement de mesure injustifiée et non fondée sur un cadre légal transparent. Le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux et l&rsquo;association Al-Khat font l&rsquo;objet de pressions multiples — administratives, judiciaires, financières.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que ces organisations ont en commun, c&rsquo;est leur indépendance. Aucune n&rsquo;est partisane au sens électoral du terme. Toutes travaillent, chacune dans son domaine — droits humains, droits économiques et sociaux, accès à la justice, santé publique — sur des questions qui concernent directement les citoyens tunisiens ordinaires. Et toutes se retrouvent, à des degrés divers, dans le collimateur d&rsquo;une administration qui n&rsquo;a pas, à ce stade, fourni d&rsquo;explication publique détaillée sur les motifs précis de ces suspensions.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;OTJM rejoint donc une liste qui s&rsquo;allonge. Et c&rsquo;est précisément cette accumulation qui retient l&rsquo;attention des observateurs de la scène tunisienne, bien au-delà du cas spécifique des jeunes médecins.</p>



<h3 class="wp-block-heading">La société civile tunisienne : une histoire de conquêtes fragiles</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Pour mesurer ce que représentent ces suspensions, il faut comprendre ce qu&rsquo;a été la société civile tunisienne dans l&rsquo;histoire récente du pays — et ce qu&rsquo;elle représente encore aujourd&rsquo;hui.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sous Bourguiba d&rsquo;abord, puis sous Ben Ali, l&rsquo;espace associatif tunisien a existé dans un cadre légal strict et sous surveillance étroite. Les organisations qui survivaient étaient soit alignées sur le pouvoir, soit tolérées dans des limites précises. La LTDH elle-même, fondée en 1977, a navigué pendant des décennies entre reconnaissance officielle et persécution répétée, entre moments d&rsquo;ouverture et périodes de répression.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La révolution de 2011 a tout changé, du moins en apparence. En quelques mois, des milliers d&rsquo;associations ont été créées dans un foisonnement inédit. Des organisations de femmes, de jeunes, de professionnels de santé, de juristes, d&rsquo;enseignants, de défenseurs de l&rsquo;environnement — autant de structures qui ont rempli des espaces laissés vides par un État longtemps omniprésent mais peu efficace dans la fourniture de services publics de qualité. Le décret-loi n° 88 de 2011 sur les associations a fourni un cadre légal libéral, permettant cette explosion associative qui a été saluée internationalement comme l&rsquo;un des acquis les plus durables de la transition tunisienne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est dans ce contexte que l&rsquo;OTJM a vu le jour et s&rsquo;est développée, portant les préoccupations d&rsquo;une génération de médecins confrontée à une réalité difficile : des salaires insuffisants dans le secteur public, des conditions d&rsquo;exercice dégradées, une émigration massive vers l&rsquo;Europe — la France et l&rsquo;Allemagne notamment —, et un système de santé public sous tension permanente. Selon plusieurs estimations, des milliers de médecins tunisiens ont quitté le pays au cours des dernières années, creusant un déficit de compétences médicales dont les effets se font sentir jusque dans les régions les plus éloignées de la capitale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis 2021, le cadre légal et politique dans lequel opèrent ces associations s&rsquo;est progressivement resserré. Le décret-loi n° 54 de 2022, initialement présenté comme un outil de lutte contre la désinformation en ligne, a été critiqué par de nombreuses organisations pour son potentiel à criminaliser l&rsquo;expression critique. Des procédures administratives, longtemps dormantes dans les textes, ont été réactivées pour suspendre des organisations sans que les motifs précis soient systématiquement rendus publics.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Ce que la suspension d&rsquo;une association de médecins dit d&rsquo;un pays</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a quelque chose de révélateur dans le choix de cette cible particulière. Les jeunes médecins ne sont pas des opposants politiques déclarés. Ils ne militent pas pour un parti, ne portent pas de projet de renversement institutionnel. Ils défendent les conditions d&rsquo;exercice de leur profession et, ce faisant, la qualité du système de santé tunisien — un sujet qui devrait, en principe, faire consensus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le fait que même cette catégorie d&rsquo;organisation — apolitique dans ses objectifs, professionnelle dans sa nature, utile dans sa fonction — se retrouve frappée d&rsquo;une suspension administrative dit quelque chose sur l&rsquo;étendue du périmètre désormais concerné par ces mesures restrictives. Ce n&rsquo;est plus seulement la société civile politique qui est visée, mais la société civile dans sa globalité — y compris celle qui travaille sur la santé, sur la jeunesse, sur des questions qui ne menacent pas le pouvoir mais qui, précisément, existent en dehors de lui.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans trente jours, la suspension de l&rsquo;OTJM sera théoriquement levée. L&rsquo;organisation pourra alors tenir sa conférence de presse, annoncer ses projets, reprendre son travail. Mais la question que pose cette décision ne se résoudra pas en trente jours. Elle est plus fondamentale : dans la Tunisie de 2026, où s&rsquo;arrête l&rsquo;espace légitime de l&rsquo;action civile indépendante ? Et qui, exactement, en trace les contours ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>Répression en Tunisie : l&#8217;ONU exige la fin des poursuites contre la société civile et les médias</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le Pont de Genève]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 07 May 2026 15:27:11 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l&#8217;homme, Volker Türk, a interpellé jeudi les autorités tunisiennes pour qu&#8217;elles mettent fin à une vague de répression grandissante visant la société civile, les journalistes, les défenseurs des droits humains et les figures de l&#8217;opposition. Dans une déclaration publiée depuis Genève, le responsable onusien dénonce le recours [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l&rsquo;homme, Volker Türk, a interpellé jeudi les autorités tunisiennes pour qu&rsquo;elles mettent fin à une vague de répression grandissante visant la société civile, les journalistes, les défenseurs des droits humains et les figures de l&rsquo;opposition. Dans une déclaration publiée depuis Genève, le responsable onusien dénonce le recours systématique à des procédures judiciaires et à des obstacles administratifs pour réduire au silence toute voix critique, au mépris des obligations internationales auxquelles la Tunisie a souscrit.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Des suspensions en série qui paralysent la société civile</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La déclaration de Volker Türk intervient dans un contexte d&rsquo;escalade visible. En l&rsquo;espace de quelques jours seulement, deux organisations majeures ont été frappées par des décisions judiciaires de suspension temporaire. Le mardi précédant la déclaration onusienne, un tribunal tunisien a ordonné la suspension pour trente jours d&rsquo;Avocats Sans Frontières, une organisation internationale dont les activités de terrain sont directement interrompues par cette mesure. Quelques jours auparavant, c&rsquo;est la Ligue Tunisienne des Droits de l&rsquo;Homme — l&rsquo;une des plus anciennes et des plus respectées du pays — qui avait subi le même sort.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans les deux cas, les autorités ont invoqué des irrégularités dans le financement ou des manquements aux procédures d&rsquo;audit. Mais pour le Haut-Commissaire, ces justifications masquent une réalité plus préoccupante : « Nous observons une tendance croissante dans laquelle les autorités tunisiennes ont recours à des sanctions imposées par voie judiciaire pour restreindre l&rsquo;exercice du droit à la liberté d&rsquo;association, sans tenir compte des principes de légalité, de nécessité et de proportionnalité. »</p>



<h3 class="wp-block-heading">Les médias dans le viseur : arrestations et lois liberticides</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La pression sur les médias suit une trajectoire similaire. Le 24 avril dernier, le journaliste Zied El Heni a été arrêté sur la base d&rsquo;une disposition légale qui incrimine de façon vague l&rsquo;utilisation des réseaux de télécommunication dans le but de « nuire à autrui ». Il se trouvait toujours en détention provisoire au moment de la déclaration onusienne. Son cas n&rsquo;est pas isolé : vingt-huit autres journalistes, dont Mourad Zghidi, avaient été arrêtés l&rsquo;année précédente, jugés et condamnés à diverses peines d&#8217;emprisonnement pour des actes directement liés à l&rsquo;exercice de leur profession.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces poursuites reposent principalement sur un décret-loi adopté en 2022, portant sur la lutte contre les infractions liées aux systèmes d&rsquo;information et de communication. Ce texte, aux formulations délibérément larges, permet de sanctionner des formes d&rsquo;expression pourtant protégées par le droit international, y compris la critique d&rsquo;agents publics. L&rsquo;ONU encourage d&rsquo;ailleurs les parlementaires tunisiens, actuellement engagés dans un processus de révision de ce décret, à aller au bout de cette démarche.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Face à cette situation, Volker Türk a été explicite : « J&rsquo;exhorte les autorités tunisiennes à libérer immédiatement et sans condition toutes les personnes détenues ou emprisonnées pour avoir exprimé leurs opinions, et à lever toutes les restrictions arbitraires aux libertés d&rsquo;expression et d&rsquo;association. »</p>



<h3 class="wp-block-heading">Une dérive dans un pays qui fut un symbole de la transition démocratique arabe</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Pour comprendre la portée de cette mise en garde internationale, il faut remonter à 2011. Cette année-là, la Tunisie avait été le premier pays du monde arabe à renverser un régime autoritaire — celui de Zine El-Abidine Ben Ali — et à s&rsquo;engager sur la voie d&rsquo;une transition démocratique, saluée à l&rsquo;époque par la communauté internationale. La constitution de 2014, considérée comme l&rsquo;une des plus progressistes de la région, avait consacré un large éventail de libertés fondamentales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis l&rsquo;accession au pouvoir du président Kaïs Saïed, et plus particulièrement depuis le coup de force institutionnel de juillet 2021 — par lequel il a suspendu le Parlement, concentré les pouvoirs exécutif et législatif entre ses mains, puis fait adopter une nouvelle constitution en 2022 — le pays connaît une recomposition profonde de son paysage politique et civique. Les organisations de défense des droits humains, les syndicats, les partis d&rsquo;opposition et les médias indépendants signalent depuis lors une pression croissante sur leurs activités.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;ONU pointe par ailleurs l&rsquo;absence d&rsquo;une Cour constitutionnelle fonctionnelle comme une lacune institutionnelle majeure, privant les citoyens d&rsquo;un recours effectif contre les atteintes à leurs droits fondamentaux. « Les restrictions aux libertés fondamentales doivent demeurer exceptionnelles, fondées sur une loi claire, nécessaires et proportionnées à un objectif légitime, non discriminatoires et accompagnées de garanties procédurales et d&rsquo;un contrôle judiciaire effectif », a rappelé le Haut-Commissaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La mise en garde de l&rsquo;ONU résonne comme un signal d&rsquo;alarme adressé à un pays dont le parcours post-révolutionnaire était scruté bien au-delà de ses frontières. « Les acquis démocratiques et en matière de droits humains de la Tunisie après 2011 doivent être maintenus, et non progressivement démantelés », a conclu Volker Türk. Reste à savoir si cette pression internationale, qui s&rsquo;additionne aux voix de la société civile tunisienne, sera de nature à infléchir une trajectoire que rien, pour l&rsquo;heure, ne semble véritablement enrayer.</p>
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		<title>Lotfi Mraihi condamné à six ans de prison ferme</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le Pont de Genève]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 10 Apr 2026 21:01:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[La Une]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
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		<category><![CDATA[prison]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La chambre criminelle du tribunal de première instance de Tunis a rendu, ce vendredi 10 avril 2026, un verdict de six ans de prison ferme à l&#8217;encontre de Mohamed Lotfi Mraihi, secrétaire général de l&#8217;Union Populaire Républicaine (UPR) et ancien candidat à l&#8217;élection présidentielle de 2019. Le tribunal a retenu contre lui les chefs d&#8217;inculpation [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La chambre criminelle du tribunal de première instance de Tunis a rendu, ce vendredi 10 avril 2026, un verdict de six ans de prison ferme à l&rsquo;encontre de Mohamed Lotfi Mraihi, secrétaire général de l&rsquo;Union Populaire Républicaine (UPR) et ancien candidat à l&rsquo;élection présidentielle de 2019. Le tribunal a retenu contre lui les chefs d&rsquo;inculpation de blanchiment d&rsquo;argent et d&rsquo;infractions bancaires et financières graves, notamment des transactions irrégulières impliquant des résidents et des non-résidents, ainsi que des transferts de fonds à l&rsquo;étranger et l&rsquo;ouverture de comptes bancaires hors de Tunisie sans autorisation de la Banque centrale.</p>
<p>Un procès attendu de longue date</p>
<p>La chambre criminelle du tribunal de première instance de Tunis avait rejeté, le lundi 16 mars 2026, la demande de mise en liberté de Mraihi, et le procès avait alors été renvoyé à ce 10 avril. L&rsquo;affaire portait sur des accusations à caractère bancaire et financier, notamment des infractions liées aux opérations avec des résidents et des non-résidents, ainsi que des faits présumés de blanchiment d&rsquo;argent.</p>
<p>Les faits à l&rsquo;origine de la procédure remontent à l&rsquo;été 2024. Une enquête avait été ouverte le 1er juillet 2024 pour des soupçons de blanchiment d&rsquo;argent, de transfert illégal de fonds à l&rsquo;étranger et d&rsquo;ouverture de comptes bancaires hors du territoire tunisien sans autorisation de la Banque centrale. L&rsquo;enquête avait également révélé l&rsquo;implication présumée de la secrétaire générale du parti, qui avait admis avoir participé au transfert illégal de fonds vers des comptes étrangers.</p>
<p>Un parcours judiciaire chargé</p>
<p>Mraihi est incarcéré depuis le 3 juillet 2024. Il avait été condamné le 19 juillet 2025 à huit mois de prison ferme pour achat de voix lors de l&rsquo;élection présidentielle de 2019, ainsi qu&rsquo;à une inéligibilité à vie. La Cour d&rsquo;appel de Tunis avait ensuite confirmé la condamnation initiale, en ramenant toutefois la peine privative de liberté de huit à six mois.</p>
<p>Dans une procédure distincte, la 14e chambre correctionnelle de la Cour d&rsquo;appel de Tunis l&rsquo;avait condamné à six mois de prison ferme supplémentaires pour avoir utilisé des moyens de télécommunication afin de diffuser de fausses informations, à la suite de vidéos publiées sur son compte Facebook.</p>
<p>Qui est Lotfi Mraihi ?</p>
<p>Médecin pneumologue de formation, Lotfi Mraihi est le fondateur et secrétaire général de l&rsquo;Union Populaire Républicaine, un parti à vocation sociale qu&rsquo;il a créé en 2012. Il avait participé à l&rsquo;élection présidentielle tunisienne de 2019 en tant que candidat. Au fil des années, il s&rsquo;est distingué par des prises de position critiques à l&rsquo;égard du président de la République Kaïs Saïed, notamment à travers des publications sur les réseaux sociaux, ce qui lui a valu la procédure pour diffusion de fausses informations.</p>
<p>Mraihi affirme être un prisonnier politique et soutient qu&rsquo;il est poursuivi en justice en raison de ses critiques envers le président de la République. Il rejette l&rsquo;ensemble des charges retenues contre lui. Le parquet, pour sa part, maintient que les poursuites reposent exclusivement sur des éléments factuels d&rsquo;ordre pénal et financier.</p>
<p>La suite de la procédure</p>
<p>La condamnation prononcée ce 10 avril 2026 est susceptible de faire l&rsquo;objet d&rsquo;un recours en appel de la part de la défense. Le verdict s&rsquo;ajoute aux condamnations antérieures déjà prononcées contre Mraihi, portant à plusieurs années le total des peines auxquelles il a été condamné depuis son arrestation en juillet 2024. Aucune déclaration officielle de son parti n&rsquo;avait été rendue publique au moment de la mise sous presse de cet article.</p>
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		<title>Tunisie : Saadia Mosbah, fondatrice de l&#8217;ONG M&#8217;nemty et icône de la lutte antiraciste, écopé de 8 ans de prison ferme</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le Pont de Genève]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 19 Mar 2026 18:52:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Kais Said]]></category>
		<category><![CDATA[Laune]]></category>
		<category><![CDATA[Liberté]]></category>
		<category><![CDATA[Mnemty]]></category>
		<category><![CDATA[Saadia Mosbah]]></category>
		<category><![CDATA[Trending Posts]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>TUNIS, le 19 mars 2026 — La Chambre criminelle du tribunal de première instance de Tunis a rendu ce jeudi son verdict dans l&#8217;affaire M&#8217;nemty : Saadia Mosbah, 67 ans, présidente de l&#8217;association antiraciste et figure emblématique de la lutte contre les discriminations en Tunisie, a été condamnée à huit ans de prison ferme. Une [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>TUNIS, le 19 mars 2026 — La Chambre criminelle du tribunal de première instance de Tunis a rendu ce jeudi son verdict dans l&rsquo;affaire M&rsquo;nemty : Saadia Mosbah, 67 ans, présidente de l&rsquo;association antiraciste et figure emblématique de la lutte contre les discriminations en Tunisie, a été condamnée à huit ans de prison ferme. Une décision aussitôt dénoncée par ses avocats, des organisations de défense des droits humains et plusieurs chancelleries étrangères.</p>
<p> Un parcours judiciaire de près de deux ans</p>
<p>Le 6 mai 2024, les autorités tunisiennes avaient arrêté Mme Saadia Mosbah à son domicile dans le cadre d&rsquo;une enquête judiciaire visant l&rsquo;association M&rsquo;nemty. L&rsquo;enquête portait notamment sur les financements reçus par M&rsquo;nemty dans le cadre de ses activités de soutien aux personnes en déplacement et de lutte contre les discriminations raciales. Le lendemain, les forces de l&rsquo;ordre perquisitionnaient le siège de l&rsquo;ONG ainsi que le domicile de la militante.</p>
<p>Elle était poursuivie pour blanchiment d&rsquo;argent en vertu de la loi n°26 de 2015 relative à la lutte contre le terrorisme et le blanchiment d&rsquo;argent, pour enrichissement illicite et constitution d&rsquo;une entente criminelle en lien avec les activités de l&rsquo;association M&rsquo;nemty, qu&rsquo;elle préside.</p>
<p>Neuf personnes étaient jugées dans cette affaire, dont huit membres de M&rsquo;nemty, parmi lesquels le fils de Mosbah, Fares Gueblaoui, et le propriétaire des locaux de l&rsquo;ONG.</p>
<p>L&rsquo;audience de ce 19 mars était la quatrième du genre. L&rsquo;organisation FTDES dénonçait un « parcours judiciaire interminable », estimant que l&rsquo;affaire s&rsquo;inscrivait dans une logique de pression et d&rsquo;intimidation visant les acteurs engagés dans la défense des droits humains, notamment en lien avec les questions migratoires.</p>
<p>Un profil de militante de renommée internationale</p>
<p>Saadia Mosbah, ancienne hôtesse de l&rsquo;air elle-même noire, était connue pour avoir été à l&rsquo;origine de l&rsquo;adoption en 2018 d&rsquo;une loi pionnière pour le Maghreb contre les discriminations raciales. Figure du militantisme antiraciste, elle avait reçu en 2023 le Prix annuel des champions mondiaux de la lutte contre le racisme, décerné par le secrétaire d&rsquo;État américain Antony Blinken.</p>
<p>Fondatrice de M&rsquo;nemty en 2013, elle avait été très active dans la défense des droits des migrants et demandeurs d&rsquo;asile subsahariens en Tunisie.</p>
<p>Le contexte politique : un tournant sécuritaire assumé</p>
<p>L&rsquo;affaire s&rsquo;inscrit dans un contexte particulier. Selon Human Rights Watch (HRW), son arrestation s&rsquo;inscrivait dans un contexte de répression contre les organisations de la société civile œuvrant pour les droits des migrants, quelques heures après que le président Kaïs Saïed avait formulé de nouvelles accusations contre plusieurs ONG, les accusant de recevoir des fonds étrangers et de faciliter l&rsquo;installation de migrants dans le pays.</p>
<p>En 2023 s&rsquo;était déployée en Tunisie une forte montée des discours racistes et xénophobes, notamment à l&rsquo;endroit des migrants subsahariens, autorisés voire relayés au plus haut niveau de l&rsquo;État, entraînant des conséquences tragiques. C&rsquo;est dans ce climat que les soutiens de la militante situent son arrestation.</p>
<p>La défense : « un dossier vide et sans preuves »</p>
<p>Tout au long de la procédure, la défense a maintenu l&rsquo;innocence de sa cliente. L&rsquo;avocate Ibtissem Jebabli avait qualifié le dossier de « vide et sans preuves ». En mars 2025, un rapport d&rsquo;expertise comptable versé au dossier avait conclu que les financements de l&rsquo;association M&rsquo;nemty étaient légaux, transparents et de faible ampleur, ce qui contredisait les accusations de blanchiment d&rsquo;argent portées contre Mme Mosbah. Malgré ces conclusions, les poursuites avaient été maintenues.</p>
<p>L&rsquo;ancien bâtonnier Me Chawki Tabib, membre du collectif de défense, avait souligné que Mosbah avait dépassé la durée maximale de détention provisoire de quatorze mois.</p>
<p>Des conditions de détention contestées</p>
<p>Transférée de la prison pour femmes de Manouba vers celle de Béni Khalled, dans le gouvernorat de Nabeul, elle avait signalé dans des lettres rendues publiques en septembre et octobre 2025 des difficultés d&rsquo;accès à l&rsquo;eau potable, des restrictions concernant la réception de livres ainsi que des limitations dans les visites familiales.</p>
<p>Son état de santé était décrit comme « très dégradé », et son avocate avait souligné qu&rsquo;elle avait été privée de sa pension de retraite et que son fils Fares avait perdu son travail à cause du procès.</p>
<p>La mobilisation nationale et internationale</p>
<p>La sentence rendue ce jeudi intervient après des semaines de mobilisation. Une pétition avait été lancée pour exiger sa libération immédiate et dénoncer la montée des discours de haine, du racisme et des discriminations. Lors de l&rsquo;audience du 12 mars, une quinzaine de manifestants s&rsquo;étaient réunis devant le tribunal, arborant des pancartes portant les mentions « La solidarité n&rsquo;est pas un crime » et « Liberté pour Saadia ».</p>
<p>Dans un communiqué, la représentante spéciale de l&rsquo;ONU pour les défenseurs des droits, Mary Lawlor, avait dit suivre « de près » l&rsquo;audience, appelant « avec force » les autorités à la libérer. Plusieurs diplomates européens avaient pu assister aux audiences.</p>
<p>Les autorités tunisiennes maintiennent la légitimité des poursuites</p>
<p>Les autorités tunisiennes n&rsquo;ont, à ce stade, pas répondu publiquement aux critiques émises par les organisations de défense des droits humains. Le tribunal, pour sa part, a appliqué les dispositions de la loi antiterroriste et de lutte contre le blanchiment d&rsquo;argent de 2015, sous laquelle Mme Mosbah était formellement inculpée. Les chefs d&rsquo;accusation retenus — enrichissement illicite et blanchiment d&rsquo;argent — étaient passibles respectivement de six et dix ans d&#8217;emprisonnement.</p>
<p>Un verdict aux résonances plus larges</p>
<p>Le cas de Saadia Mosbah illustre, selon ses soutiens, une tendance en Tunisie : la criminalisation du travail associatif, particulièrement à l&rsquo;encontre des femmes engagées dans les droits humains et la lutte contre le racisme. La Commission internationale de juristes (CIJ) inscrit cette affaire dans une série plus large de poursuites judiciaires contre des acteurs de la société civile actifs dans les domaines de la migration, de l&rsquo;asile et de la lutte contre le racisme.</p>
<p>La défense a annoncé son intention de faire appel. L&rsquo;affaire, qui a mobilisé depuis près de deux ans des organisations nationales et internationales, devrait continuer à alimenter le débat sur l&rsquo;état des libertés en Tunisie.</p>
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