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	<title>Archives des POCT - Le pont de Genève</title>
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		<title>Mohamed Kilani explique les circonstances de la formation de la gauche en Tunisie et les raisons de sa scission avec le PCOT .</title>
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		<pubDate>Wed, 22 Oct 2025 16:18:56 +0000</pubDate>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Genève, le 22-10-2025</strong> – Dans ses discussions privilégiées, Le Pont de Genève accueille Mohamed Kilani, une personnalité clé mais aussi en désaccord avec les idées dominantes de la gauche tunisienne. Il partage son expérience avec franchise, mettant en lumière les conflits internes et les désillusions qui ont jalonné le chemin de la gauche radicale en Tunisie. De son engagement étudiant aux prisons de Bourguiba et Ben Ali, jusqu&rsquo;à sa séparation difficile avec le Parti des Travailleurs, Kilani fait un état des lieux sans complaisance.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Aux origines : un engagement forgé dans la répression</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">La vie de Mohamed Kilani est intimement liée à la lutte contre le pouvoir en place en Tunisie. Son engagement a débuté avec le Regroupement des Études et Action Socialistes (Perspectives), un groupe qui a vu éclore de nombreux militants de gauche. Il a aussi été l&rsquo;un des créateurs de « L&rsquo;Ouvrier Tunisien », qui a ensuite évolué pour devenir le Parti des Travailleurs Communistes Tunisiens.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son dévouement à ses idéaux lui a coûté cher : il a subi une persécution implacable. Kilani a fait l&rsquo;amère expérience de la prison sous les gouvernements successifs de Bourguiba et Ben Ali. Cette période difficile de détention politique a profondément ancré en lui l&rsquo;idée que l&rsquo;État est, fondamentalement, un outil de force et de domination. « La Tunisie a toujours eu un système politique où un seul parti avait le pouvoir, » explique-t-il, faisant allusion au Parti Socialiste Destourien et ensuite au Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD) qui ont étouffé toute forme d&rsquo;opposition légale jusqu&rsquo;à la révolution de 2011.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>La rupture : le grand schisme avec Hamma Hammami</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Au fond de son histoire – et au cœur de son désaccord avec la version officielle du parti – se trouve la manière dont il a quitté le Parti des Travailleurs, à l&rsquo;époque dirigé par Hamma Hammami.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Kilani suggère que la séparation est née d&rsquo;un désaccord idéologique majeur. Selon lui, Hammami avait une vision qu&rsquo;il considérait comme « particulièrement radicale », qu&rsquo;il trouvait rigide et peu efficace. Cette différence profonde sur la manière de penser la politique et les méthodes d&rsquo;action a provoqué une rupture définitive au sein du parti.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ne voulant absolument pas prendre ce chemin, Kilani, avec d&rsquo;autres camarades qui pensaient différemment, a pris une décision difficile : celle de quitter le Parti des Travailleurs. Cette rupture a entraîné la création, l&rsquo;une après l&rsquo;autre, du Parti de la Gauche Socialiste et ensuite du Parti Socialiste. Leur but était de proposer une vision de gauche plus indépendante et moins fermée.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>L’anéantissement d’un projet : comment l’union estudiantine a été brisée</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Kilani ne se contente pas de claquer la porte. Il accuse carrément le Parti des Travailleurs, et surtout Hammami, d&rsquo;avoir, avec la complicité de certains « cercles influents », saboté l&rsquo;Union des Étudiants Tunisien. Pour lui, cette organisation, autrefois pleine de vie, a été manipulée et dévitalisée pour servir des intérêts politiques étriqués. En gros, il pense qu&rsquo;ils ont contribué à ruiner la gauche tunisienne de l&rsquo;intérieur et à détruire un outil essentiel pour se mobiliser et se former politiquement.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Une grille de lecture pour la Tunisie contemporaine</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le récit de Kilani ne se contente pas de revenir sur le passé. Il nous donne aussi des outils pour décrypter les enjeux politiques qui façonnent la Tunisie d&rsquo;aujourd&rsquo;hui.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>L&rsquo;idée que l&rsquo;État est une machine à réprimer trouve un triste reflet dans le rapport alarmant de janvier 2025. Ce rapport dénonce une « détérioration inquiétante des libertés fondamentales » et une « justice utilisée pour étouffer les voix dissidentes » sous le régime de Kaïs Saïed. Les arrestations injustifiées de ceux qui s&rsquo;opposent au pouvoir et la transformation de l&rsquo;aide aux migrants subsahariens en crime sembleraient, selon cette perspective, confirmer la nature profondément répressive de l&rsquo;appareil gouvernemental.</li>



<li>En gros, l&rsquo;auteur considère que la façon dont la justice est utilisée aujourd&rsquo;hui, sous Kaïs Saïed, est encore pire que ce qu&rsquo;il a connu sous Bourguiba et Ben Ali. Même s&rsquo;il se sent victime d&rsquo;une « injustice » de la part de Saïed, il pense que la justice a atteint un niveau de sévérité jamais vu auparavant. Cette idée rejoint les préoccupations exprimées à l&rsquo;étranger, où l&rsquo;on s&rsquo;inquiète de voir la justice utilisée comme un outil pour attaquer ceux qui critiquent le gouvernement.</li>



<li>La situation est vraiment difficile, comme le montre la grève générale à Gabès en octobre 2025. Les gens en ont marre de la pollution et de l&rsquo;état de l&rsquo;économie. Ça prouve que les problèmes pour lesquels la gauche a toujours lutté sont plus urgents que jamais. Malheureusement, les partis traditionnels, même ceux de gauche, n&rsquo;arrivent pas à profiter de cette colère populaire. C&rsquo;est le résultat malheureux de toutes les disputes qu&rsquo;il y a eu dans le passé.</li>
</ul>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Conclusion : un héritage en quête de sens</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;histoire de Mohamed Kilani, c&rsquo;est bien plus qu&rsquo;un simple bout du passé; c&rsquo;est un avertissement. Il nous montre comment les beaux rêves de justice et de libération peuvent être gâchés par les idées trop rigides, les envies de pouvoir et les jeux de coulisses. Alors que la Tunisie de Kaïs Saïed semble glisser vers un régime plus dur, avec toujours plus de pouvoir concentré entre ses mains et moins de liberté pour les gens, le témoignage de Kilani nous pose une question essentielle : avons-nous vraiment retenu les leçons des combats d&rsquo;avant ? L&rsquo;incapacité de l&rsquo;ancienne gauche à proposer une vraie solution reste, aujourd&rsquo;hui, une déception profonde et un problème non résolu dans la politique tunisienne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son témoignage, en tout cas, lègue aux jeunes générations un récit complexe et nuancé, essentiel pour comprendre les racines de la crise politique tunisienne et, peut-être, pour en imaginer l’issue.</p>
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		<title>Interview avec Hamma Hammami : Parcours d&#8217;un militant de gauche dans la Tunisie des dictatures</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le Pont de Genève]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 07 Sep 2025 15:09:57 +0000</pubDate>
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<p class="wp-block-paragraph">Hamma Hammami, un pilier de la gauche tunisienne, c&rsquo;est l&rsquo;histoire d&rsquo;une résistance tenace face à l&rsquo;injustice, quel que soit le gouvernement en place en Tunisie. Dans un entretien récent avec <strong>Le Pont de Genève</strong>, il livre un récit émouvant des combats, des souffrances et des rêves de la gauche tunisienne depuis les années 60. Cet article explore sa vie, ses batailles et son regard sur le vécu de la gauche en Tunisie, avec ses hauts et ses bas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Hamma Hammami, né le 8 janvier 1952 à El Aroussa, est une figure de proue du Parti des travailleurs (autrefois connu sous le nom de Parti communiste des ouvriers de Tunisie, ou PCOT). Son implication dans la politique a débuté dans les années 1970, en rejoignant le mouvement communiste clandestin El-Amal Ettounsi (L&rsquo;Ouvrier tunisien). En 1974, il fut condamné à une peine de huit ans et demi d&#8217;emprisonnement en raison de ses activités militantes. Il a passé six ans derrière les barreaux, où il a subi des tortures et des mauvais traitements. Ces épreuves ont laissé des cicatrices physiques et psychologiques, mais n&rsquo;ont pas diminué sa volonté de se battre pour ses convictions.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Contexte historique : les gauches tunisiennes et le mouvement Perspectives</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Après la chute du régime de Ben Ali en 2011, Hammami est devenu un acteur important de la période de transition politique. Il a milité activement pour l&rsquo;élection d&rsquo;une Assemblée constituante, considérant que seul cet organe pouvait donner à la Tunisie une légitimité populaire et une Constitution qui reflète la volonté du peuple.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans les années 60, en Tunisie, un groupe de gauche appelé Perspectives tunisiennes (ou El Amal Ettounsi) s&rsquo;est fait connaître comme un des principaux opposants au pouvoir en place. Ce mouvement a pris racine chez les étudiants tunisiens à Paris et, après la défaite des pays arabes face à Israël en 1967, il a adopté des idées plus radicales. Perspectives a joué un rôle important en encourageant les étudiants et les travailleurs à se mobiliser, mais le gouvernement de Bourguiba a réagi en réprimant violemment ses membres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par la suite, El-Amal Ettounsi (L&rsquo;Ouvrier tunisien) s&rsquo;est divisé en plusieurs groupes, donnant naissance à des partis comme le Parti communiste des ouvriers de Tunisie (PCOT), mené par Hammami, et le Rassemblement socialiste progressiste (RSP) dirigé par Nejib Chebbi. Malgré une répression de plus en plus forte, ces groupes ont continué à se battre pour leurs idées en secret.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La Dure Réalité sous Bourguiba et Ben Ali</strong></p>



<ol start="3" class="wp-block-list"></ol>



<p class="wp-block-paragraph">Sous Bourguiba et Ben Ali, toute personne ayant des idées de gauche était systématiquement visée. H. Hammami a été arrêté plusieurs fois, soumis à des traitements cruels et condamné à de longues peines de prison. En 1974, son simple engagement dans un groupe politique lui a valu l&#8217;emprisonnement. En 1994, il a de nouveau été arrêté et torturé, endurant des souffrances physiques et psychologiques terribles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec Ben Ali, les choses ont empiré. H. Hammami a dû se cacher plus d&rsquo;une fois, et sa famille a été persécutée. Sa femme, Radhia Nasraoui, avocate et défenseure des droits de l&rsquo;homme, a elle aussi été victime d&rsquo;intimidations et de menaces.</p>



<ol start="4" class="wp-block-list">
<li><strong>La Bataille pour les Droits et la Vérité</strong></li>
</ol>



<p class="wp-block-paragraph">Pour H. Hammami, la politique et la défense des droits fondamentaux ont toujours été liées. Son épouse, Radhia Nasraoui, a fondé une association pour combattre la torture en Tunisie et a reçu une reconnaissance internationale pour son travail acharné.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après la révolution de 2011, la question de rendre justice pour le passé est devenue primordiale. Un représentant spécial de l&rsquo;ONU sur la torture, Juan Mendez, a visité la Tunisie en 2011 et a conseillé des changements pour mettre fin à l&rsquo;impunité et protéger les droits de ceux qui sont en prison.</p>



<ol start="5" class="wp-block-list">
<li><strong>Les Hauts et les Bas de la Gauche Tunisienne</strong></li>
</ol>



<p class="wp-block-paragraph">Malgré son rôle important dans l&rsquo;histoire, la gauche tunisienne a eu du mal à s&rsquo;imposer après la révolution. Le Front populaire, un regroupement de partis de gauche créé en 2012 Par des partis de la Gauche dont le parti de leader Chokri Belaid assassiné en 2013.  Le Front populaire n&rsquo;a pas réussi à gagner les élections. H. Hammami a reconnu que la gauche n&rsquo;avait pas vu venir la force des islamistes et n&rsquo;avait pas su répondre aux besoins économiques et sociaux des Tunisiens.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aujourd&rsquo;hui, H. Hammami appelle à un grand rassemblement de toutes les forces vives, pour lutter contre la violence et le terrorisme, et pour construire une politique de développement qui profite à tous.</p>



<p class="wp-block-paragraph">H. Hammami reste un symbole de courage et d&rsquo;espoir pour ceux qui rêvent d&rsquo;une Tunisie démocratique et juste.</p>



<ol start="6" class="wp-block-list"></ol>
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