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	<title>Le pont de Genève</title>
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	<title>Le pont de Genève</title>
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		<title>La Tunisie épinglée à Genève : quand l&#8217;ONU cite Tunis parmi les États qui poursuivent leurs journalistes</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le Pont de Genève]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 15 Jun 2026 15:27:35 +0000</pubDate>
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<p class="wp-block-paragraph">Le 15 juin 2026, lors de l&rsquo;ouverture de la 62e session ordinaire du Conseil des droits de l&rsquo;homme des Nations Unies à Genève, la Tunisie a pris la parole pour réaffirmer sa solidarité avec le peuple soudanais et défendre le principe de souveraineté nationale dans le traitement des crises humanitaires. Dans le même temps, le Haut-Commissaire aux droits de l&rsquo;homme, Volker Türk, citait explicitement Tunis parmi les capitales où des journalistes font l&rsquo;objet de poursuites judiciaires, plaçant le pays dans une position délicate sur la scène internationale des droits fondamentaux.</p>



<h3 class="wp-block-heading">La Tunisie prend position sur le dossier soudanais</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Intervenant dans le cadre du dialogue interactif renforcé consacré à la Mission internationale indépendante d&rsquo;établissement des faits pour le Soudan, la délégation tunisienne a adopté un ton mesuré, aligné sur les positions de plusieurs pays du Sud global. Tunis a exprimé sa « solidarité avec le peuple soudanais, peuple frère », tout en insistant sur le fait que la résolution de la crise devait passer par « des efforts essentiellement internes », loin de toute ingérence extérieure « susceptible de saper la souveraineté ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette posture, partagée en séance par l&rsquo;Algérie, l&rsquo;Érythrée, la Chine, le Mali ou encore l&rsquo;Indonésie, s&rsquo;inscrit dans une lecture défensive du droit international, qui privilégie le consentement de l&rsquo;État concerné comme condition préalable à tout mécanisme d&rsquo;enquête indépendant. La délégation tunisienne a néanmoins appelé la communauté internationale à « redoubler d&rsquo;efforts pour mettre fin à l&rsquo;escalade, assurer l&rsquo;accès humanitaire et soulager les souffrances de la population soudanaise », tout en saluant la coopération du gouvernement de Khartoum avec le Haut-Commissariat aux droits de l&rsquo;homme.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Volker Türk nomme la Tunisie parmi les États réprimant la presse</h3>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est dans un tout autre registre que la Tunisie a été évoquée par Volker Türk lors de la présentation de son rapport annuel. Dans un passage consacré aux « tendances autoritaires » qu&rsquo;il observe à l&rsquo;échelle mondiale, le Haut-Commissaire a cité explicitement la Tunisie et la Turquie comme des pays où « des journalistes ont été poursuivis » dans le cadre d&rsquo;actions répressives menées à travers le monde.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette mention, intégrée dans un tableau plus large dénonçant la criminalisation des défenseurs des droits humains et des professionnels des médias — aux côtés de la Russie, de l&rsquo;Iran ou du Bélarus — n&rsquo;est pas anodine. Volker Türk a rappelé que selon les derniers chiffres disponibles pour 2025, environ 950 défenseurs des droits humains, journalistes et syndicalistes auraient été assassinés ou auraient disparu dans le monde. Si la Tunisie n&rsquo;est pas citée dans ce bilan mortuaire, son inscription dans la liste des pays pratiquant des poursuites judiciaires contre la presse constitue un signal diplomatique que Tunis ne peut ignorer.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Contexte : la liberté de la presse en Tunisie sous surveillance internationale</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La situation tunisienne en matière de liberté de la presse s&rsquo;est sensiblement dégradée depuis 2022-2023, selon plusieurs organisations internationales. Le décret-loi 54 de septembre 2022, relatif à la lutte contre les infractions liées aux systèmes d&rsquo;information et de communication, est au cœur des critiques. Ce texte, qui incrimine la diffusion de « fausses nouvelles » ou d&rsquo;informations « susceptibles de porter atteinte à la sécurité de l&rsquo;État », a été utilisé à de multiples reprises pour engager des poursuites contre des journalistes, des blogueurs et des militants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Reporters sans frontières (RSF) a classé la Tunisie en net recul dans son index annuel de la liberté de la presse depuis l&rsquo;adoption de ce décret. Plusieurs journalistes ont été convoqués, placés en garde à vue ou poursuivis devant des juridictions militaires ou civiles, ce qui a suscité des réactions de la part d&rsquo;organisations professionnelles tunisiennes et d&rsquo;instances internationales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il convient de rappeler que la Tunisie avait pourtant été longtemps présentée, après 2011, comme un cas d&rsquo;exception dans la région, avec une presse plurielle et un espace civique relativement ouvert. La transition démocratique engagée après la révolution de jasmin avait vu naître des médias indépendants, des associations de journalistes actives et un cadre constitutionnel — la Constitution de 2014 — protégeant explicitement la liberté d&rsquo;expression. Le tournant politique de juillet 2021, avec la concentration des pouvoirs entre les mains du président Kaïs Saïed et l&rsquo;adoption d&rsquo;une nouvelle Constitution en 2022, a modifié en profondeur cet environnement.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Une position tunisienne entre deux logiques contradictoires</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La séquence genevoise du 15 juin 2026 illustre une tension qui traverse la diplomatie tunisienne : d&rsquo;un côté, une rhétorique de solidarité tiers-mondiste et de respect de la souveraineté, qui lui permet de s&rsquo;aligner sur un groupe de pays réfractaires aux mécanismes d&rsquo;enquête indépendants ; de l&rsquo;autre, une exposition croissante à la critique internationale sur son propre bilan en matière de droits civils et politiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Tunisie siège au Conseil des droits de l&rsquo;homme à titre d&rsquo;État membre, ce qui implique des obligations spécifiques, notamment en matière d&rsquo;Examen périodique universel (EPU). Son dernier passage devant ce mécanisme avait donné lieu à des recommandations portant précisément sur la liberté de la presse et la protection des journalistes. La question de leur suivi effectif reste ouverte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors que la 62e session du Conseil des droits de l&rsquo;homme doit se poursuivre jusqu&rsquo;au début du mois de juillet 2026, avec notamment la célébration du vingtième anniversaire de cette instance, la position de la Tunisie sur la scène internationale des droits humains apparaît comme un révélateur des équilibres fragiles entre souveraineté nationale et engagement multilatéral. La manière dont Tunis répondra — ou non — aux observations formulées par le Haut-Commissaire pourrait, dans les mois à venir, peser sur sa crédibilité au sein des enceintes onusiennes.</p>
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		<title>À 88 ans, l&#8217;archéologue et l&#8217;historien Ezeddine Bach Chaouech placé en détention dans l&#8217;affaire  de « la municipalité de Carthage »</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le Pont de Genève]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 12 Jun 2026 14:18:15 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Un mandat de dépôt vise quatre anciens membres de la délégation spéciale de la municipalité de Carthage, dont un historien octogénaire et un journaliste déjà sous le coup d&#8217;une condamnation Ezeddine Bach Chaouech, archéologue reconnu et ancien président de la municipalité de Carthage, a été placé en détention provisoire à l&#8217;âge de 88 ans sur [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Un mandat de dépôt vise quatre anciens membres de la délégation spéciale de la municipalité de Carthage, dont un historien octogénaire et un journaliste déjà sous le coup d&rsquo;une condamnation</p>



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<p class="wp-block-paragraph">Ezeddine Bach Chaouech, archéologue reconnu et ancien président de la municipalité de Carthage, a été placé en détention provisoire à l&rsquo;âge de 88 ans sur ordre de la chambre d&rsquo;accusation de la Cour d&rsquo;appel de Tunis. Cette décision, rendue ces derniers jours, s&rsquo;inscrit dans le cadre d&rsquo;une affaire de soupçons de corruption foncière portant sur la cession d&rsquo;un terrain à Carthage à un prix jugé très inférieur à sa valeur réelle. Bach Chaouech est mis en cause aux côtés du journaliste Zied El Heni et de deux autres anciens membres de la délégation spéciale de la municipalité, tous poursuivis pour avoir, selon l&rsquo;acte d&rsquo;accusation, accordé un avantage injustifié à un particulier au détriment du patrimoine public municipal. L&rsquo;enquête remonte à une plainte déposée en décembre 2022 par une association de protection du patrimoine archéologique et culturel de Carthage.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">Un dossier né d&rsquo;une plainte associative en 2022</h3>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;affaire prend sa source dans une plainte formelle déposée il y a plus de deux ans par une association dédiée à la sauvegarde du patrimoine archéologique et culturel de la région de Carthage. Celle-ci dénonçait la cession d&rsquo;une parcelle de terrain dans cette zone historique classée à un acquéreur privé, à un prix sans rapport avec la valeur estimée du bien. Selon les informations disponibles, les experts mandatés ultérieurement par les services des Domaines de l&rsquo;État auraient établi un écart significatif entre le prix figurant dans l&rsquo;acte de cession et la valeur marchande réelle du terrain — un écart qui aurait causé un préjudice financier considérable à la municipalité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les chefs d&rsquo;inculpation retenus par la chambre d&rsquo;accusation sont particulièrement graves : exploitation par un fonctionnaire public de sa qualité pour octroyer un avantage injustifié, en violation des réglementations en vigueur, dans le but de réaliser un profit ou de causer un préjudice à l&rsquo;administration, ainsi que fraude et usage de documents frauduleux. Ces qualifications placent le dossier dans le registre pénal de la corruption dans la gestion des biens publics.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des équipes sécuritaires ont été chargées de l&rsquo;exécution des mandats de dépôt émis à l&rsquo;encontre des quatre mis en cause, dont Ezeddine Bach Chaouech et Zied El Heni.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">Ezeddine Bach Chaouech, une figure du patrimoine tunisien rattrapée par la justice</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La mise en détention d&rsquo;Ezeddine Bach Chaouech, à 88 ans, constitue l&rsquo;un des éléments les plus saisissants de cette procédure. Archéologue de formation et historien reconnu, il avait présidé la municipalité de Carthage durant la période des délégations spéciales — ces structures de gestion locale nommées en remplacement des conseils élus après leur dissolution dans le sillage du 25 juillet 2021. C&rsquo;est à ce titre, en tant qu&rsquo;ancien membre du conseil municipal, qu&rsquo;il est aujourd&rsquo;hui mis en cause.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son arrestation illustre la portée rétroactive que peuvent avoir les enquêtes portant sur les décisions prises durant cette période de transition administrative. Des actes de gestion — transactions foncières, délibérations municipales, attributions de marchés — effectués dans un cadre institutionnel lui-même contesté sur le plan démocratique, se retrouvent aujourd&rsquo;hui soumis à l&rsquo;examen judiciaire, exposant leurs signataires à des poursuites pénales, indépendamment de leur profil ou de leur âge.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour le journaliste Zied El Heni, ce nouveau mandat de dépôt s&rsquo;ajoute à une situation judiciaire déjà particulièrement chargée. Il avait été condamné en première instance à un an d&#8217;emprisonnement dans une affaire distincte, poursuivi sur le fondement de l&rsquo;article 86 du Code des télécommunications pour « atteinte aux tiers via les réseaux publics de communication », à la suite d&rsquo;une publication sur les réseaux sociaux faisant référence à des données judiciaires. Il a interjeté appel de cette décision, et la Cour d&rsquo;appel de Tunis avait fixé l&rsquo;audience au 12 juin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le cumul de ces deux procédures  une condamnation en instance d&rsquo;appel d&rsquo;un côté, un nouveau mandat de dépôt de l&rsquo;autre dans une affaire aux ramifications administratives et foncières distinctes , illustre la fragilité de la position du journaliste face à un appareil judiciaire dont l&rsquo;indépendance est régulièrement questionnée par les observateurs nationaux et internationaux.</p>



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<h3 class="wp-block-heading">Carthage entre patrimoine mondial et tensions foncières</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La région de Carthage, inscrite au patrimoine mondial de l&rsquo;UNESCO depuis 1979, constitue un terrain particulièrement sensible sur le plan foncier. La pression immobilière y est historiquement forte, et la gestion du cadastre municipal y a souvent donné lieu à des controverses. La proximité géographique et symbolique avec un site archéologique d&rsquo;envergure mondiale confère à toute transaction foncière dans cette zone une dimension qui dépasse le simple cadre administratif.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La période des délégations spéciales, instaurée après la dissolution des conseils municipaux élus, a produit un vide de légitimité démocratique dans la gestion locale. Des décisions prises sans mandat électoral, dans un contexte d&rsquo;urgence institutionnelle, sont aujourd&rsquo;hui soumises à un contrôle judiciaire a posteriori. Cette dynamique expose rétrospectivement les membres de ces structures — qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de techniciens, de militants ou, comme dans ce cas, d&rsquo;un journaliste et d&rsquo;un archéologue — à des poursuites pénales dont la légitimité politique reste, pour certains, matière à débat.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le plan plus large de la liberté de la presse, l&rsquo;usage de l&rsquo;article 86 du Code des télécommunications contre des voix journalistiques ou militantes a été régulièrement dénoncé par des organisations internationales telles que Reporters sans frontières et le Comité pour la protection des journalistes. La formulation large de ce texte lui permet de couvrir une grande variété d&rsquo;expressions en ligne, ce qui en fait, selon ses détracteurs, un instrument pouvant servir à museler des voix critiques autant qu&rsquo;à sanctionner des infractions caractérisées.</p>



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<h4 class="wp-block-heading">Un pays à l&rsquo;épreuve de ses institutions</h4>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;arrestation d&rsquo;Ezeddine Bach Chaouech à 88 ans, dans une affaire qui mêle gestion municipale, patrimoine foncier et liberté de la presse, pose avec une acuité particulière la question de l&rsquo;état du droit en Tunisie. Alors que les contre-pouvoirs s&rsquo;effritent progressivement depuis juillet 2021 et que le pouvoir judiciaire est lui-même traversé par des interrogations sur son autonomie, chaque dossier de ce type devient un révélateur. La justice tunisienne saura-t-elle trancher ces affaires en s&rsquo;appuyant sur le seul droit, à l&rsquo;abri des pressions qui structurent désormais le champ politique ?</p>
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		<title>« Je suis Tunisien » : Quand un citoyen doit prouver sa nationalité à cause de sa couleur de peau</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le Pont de Genève]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 10 Jun 2026 19:45:48 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Tunis, juin 2026 — Une image, un geste, un cri silencieux. Nader Chroudi, jeune Tunisien à la peau noire, a été photographié dans un café de la capitale, un imprimé de sa carte d&#8217;identité nationale scotché sur sa poitrine. En lettres majuscules, une inscription manuscrite surplombe et souligne le document : « Je suis Tunisien [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Tunis, juin 2026 — Une image, un geste, un cri silencieux. Nader Chroudi, jeune Tunisien à la peau noire, a été photographié dans un café de la capitale, un imprimé de sa carte d&rsquo;identité nationale scotché sur sa poitrine. En lettres majuscules, une inscription manuscrite surplombe et souligne le document : « Je suis Tunisien ».<br />
Ce geste simple, presque déchirant, en dit plus long que n&rsquo;importe quel discours.</p>
<p>Un citoyen contraint de se justifier</p>
<p>Nader Chroudi n&rsquo;est pas migrant. Il n&rsquo;est pas sans-papiers. Il est né en Tunisie, a grandi en Tunisie, et porte une carte d&rsquo;identité tunisienne — le numéro xxxxxxxx visible sur le document — comme des millions de ses compatriotes. Pourtant, sa couleur de peau fait de lui un suspect aux yeux de certains. Un étranger dans son propre pays.<br />
Depuis plusieurs mois, il dit être victime d&rsquo;agressions physiques et verbales répétées, de contrôles humiliants, et d&rsquo;une discrimination quotidienne qui s&rsquo;est nettement aggravée dans le contexte des campagnes anti-migrants subsahariens qui secouent la Tunisie.<br />
Fatigué de devoir expliquer qui il est, il a choisi une réponse radicale et symbolique : porter son identité sur lui, littéralement.</p>
<p>Une toile de fond alarmante</p>
<p>Le geste de Nader s&rsquo;inscrit dans un climat social profondément dégradé. Depuis le discours du président Kaïs Saïed en février 2023, dans lequel il évoquait une « invasion » de migrants africains menaçant l&rsquo;identité tunisienne, les violences à caractère racial se sont multipliées sur tout le territoire.<br />
Des milliers de ressortissants d&rsquo;Afrique subsaharienne ont été arrêtés, expulsés ou abandonnés aux frontières désertiques. Des associations de défense des droits humains — Human Rights Watch, Amnesty International, le Comité tunisien pour les réfugiés — ont documenté des dizaines de cas de violences graves, d&rsquo;expulsions illégales et de discours haineux banalisés dans l&rsquo;espace public.<br />
Mais ce que le cas de Nader révèle avec une acuité particulière, c&rsquo;est que même les Tunisiens noirs ne sont pas épargnés. La confusion — volontaire ou non — entre couleur de peau et nationalité traduit la profondeur du préjugé racial ancré dans une partie de la société.</p>
<p>Le racisme anti-noir : un tabou qui se fissure</p>
<p>La Tunisie compte une communauté noire ancienne et enracinée, héritière en partie de siècles d&rsquo;histoire complexe, dont la traite transsaharienne. Des villes comme Gabès, Sfax, ou des quartiers de Tunis abritent depuis toujours des familles tunisiennes noires, pleinement intégrées dans le tissu social et culturel du pays.<br />
Pourtant, le racisme anti-noir reste un sujet longtemps minimisé, voire nié. La loi de 2018 criminalisant la discrimination raciale en Tunisie — une première dans le monde arabe — n&rsquo;a que rarement été appliquée. Les procédures judiciaires pour des faits de violence à caractère racial restent l&rsquo;exception.<br />
Le geste de Nader Chroudi brise ce silence. Il dénonce, sans violence mais avec une force symbolique rare, un système qui rend invisible le citoyen noir tout en le rendant suspect.</p>
<p>« Mon pays, c&rsquo;est ici »</p>
<p>En apposant sa carte d&rsquo;identité sur sa poitrine, Nader ne réclame pas la pitié. Il réclame l&rsquo;évidence. Celle d&rsquo;exister pleinement dans un pays qui est le sien.<br />
Son geste rappelle ces moments de l&rsquo;histoire où des individus opprimés ont dû arborer des signes pour se définir — avec cette différence fondamentale et douloureuse : ici, c&rsquo;est lui-même qui choisit de le faire, non par contrainte légale, mais parce que la réalité sociale l&rsquo;y oblige.<br />
Son acte interpelle les autorités, la société civile, et chaque Tunisien. Il pose une question que le pays ne peut plus éluder :<br />
Jusqu&rsquo;où faudra-t-il aller pour prouver qu&rsquo;on est chez soi ?</p>
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		<item>
		<title>Nouveau mandat de dépôt contre le journaliste Zied El Heni</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le Pont de Genève]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 10 Jun 2026 11:35:42 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La chambre d&#8217;accusation de la Cour d&#8217;appel de Tunis a ordonné hier l&#8217;émission d&#8217;un nouveau mandat de dépôt en prison contre le journaliste Zied El Heni, ainsi que trois autres mis en cause, tous anciens membres de la délégation spéciale de la municipalité de Carthage, dans le cadre d&#8217;une affaire de soupçons de corruption portant [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">La chambre d&rsquo;accusation de la Cour d&rsquo;appel de Tunis a ordonné hier l&rsquo;émission d&rsquo;un nouveau mandat de dépôt en prison contre le journaliste Zied El Heni, ainsi que trois autres mis en cause, tous anciens membres de la délégation spéciale de la municipalité de Carthage, dans le cadre d&rsquo;une affaire de soupçons de corruption portant sur la cession d&rsquo;un terrain dans la région de Carthage à un prix jugé bien inférieur à sa valeur réelle. Cette décision survient alors que le même journaliste attend déjà l&rsquo;issue de son procès en appel dans une affaire distincte liée à une publication en ligne.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Un mandat fondé sur des soupçons de corruption foncière</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Selon une source bien informée, les chefs d&rsquo;inculpation retenus visent « l&rsquo;exploitation par un fonctionnaire public de sa qualité pour s&rsquo;octroyer ou octroyer à autrui un avantage injustifié, au détriment de l&rsquo;administration, en violation des réglementations applicables, dans le but de réaliser un profit ou de causer un préjudice, ainsi que la fraude et l&rsquo;usage de documents frauduleux ». Des qualifications graves qui situent l&rsquo;affaire dans le registre pénal de la corruption dans la gestion des biens publics.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;enquête prend appui sur une plainte déposée en décembre 2022 par une association de protection du patrimoine archéologique et culturel de Carthage. Celle-ci alléguait l&rsquo;existence de « soupçons de corruption » relatifs à la cession d&rsquo;une parcelle de terrain dans la région de Carthage à un particulier, à un prix sans rapport avec la valeur réelle du bien, et sans consultation préalable des experts des services des Domaines de l&rsquo;État. Selon la plainte, cet écart entre le prix inscrit dans l&rsquo;acte de cession et la valeur estimée par les experts désignés ultérieurement aurait causé un préjudice financier significatif à la municipalité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Zied El Heni est mis en cause dans cette affaire en sa qualité d&rsquo;ancien membre du conseil municipal de Carthage. Des équipes sécuritaires ont été chargées de l&rsquo;exécution des mandats de dépôt émis à l&rsquo;encontre des quatre mis en cause.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Un journaliste déjà sous le coup d&rsquo;une condamnation en première instance</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Ce nouveau mandat s&rsquo;ajoute à une situation judiciaire déjà lourde pour Zied El Heni. Le journaliste avait précédemment été condamné à un an d&#8217;emprisonnement dans une affaire distincte, poursuivi sur la base de l&rsquo;article 86 du Code des télécommunications pour « atteinte aux tiers via les réseaux publics de communication », en raison d&rsquo;une publication sur les réseaux sociaux dans laquelle il faisait référence à des données judiciaires. Il a interjeté appel de cette décision, et la Cour d&rsquo;appel de Tunis a fixé l&rsquo;audience au 12 juin prochain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le cumul de ces deux procédures place le journaliste dans une position particulièrement précaire : une condamnation en instance d&rsquo;appel d&rsquo;un côté, un nouveau mandat de dépôt de l&rsquo;autre, dans une affaire aux ramifications administratives et foncières complexes.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>La liberté de la presse en Tunisie, entre pressions judiciaires et fragilité institutionnelle</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;affaire Zied El Heni s&rsquo;inscrit dans un paysage médiatique et judiciaire profondément marqué par les transformations politiques opérées depuis le 25 juillet 2021. Depuis la concentration des pouvoirs entre les mains du président Kaïs Saïed, plusieurs journalistes, blogueurs et acteurs de la société civile ont fait l&rsquo;objet de poursuites pénales dans des contextes où la frontière entre répression politique et application ordinaire du droit reste difficile à tracer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;article 86 du Code des télécommunications — texte d&rsquo;une formulation suffisamment large pour couvrir une grande variété d&rsquo;expressions en ligne — a été mobilisé à de nombreuses reprises contre des voix critiques ou simplement informatives. Des organisations internationales comme Reporters sans frontières et le Comité pour la protection des journalistes ont régulièrement alerté sur son usage extensif.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La dimension municipale de ce dossier rappelle, par ailleurs, que la période des délégations spéciales — structures de gestion locale nommées en remplacement des conseils élus après leur dissolution — reste une zone de tension juridique et politique. Des décisions prises dans ce cadre font aujourd&rsquo;hui l&rsquo;objet de contestations et d&rsquo;enquêtes, ce qui expose rétrospectivement leurs membres à des poursuites, qu&rsquo;ils soient journalistes, militants ou techniciens.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors que l&rsquo;audience en appel du 12 juin approche pour la première affaire, et que la nouvelle procédure liée à la municipalité de Carthage vient d&rsquo;être enclenchée, la trajectoire judiciaire de Zied El Heni soulève une question que la société tunisienne ne peut longtemps éluder : à quel point les institutions judiciaires demeurent-elles imperméables aux pressions politiques dans un pays où les contre-pouvoirs s&rsquo;effritent?</p>
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		<title>Migrants noirs en Tunisie : victimes d&#8217;une haine qui ne dit que la bassesse de ceux qui la portent</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le Pont de Genève]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 08 Jun 2026 11:21:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ENTERTAINMENT]]></category>
		<category><![CDATA[La Une]]></category>
		<category><![CDATA[Trending Posts]]></category>
		<category><![CDATA[discours]]></category>
		<category><![CDATA[haine]]></category>
		<category><![CDATA[Kais Said]]></category>
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		<category><![CDATA[Politics]]></category>
		<category><![CDATA[racisme]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En Tunisie, une vidéo diffusée début juin 2026 sur les réseaux sociaux depuis deux continents différents a provoqué un choc dans l&#8217;opinion publique : on y voit des individus s&#8217;introduire de force dans le domicile d&#8217;une famille migrante subsaharienne, proférer des menaces à l&#8217;arme blanche et tenir des propos d&#8217;une violence extrême. Une scène filmée, [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">En Tunisie, une vidéo diffusée début juin 2026 sur les réseaux sociaux depuis deux continents différents a provoqué un choc dans l&rsquo;opinion publique : on y voit des individus s&rsquo;introduire de force dans le domicile d&rsquo;une famille migrante subsaharienne, proférer des menaces à l&rsquo;arme blanche et tenir des propos d&rsquo;une violence extrême. Une scène filmée, selon les autorités tunisiennes, non pas récemment, mais il y a cinq ans. Ce n&rsquo;est pas la première fois que des images de ce type font surface dans le pays. Depuis le discours du président Kais Saied, le 21 février 2023, qualifiant l&rsquo;immigration subsaharienne de « complot » visant à modifier la composition démographique de la Tunisie, un cycle de tensions, de violences et de déclarations controversées s&rsquo;est installé dans le paysage politique et social du pays. La résurgence de cette vidéo, à un moment précis, soulève autant de questions sur la réalité de la violence que sur les mécanismes de sa mise en scène médiatique.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Une vidéo, des arrestations et un communiqué aux questions sans réponses</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le 5 juin 2026, le ministère de l&rsquo;Intérieur tunisien a annoncé avoir identifié et interpellé les individus apparaissant dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, qui les montre en train d&rsquo;agresser des ressortissants d&rsquo;Afrique subsaharienne. L&rsquo;enquête a été ouverte malgré l&rsquo;absence de toute plainte déposée dans cette affaire. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Le communiqué officiel, sobre dans sa forme mais lourd de sous-entendus, apporte plusieurs précisions troublantes. Selon les investigations menées, la vidéo ne documenterait pas un événement récent : les faits remonteraient à cinq ans, soit à 2021. Les enquêtes se poursuivaient pour déterminer les circonstances de cette affaire et les raisons de sa diffusion à ce moment précis, malgré le long délai écoulé depuis les faits. L&rsquo;institution soulignait également que la vidéo avait été diffusée depuis deux continents différents, sans que les autorités précisent l&rsquo;origine géographique exacte de ces publications. </p>



<p class="wp-block-paragraph">La vidéo en question montre un groupe d&rsquo;individus pénétrant de force dans le domicile d&rsquo;une famille migrante, menaçant ses membres à l&rsquo;aide d&rsquo;armes blanches et proférant des menaces explicites de viol à l&rsquo;encontre d&rsquo;une femme enceinte. Face à ce contenu, plusieurs organisations de la société civile tunisienne ont réagi par une tribune commune, dénonçant l&rsquo;escalade des discours de haine, du racisme et de la discrimination en Tunisie, ainsi que la recrudescence des agressions visant les personnes migrantes originaires d&rsquo;Afrique subsaharienne, dans un contexte d&rsquo;impunité persistante favorisée par la complaisance manifeste des institutions de l&rsquo;État. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans son communiqué, le ministère a par ailleurs réaffirmé l&rsquo;engagement de la Tunisie à garantir les droits et la dignité de toute personne se trouvant sur son territoire, et a rappelé son adoption d&rsquo;une approche humanitaire dans la gestion du dossier migratoire. Une déclaration de principe qui n&rsquo;a pas dissipé les inquiétudes des défenseurs des droits humains.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Février 2023 : le tournant du discours présidentiel<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Pour comprendre le contexte dans lequel s&rsquo;inscrit cette affaire, il faut revenir à la nuit du 21 février 2023. Réuni devant le Conseil national de sécurité, le président Kais Saied a ordonné à ses responsables de prendre des mesures urgentes contre l&rsquo;immigration irrégulière, soutenant sans la moindre preuve qu&rsquo;un complot criminel était en cours pour altérer la composition démographique du pays.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le chef de l&rsquo;État a alors développé sa thèse : selon lui, les vagues successives d&rsquo;immigration clandestine poursuivraient un objectif inavoué, celui de transformer la Tunisie en un pays purement africain, coupé de son appartenance arabe et islamique. Loin d&rsquo;être un dérapage isolé ou une réaction aux pressions européennes sur le dossier migratoire, ce discours s&rsquo;inscrivait dans une logique politique délibérée, visant non seulement les migrants étrangers, mais, plus largement, l&rsquo;ensemble des citoyens tunisiens noirs, qu&rsquo;ils vivent à l&rsquo;intérieur du pays ou en diaspora.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les répercussions sur le terrain ont été quasi immédiates. Des agressions racistes contre des ressortissants subsahariens se sont multipliées dans les jours suivants. Des propriétaires ont expulsé leurs locataires, des familles entières se sont retrouvées à la rue, contraintes de dormir dans des abris précaires ou sur les trottoirs. Certains migrants ont été empêchés de monter dans les transports en commun. Le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux a documenté cette montée brutale de la violence, tirée par un climat de haine désormais légitimé par la parole présidentielle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le plan diplomatique, l&rsquo;Union africaine a exprimé sa vive préoccupation, appelant Tunis à renoncer aux discours de haine à caractère racial. Le gouvernement tunisien a balayé ces critiques, les jugeant infondées et mal informées sur la position réelle des autorités.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au sein même de la société tunisienne, une résistance s&rsquo;est organisée. Des centaines de personnes ont manifesté dans les rues de la capitale, réclamant des excuses présidentielles et rappelant que la Tunisie est, avant tout, une terre africaine. Artistes, militants et représentants de la société civile ont marché côte à côte. La championne de tennis Ons Jabeur a pris publiquement position, affirmant sa fierté d&rsquo;être une femme tunisienne, arabe et africaine, et rappelant que la dignité est un droit universel et indivisible.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Un racisme ancien que le politique a réactivé</h3>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">La Tunisie n&rsquo;est pas étrangère au phénomène raciste, même si ce sujet a longtemps été relégué au rang de non-dit dans le débat public. La vague de violences déclenchée par les propos du président a mis en lumière un fond ancien de préjugés et de discriminations, enraciné dans l&rsquo;ensemble des sociétés du Maghreb, et que les surenchères nationalistes des pouvoirs en place ne font qu&rsquo;exacerber.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le pays avait pourtant posé un jalon législatif remarquable. En octobre 2018, le parlement tunisien avait adopté à une très large majorité une loi criminalisant toutes les formes de discrimination raciale, une première dans le monde arabe. Ce texte prévoit des sanctions pénales pour les auteurs de propos ou d&rsquo;actes racistes, ainsi que des peines plus lourdes pour l&rsquo;incitation à la haine, les menaces à caractère racial et l&rsquo;apologie du racisme. Une commission nationale dédiée devait en assurer le suivi et l&rsquo;application.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais entre la lettre de la loi et sa mise en œuvre concrète, le fossé est demeuré béant. Après la vague d&rsquo;agressions de 2023, Human Rights Watch n&rsquo;a recensé qu&rsquo;une seule arrestation annoncée par les autorités, installant un sentiment d&rsquo;impunité propice à de nouvelles violences. Des migrants et réfugiés noirs ont été victimes d&rsquo;un profilage racial systématique, de la part de particuliers comme de certaines forces de sécurité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La population subsaharienne présente en Tunisie est estimée à plus de 21 000 personnes, dans un pays de 12 millions d&rsquo;habitants. Ces hommes et ces femmes, souvent en transit vers l&rsquo;Europe, évoluent dans un vide juridique et social qui les expose à toutes les formes de vulnérabilité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En juin 2026, face à la vidéo virale montrant une famille migrante agressée à son domicile, plusieurs organisations de la société civile tunisienne ont signé une tribune commune pour rappeler une vérité que les chiffres et les témoignages confirment : les violences d&rsquo;aujourd&rsquo;hui sont le produit direct de plusieurs années de stigmatisation, de criminalisation et d&rsquo;incitation à la haine. La responsabilité, ont-elles insisté, ne repose pas uniquement sur les auteurs directs des agressions. Elle incombe aussi à tous ceux qui ont semé la peur, banalisé le mépris et instrumentalisé le racisme à des fins politiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors que les arrestations annoncées le 5 juin 2026 semblent marquer une réaction judiciaire plus déterminée que lors des crises précédentes, et que le ministère de l&rsquo;Intérieur a renouvelé ses engagements en faveur d&rsquo;une approche humanitaire, une question fondamentale reste posée : la volonté institutionnelle sera-t-elle, cette fois, à la hauteur d&rsquo;une situation que le discours politique lui-même a largement contribué à envenimer ? Pionnière dans le monde arabe en matière de législation antiraciste, la Tunisie saura-t-elle, un jour, faire coïncider ses textes de loi avec la réalité vécue par les plus vulnérables sur son territoire ?</p>
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		<title>Tunisie : L’avocat Khaled Krichi placé sous mandat de dépôt dans l’affaire de l’arbitrage Slim Zarrouk</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le Pont de Genève]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 03 Jun 2026 18:12:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[La Une]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une nouvelle secousse judiciaire est venue raviver le dossier sensible de l&#8217;Instance Vérité et Dignité (IVD). Khaled Krichi, ancien vice-président de cette instance chargée de la justice transitionnelle, a été arrêté ce mercredi 3 juin 2026, selon sont avocat Haykel Makki au journal « le pont de Genève  » suite à la décision de la chambre [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Une nouvelle secousse judiciaire est venue raviver le dossier sensible de l&rsquo;Instance Vérité et Dignité (IVD). Khaled Krichi, ancien vice-président de cette instance chargée de la justice transitionnelle, a été arrêté ce mercredi 3 juin 2026, selon sont avocat Haykel Makki au journal « le pont de Genève  » suite à la décision de la chambre d&rsquo;accusation de la cour d&rsquo;appel de Tunis.</p>
<p>Tunis – Le parcours judiciaire de Me Khaled Krichi, avocat et ancienne figure de l&rsquo;IVD, a connu un nouveau rebondissement. Alors qu&rsquo;un juge d&rsquo;instruction avait récemment décidé de le laisser en liberté dans le cadre d&rsquo;une information judiciaire portant sur des soupçons de corruption et de violation des procédures légales, le parquet a immédiatement relevé appel de cette décision.</p>
<p>Saisie, la chambre d&rsquo;accusation  de la cour d&rsquo;appel de Tunis a infirmé l&rsquo;ordonnance du juge. Elle a prononcé un mandat de dépôt à l&rsquo;encontre de l&rsquo;avocat. </p>
<p>Au cœur des poursuites : l&rsquo;arbitrage en faveur de Slim Zarrouk</p>
<p>Les faits reprochés à Khaled Krichi remontent à son mandat au sein de l&rsquo;Instance Vérité et Dignité. Ils concernent directement la gestion d&rsquo;un arbitrage controversé mené au profit de Slim Zarrouk, un homme d&rsquo;affaires tunisien.</p>
<p>Selon les éléments du dossier, cet accord d&rsquo;arbitrage, conclu dans le cadre des missions de réconciliation et de récupération des biens de l&rsquo;IVD, est aujourd&rsquo;hui accusé d&rsquo;irrégularités. L&rsquo;État tunisien, par son contentieux, estime que les règles de compétence prévues par la loi sur la justice transitionnelle n&rsquo;ont pas été respectées et que l&rsquo;administration n&rsquo;a pas eu accès à l&rsquo;ensemble des pièces du dossier. Les juges d&rsquo;instruction soupçonnent que cet arrangement aurait pu être obtenu dans des conditions opaques, d&rsquo;où les poursuites pour « corruption » et « violation des procédures légales » à l&rsquo;encontre de l&rsquo;avocat.</p>
<p>Une liberté de courte durée</p>
<p>La procédure ayant mené à l&rsquo;arrestation de ce mercredi obéit à une logique processuelle stricte :</p>
<p>&#8211; Décision initiale : Saisi des chefs d&rsquo;accusation, le juge d&rsquo;instruction avait initialement opté pour un maintien en liberté.<br />
&#8211; Réaction du parquet : Le ministère public, estimant cette décision insuffisante au regard de la gravité des faits présumés, a interjeté appel.<br />
&#8211; Décision finale : La chambre d&rsquo;accusation a donné raison au parquet en prononçant un mandat de dépôt, provoquant l&rsquo;interpellation de Me Krichi.</p>
<p>Un dossier plus large toujours pendant</p>
<p>Khaled Krichi n&rsquo;est pas seul dans cette affaire. L&rsquo;enquête concerne également le rôle d&rsquo;autres responsables de l&rsquo;IVD dans cet arbitrage controversé. L&rsquo;arrestation de ce mercredi marque une nouvelle phase, plus coercitive, d&rsquo;une procédure qui suit son cours.</p>
<p>Contactée, la défense de Me Krichi maître Haykel Makki n&rsquo;a pas encore réagi officiellement à cette incarcération. Selon des sources judiciaires, l&rsquo;avocat est actuellement détenu dans l&rsquo;attente de la suite de la procédure.*</p>
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		<title>Cuba-Tunisie : des intellectuels et militants tunisiens appellent à la levée du blocus américain</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le Pont de Genève]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 03 Jun 2026 10:10:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Cuba]]></category>
		<category><![CDATA[Laune]]></category>
		<category><![CDATA[Pétition]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[USA]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le 1er juin 2026, à Tunis, un collectif d&#8217;intellectuels, d&#8217;artistes, d&#8217;universitaires, d&#8217;avocats, de journalistes et de militants de la société civile tunisienne a rendu publique une pétition de solidarité avec le peuple cubain, à l&#8217;initiative de l&#8217;Association d&#8217;Amitié Tuniso-Cubaine. Le texte condamne fermement le blocus imposé par les États-Unis contre Cuba, qu&#8217;il qualifie d&#8217;injuste, d&#8217;inhumain [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Le 1er juin 2026, à Tunis, un collectif d&rsquo;intellectuels, d&rsquo;artistes, d&rsquo;universitaires, d&rsquo;avocats, de journalistes et de militants de la société civile tunisienne a rendu publique une pétition de solidarité avec le peuple cubain, à l&rsquo;initiative de l&rsquo;Association d&rsquo;Amitié Tuniso-Cubaine. Le texte condamne fermement le blocus imposé par les États-Unis contre Cuba, qu&rsquo;il qualifie d&rsquo;injuste, d&rsquo;inhumain et d&rsquo;illégal, et exige de la communauté internationale qu&rsquo;elle assume ses responsabilités face à ce que les signataires décrivent comme une politique d&rsquo;acharnement et d&rsquo;intimidation menaçant la souveraineté d&rsquo;un peuple épuisé par des décennies de pression économique et diplomatique.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Ce que dit la pétition</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le texte, sobre dans sa forme mais offensif dans son contenu, s&rsquo;articule autour de trois axes principaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En premier lieu, les signataires expriment leur solidarité avec Cuba et saluent ce qu&rsquo;ils nomment la résistance du peuple cubain et son attachement aux valeurs de l&rsquo;unité nationale. Une formulation qui relève autant du registre politique que de celui de la fraternité militante, caractéristique d&rsquo;une certaine tradition tiers-mondiste encore vivace dans une partie de la gauche et de la société civile tunisienne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En deuxième lieu, la pétition exige des mesures concrètes et immédiates : la levée du blocus, l&rsquo;autorisation de l&rsquo;acheminement de l&rsquo;aide humanitaire et la fourniture à Cuba de produits essentiels, notamment le carburant, les médicaments et les équipements sanitaires. Ces revendications s&rsquo;ancrent dans une réalité documentée : Cuba traverse depuis plusieurs années une crise humanitaire d&rsquo;une gravité croissante, marquée par des pénuries généralisées, des coupures d&rsquo;électricité prolongées et un exode massif de sa population.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En troisième lieu, le texte interpelle directement la communauté internationale, l&rsquo;ONU et les organisations régionales, les appelant à s&rsquo;opposer à ce qu&rsquo;il qualifie de politique agressive des États-Unis. Il va plus loin en avertissant que toute action militaire contre Cuba constituerait une catastrophe pour l&rsquo;humanité — une mise en garde qui, bien que formulée au conditionnel, témoigne d&rsquo;un niveau d&rsquo;inquiétude réel quant à l&rsquo;évolution du dossier sur la scène internationale.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Des voix tunisiennes dans un débat mondial</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La publication de cette pétition depuis Tunis n&rsquo;est pas un acte isolé. Elle s&rsquo;inscrit dans une longue tradition de solidarité entre la Tunisie et Cuba, deux pays qui partagent, dans leurs histoires respectives, une sensibilité marquée aux questions de souveraineté nationale, d&rsquo;indépendance vis-à-vis des grandes puissances et de résistance aux pressions extérieures. L&rsquo;Association d&rsquo;Amitié Tuniso-Cubaine, à l&rsquo;origine de l&rsquo;initiative, entretient depuis des décennies des liens culturels et politiques avec La Havane, et mobilise régulièrement un réseau de sympathisants issus de la gauche tunisienne, des milieux universitaires et des professions libérales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le profil des signataires — intellectuels, artistes, avocats, journalistes — dit quelque chose de la sociologie de ce courant de solidarité internationale en Tunisie. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une frange cultivée et engagée de la société civile, dont les prises de position sur les grandes causes du monde arabe et international ont toujours nourri le débat public tunisien, bien au-delà des cercles militants. Le fait que cette pétition soit publiée en français et en arabe, et adressée à l&rsquo;opinion internationale autant que locale, indique une volonté de résonance qui dépasse les frontières nationales.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Cuba en 2026 : une île entre résistance et naufrage</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Pour comprendre l&rsquo;urgence qui sous-tend ce texte, il faut regarder la réalité cubaine telle qu&rsquo;elle se présente aujourd&rsquo;hui. L&rsquo;île traverse une crise multidimensionnelle sans précédent depuis la chute de l&rsquo;Union soviétique. La pénurie de carburant paralyse l&rsquo;économie et les transports. Les hôpitaux manquent de médicaments élémentaires. L&rsquo;alimentation en électricité est devenue aléatoire, parfois réduite à quelques heures par jour dans certaines régions. Et l&rsquo;exode de la population, notamment vers les États-Unis et l&rsquo;Amérique latine, a atteint des proportions historiques, vidant l&rsquo;île d&rsquo;une partie significative de sa jeunesse et de ses forces vives.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le blocus américain, maintenu sans interruption depuis plus de soixante ans et régulièrement renforcé par des sanctions supplémentaires, est au cœur de cette situation. Chaque année, l&rsquo;Assemblée générale des Nations Unies vote à une écrasante majorité en faveur de sa levée — une résolution que Washington continue d&rsquo;ignorer. En 2026, les tensions diplomatiques entre les deux pays ont connu une nouvelle aggravation, alimentée par des déclarations américaines sur la sécurité régionale dans les Caraïbes, que La Havane et ses soutiens internationaux interprètent comme des signaux précurseurs d&rsquo;une escalade.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le plan géopolitique, Cuba reste un terrain d&rsquo;affrontement symbolique entre deux visions du monde : d&rsquo;un côté, une conception libérale de l&rsquo;ordre international portée par Washington ; de l&rsquo;autre, un bloc de pays — Russie, Chine, Venezuela, Nicaragua, et plusieurs nations africaines et arabes — qui défendent le principe de non-ingérence et de souveraineté absolue des États. La Tunisie, traditionnellement non alignée dans son positionnement international, s&rsquo;inscrit dans cette logique à travers des initiatives comme celle-ci, même si elles émanent de la société civile et non du gouvernement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le plan économique, les conséquences du blocus sont chiffrées avec précision par La Havane : le gouvernement cubain évalue le préjudice cumulé à plusieurs centaines de milliards de dollars sur six décennies. Au-delà des chiffres, c&rsquo;est la capacité même de l&rsquo;État cubain à fonctionner et à assurer les services de base à sa population qui est aujourd&rsquo;hui en question. La crise humanitaire en cours alimente les tensions sociales internes, comme en témoignent les protestations populaires de juillet 2021 et les manifestations sporadiques qui ont suivi.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Une pétition, et après ?</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Des textes de ce type, le monde en publie chaque jour par centaines. Leur portée pratique est rarement décisive. Mais ils remplissent une fonction que les diplomates et les chancelleries ne peuvent pas toujours assumer : celle de maintenir vivant, dans l&rsquo;espace public, un sujet que la fatigue médiatique et les urgences du moment tendent à reléguer au second plan. En choisissant de prendre la parole sur Cuba depuis Tunis, en ce début de juin 2026, ces intellectuels et militants tunisiens posent une question qui dépasse largement l&rsquo;île des Caraïbes : jusqu&rsquo;où la communauté internationale est-elle prête à tolérer qu&rsquo;un blocus économique continue de s&rsquo;exercer contre un peuple entier, et au nom de quels principes ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph">Lien de la pétition :  <a href="https://www.change.org/p/%D8%B9%D8%B1%D9%8A%D8%B6%D8%A9-%D8%AA%D8%B6%D8%A7%D9%85%D9%86%D9%8A%D8%A9-%D9%85%D8%B9-%D8%A7%D9%84%D8%B4%D8%B9%D8%A8-%D8%A7%D9%84%D9%83%D9%88%D8%A8%D9%8A-p%C3%A9tition-citoyenne-de-solidarit%C3%A9-avec-le-peuple-cubain?recruiter=22064517&amp;recruited_by_id=fca7a2f0-0fd2-0130-22f9-00221964dac8&amp;utm_source=share_petition&amp;utm_campaign=psf_combo_share_initial&amp;utm_term=psf_combo_share_initial&amp;utm_medium=whatsapp&amp;share_id=GBRGnKtzzk">Signer </a></p>
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		<title>Affaire de l&#8217;appareil secret d&#8217;Ennahda : la défense de Ghannouchi dénonce un procès politique et annonce des recours</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le Pont de Genève]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 03 Jun 2026 09:28:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[La Une]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le jour même où la chambre criminelle spécialisée dans les affaires de terrorisme auprès du tribunal de première instance de Tunis prononçait, le 2 juin 2026, une peine de réclusion à perpétuité assortie de trente années de prison supplémentaires contre Rached Ghannouchi, son équipe de défense a pris la parole pour contester publiquement ce verdict. [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Le jour même où la chambre criminelle spécialisée dans les affaires de terrorisme auprès du tribunal de première instance de Tunis prononçait, le 2 juin 2026, une peine de réclusion à perpétuité assortie de trente années de prison supplémentaires contre Rached Ghannouchi, son équipe de défense a pris la parole pour contester publiquement ce verdict. Dans un communiqué adressé à l&rsquo;opinion publique, les avocats du président d&rsquo;Ennahda ont énuméré ce qu&rsquo;ils qualifient d&rsquo;irrégularités procédurales majeures, affirmé l&rsquo;innocence de leur client et annoncé leur intention d&rsquo;engager tous les recours juridiques disponibles. Une réaction qui s&rsquo;inscrit dans un bras de fer judiciaire et politique dont aucun terme n&rsquo;est encore en vue.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Une défense qui conteste le procès dans ses fondements mêmes </h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le communiqué de la défense ne se contente pas de critiquer le quantum de la peine. Il remet en cause la légitimité du procès dans son ensemble, point par point, avec une précision qui trahit une stratégie juridique construite sur la durée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Premier grief soulevé : l&rsquo;origine même de la plainte. Les avocats soulignent que la procédure a été initiée non par le parquet, mais par des représentants d&rsquo;un parti politique concurrent, ce qu&rsquo;ils présentent comme la preuve d&rsquo;une instrumentalisation partisane de la justice. En droit tunisien, la distinction entre une action publique engagée par le ministère public et une plainte déposée par une partie civile n&rsquo;est pas sans portée juridique, et la défense entend visiblement s&rsquo;appuyer sur cet argument pour contester la régularité de la mise en mouvement de l&rsquo;action pénale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Deuxième grief, d&rsquo;ordre procédural : les avocats affirment que l&rsquo;inscription du nom de Rached Ghannouchi dans ce dossier, en 2022, a été faite à la demande de la ministre de la Justice de l&rsquo;époque, et que le mandat de dépôt a été émis contre lui en son absence, sans qu&rsquo;il en soit informé conformément aux dispositions légales. L&rsquo;interdiction de voyage qui s&rsquo;en est suivie aurait, selon eux, été annoncée non par voie officielle, mais via une publication sur les réseaux sociaux , une circonstance qu&rsquo;ils jugent attentatoire aux droits élémentaires de la défense.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Troisième argument, peut-être le plus substantiel sur le plan juridique : la défense soutient que le dossier sur lequel repose cette affaire a déjà fait l&rsquo;objet de jugements définitifs, dans lesquels la justice tunisienne aurait établi l&rsquo;absence de tout lien entre Ghannouchi et les faits reprochés. Elle ajoute que les pièces saisies dans le cadre de ces affaires antérieures avaient été remises aux autorités judiciaires et sécuritaires dès 2013, dans le respect des procédures légales, et que rien n&rsquo;a été dissimulé ni détruit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La défense évoque également une déclaration publique faite en 2018 par l&rsquo;un des plaignants, dans laquelle ce dernier aurait reconnu, dans les médias, l&rsquo;innocence du mouvement Ennahda et de ses dirigeants dans les assassinats politiques de 2013. Un aveu informel qui contredirait, selon les avocats, la thèse centrale de l&rsquo;accusation , et qui aurait été, selon eux, confirmé par les jugements définitifs rendus dans les affaires d&rsquo;assassinats en 2024 et après.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Un procès à huis clos, à distance, boycotté par l&rsquo;accusé</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà des arguments de fond, la défense pointe des conditions de jugement qu&rsquo;elle juge incompatibles avec les standards d&rsquo;un procès équitable. L&rsquo;audience s&rsquo;est tenue à huis clos, sans la présence de la presse ni des familles des accusés. Elle s&rsquo;est déroulée par visioconférence depuis la prison, un dispositif que les avocats estiment structurellement défavorable à une défense effective, en raison des obstacles qu&rsquo;il crée dans la communication entre le détenu et son conseil.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est dans ce contexte que Rached Ghannouchi a choisi de boycotter les audiences, refusant de participer à une procédure dont il contestait dès le départ la régularité. Un choix qui, sur le plan symbolique, relève d&rsquo;une posture politique autant que juridique, mais que les avocats présentent comme une réponse cohérente aux irrégularités accumulées depuis l&rsquo;ouverture du dossier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au total, si l&rsquo;on additionne l&rsquo;ensemble des condamnations prononcées contre lui dans plusieurs affaires distinctes, Rached Ghannouchi se retrouve sous le coup d&rsquo;une peine cumulée de réclusion à perpétuité augmentée de cent six ans d&#8217;emprisonnement , un total que la défense qualifie de sans précédent dans l&rsquo;histoire judiciaire tunisienne liée aux affaires politiques.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Un contexte judiciaire et politique sous haute tension</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Cette réaction de la défense s&rsquo;inscrit dans un cadre plus large que le seul dossier de l&rsquo;«appareil secret ». Depuis le tournant politique du 25 juillet 2021, date à laquelle le président Kaïs Saïed a suspendu le Parlement et concentré progressivement l&rsquo;essentiel des pouvoirs entre ses mains, la scène judiciaire tunisienne a connu une recomposition profonde. Le Conseil supérieur de la magistrature a été dissous et remplacé par une instance provisoire nommée par décret présidentiel. Des magistrats ont été révoqués. Et les poursuites contre les figures de l&rsquo;opposition se sont multipliées à un rythme que plusieurs organisations internationales de défense des droits humains, dont Amnesty International et Human Rights Watch, ont qualifié de préoccupant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ennahda, de son côté, est aujourd&rsquo;hui une formation décapitée. Ses bureaux ont été fermés. Ghannouchi est en détention depuis avril 2023. Ses successeurs à la tête du parti ont eux-mêmes été arrêtés. Les cadres encore en liberté sont soit en exil, soit sous le coup de poursuites judiciaires. Dans ce tableau, le communiqué de la défense ne constitue pas seulement une réaction juridique à un verdict : il est aussi l&rsquo;un des rares espaces d&rsquo;expression publique qui reste accessible aux proches du mouvement sur le sol tunisien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La question de l&rsquo;indépendance de la justice tunisienne est, dans ce contexte, au cœur du débat. Si le pouvoir exécutif affirme que les institutions judiciaires exercent leurs prérogatives en toute autonomie, les critiques — intérieures comme extérieures — soulignent que les réformes institutionnelles engagées depuis 2021 ont significativement réduit les garde-fous qui garantissaient, au moins en théorie, la séparation des pouvoirs.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Des recours annoncés, une issue incertaine</h3>



<p class="wp-block-paragraph">En annonçant son intention de poursuivre tous les recours légaux disponibles, la défense de Rached Ghannouchi ouvre une nouvelle phase d&rsquo;un combat judiciaire dont nul ne peut aujourd&rsquo;hui prévoir l&rsquo;issue. Le verdict du 2 juin 2026 n&rsquo;est pas définitif : il est susceptible d&rsquo;appel, et l&rsquo;affaire devra, le cas échéant, passer devant une juridiction supérieure. Mais dans un système judiciaire dont l&rsquo;indépendance est elle-même contestée, la question de savoir si ces recours pourront aboutir à un réexamen véritablement impartial des faits reste entière, et elle dépasse largement le sort d&rsquo;un seul homme.</p>
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		<title>« Appareil secret Ennahda » : Ghannouchi condamné à perpétuité, un verdict historique ébranle la scène politique tunisienne</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le Pont de Genève]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Jun 2026 20:33:27 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La justice tunisienne a rendu, dans la soirée du mardi 2 juin 2026, ses verdicts dans l&#8217;une des affaires les plus emblématiques de la décennie. La chambre criminelle spécialisée dans les affaires de terrorisme auprès du tribunal de première instance de Tunis a prononcé des peines d&#8217;une sévérité exceptionnelle à l&#8217;encontre de trente-cinq accusés poursuivis [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">La justice tunisienne a rendu, dans la soirée du mardi 2 juin 2026, ses verdicts dans l&rsquo;une des affaires les plus emblématiques de la décennie. La chambre criminelle spécialisée dans les affaires de terrorisme auprès du tribunal de première instance de Tunis a prononcé des peines d&rsquo;une sévérité exceptionnelle à l&rsquo;encontre de trente-cinq accusés poursuivis dans le dossier dit de l&rsquo;« appareil secret du mouvement Ennahda ». Parmi eux, le président historique du parti islamiste, Rached Ghannouchi, a été condamné à la réclusion à perpétuité assortie de trente ans d&#8217;emprisonnement supplémentaires, pour constitution d&rsquo;entente terroriste et mise à disposition de compétences au service d&rsquo;une organisation terroriste. Ce jugement, rendu à l&rsquo;issue d&rsquo;une longue procédure judiciaire ouverte en 2022, marque un tournant majeur dans le paysage politique et judiciaire tunisien.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Des peines d&rsquo;une amplitude inédite</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le tribunal a reconnu l&rsquo;ensemble des accusés coupables de plusieurs infractions à caractère terroriste, notamment la constitution et l&rsquo;adhésion à une organisation terroriste, ainsi que la mise de compétences et d&rsquo;expertises au service d&rsquo;une telle organisation, selon une source judiciaire citée par l&rsquo;agence TAP.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les peines prononcées traduisent la gravité des qualifications retenues. Mustapha Khedher, considéré comme une figure centrale du dossier, a écopé de la sanction la plus lourde : la réclusion à perpétuité assortie de quatre-vingt-seize ans de prison supplémentaires. Ridha Barouni, Taher Boubahri, Kamel Aïfi et sept autres co-accusés ont reçu la même peine perpétuelle, augmentée de soixante-seize années d&#8217;emprisonnement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le tribunal a également condamné Fathi Beldi à la perpétuité assortie de cinquante ans, Abdelaziz Daghsni à la perpétuité et trente-sept ans, Kamel Bedoui à la perpétuité et trente-deux ans, et Samir Hannachi à la perpétuité assortie de trente années supplémentaires. Rached Ghannouchi, 84 ans, détenu depuis avril 2023, figure dans cette même catégorie avec une peine à vie cumulée à trente ans de réclusion.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Parmi les autres condamnations prononcées, Kaïs Bacar a écopé de quarante-huit ans de prison, Belhassen Naccache de quarante-six ans, Ali Larayedh — ancien vice-président d&rsquo;Ennahda et ex-chef du gouvernement — de quarante-deux ans, et Ali Ferchichi de trente-quatre ans. Plusieurs autres accusés ont été condamnés à des peines allant de dix à dix-huit ans d&#8217;emprisonnement. Le tribunal a par ailleurs ordonné le placement de l&rsquo;ensemble des condamnés sous contrôle administratif pour une durée de cinq ans à l&rsquo;issue de l&rsquo;exécution de leurs peines respectives.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Aux origines d&rsquo;un dossier hors norme</h3>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;affaire tire ses racines de deux assassinats politiques qui ont profondément ébranlé la Tunisie en 2013 : ceux du militant de gauche Chokri Belaïd, abattu en février, et du député Mohamed Brahmi, tué en juillet de la même année. Ces deux meurtres, jamais totalement élucidés, avaient plongé le pays dans une crise politique sans précédent, fragilisant le gouvernement de transition alors dominé par Ennahda.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est en 2022 que le ministère public et le comité de défense des familles des deux martyrs ont déposé une plainte formelle, accusant une structure parallèle et clandestine du mouvement islamiste — désignée sous le nom d&rsquo;« appareil secret » — d&rsquo;avoir commandité ces assassinats et d&rsquo;avoir conduit des activités d&rsquo;espionnage au sein même des institutions de l&rsquo;État. Le dossier a été transmis au pôle judiciaire antiterroriste en septembre 2023, après un parcours procédural complexe, avant d&rsquo;être déféré au ministère public près la Cour d&rsquo;appel de Tunis en juillet 2024, puis renvoyé en jugement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout au long des audiences, Rached Ghannouchi a refusé de comparaître devant le tribunal, adoptant une posture de rejet total de la légitimité de la procédure. De son côté, le mouvement Ennahda n&rsquo;a jamais cessé de nier l&rsquo;existence même de cet « appareil secret » en son sein, qualifiant l&rsquo;ensemble des poursuites de manœuvre politique destinée à éliminer l&rsquo;opposition islamiste du jeu politique national.</p>



<h3 class="wp-block-heading">La Tunisie post-révolutionnaire à l&rsquo;épreuve de ses fractures profondes</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Ce verdict s&rsquo;inscrit dans une trajectoire politique et judiciaire entamée bien avant cette affaire. Fondé dans la clandestinité sous la dictature de Ben Ali, le mouvement Ennahda avait émergé comme la première force politique du pays au lendemain de la révolution de 2011, dominant plusieurs gouvernements de coalition jusqu&rsquo;en 2014. Sa relation avec l&rsquo;État, les services de sécurité et les institutions républicaines a toujours été marquée par une méfiance mutuelle profonde, nourrie d&rsquo;accusations croisées et d&rsquo;une mémoire politique encore vive.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis le 25 juillet 2021, date à laquelle le président Kaïs Saïed a suspendu le Parlement et concentré progressivement tous les pouvoirs entre ses mains, la répression judiciaire contre les figures de l&rsquo;opposition s&rsquo;est considérablement intensifiée. Ghannouchi, arrêté en avril 2023, cumule désormais, avec ce nouveau verdict, un total de condamnations d&rsquo;une ampleur rare pour un homme politique de sa génération. Avant même ce jugement, ses peines prononcées dans plusieurs affaires distinctes atteignaient déjà plusieurs dizaines d&rsquo;années. Les bureaux du parti ont été fermés à travers tout le territoire peu après son arrestation, et son successeur désigné à la tête du mouvement a lui-même été incarcéré quelques mois plus tard.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des organisations internationales de défense des droits humains, dont Amnesty International, ont régulièrement alerté sur les conditions des procès liés à cette série d&rsquo;affaires, dénonçant des audiences à distance, des restrictions dans l&rsquo;accès aux avocats et des éléments de preuve qu&rsquo;elles jugent insuffisants ou contestables.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Une condamnation qui interroge l&rsquo;avenir</h3>



<p class="wp-block-paragraph">À l&rsquo;heure où les verdicts de l&rsquo;affaire de l&rsquo;« appareil secret » résonnent bien au-delà des prétoires, la Tunisie se retrouve confrontée à une question fondamentale que ni la sévérité des peines ni les dénégations du mouvement condamné ne peuvent seuls trancher : dans quelle mesure l&rsquo;appareil judiciaire, réorganisé depuis 2021 sous l&rsquo;autorité de l&rsquo;exécutif, est-il en mesure de garantir les conditions d&rsquo;un procès équitable sur des affaires aussi chargées politiquement ? La réponse à cette question déterminera, pour une large part, la crédibilité de ce verdict aux yeux de l&rsquo;histoire.</p>
<p>L’article <a href="https://lepontdegeneve.ch/archives/31148">« Appareil secret Ennahda » : Ghannouchi condamné à perpétuité, un verdict historique ébranle la scène politique tunisienne</a> est apparu en premier sur <a href="https://lepontdegeneve.ch">Le pont de Genève</a>.</p>
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		<title>Manifestation Tunisie 5 juin 2026 : dans la rue pour la liberté d&#8217;expression, cinq ans après le virage autoritaire</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le Pont de Genève]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 01 Jun 2026 12:34:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[La Une]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>«Hâat hassilet hokmek !» «Présente ton bilan !» Des Tunisiens réclament des comptes Des citoyens, militants et défenseurs des libertés civiles se donnent rendez-vous ce vendredi 5 juin 2026, à 17h30, au jardin du martyr Mohamed Brahmi — dit jardin Jeanne d&#8217;Arc — en plein cœur de Tunis, pour un rassemblement de protestation organisé à [&#8230;]</p>
<p>L’article <a href="https://lepontdegeneve.ch/archives/31143">Manifestation Tunisie 5 juin 2026 : dans la rue pour la liberté d&rsquo;expression, cinq ans après le virage autoritaire</a> est apparu en premier sur <a href="https://lepontdegeneve.ch">Le pont de Genève</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">«Hâat hassilet hokmek !» «Présente ton bilan !»  Des Tunisiens réclament des comptes</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Des citoyens, militants et défenseurs des libertés civiles se donnent rendez-vous ce vendredi 5 juin 2026, à 17h30, au jardin du martyr Mohamed Brahmi — dit jardin Jeanne d&rsquo;Arc — en plein cœur de Tunis, pour un rassemblement de protestation organisé à l&rsquo;initiative de plusieurs composantes de la société civile tunisienne. Ils entendent dresser un bilan critique de cinq années de gouvernance concentrée entre les mains du président Kaïs Saïed, dénoncer ce qu&rsquo;ils qualifient de mise au pas des médias publics, et exiger l&rsquo;abrogation du décret-loi n°54, ce texte controversé sur les «fausses informations» qui a envoyé plusieurs journalistes et chroniqueurs derrière les barreaux. La mobilisation s&rsquo;inscrit dans un contexte de dégradation documentée et continue des libertés fondamentales en Tunisie.</p>



<figure class="wp-block-image size-large is-resized"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="820" height="1024" src="https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/06/Manif_Tunisie-820x1024.jpg" alt="" class="wp-image-31144" style="aspect-ratio:0.8003109316119438;width:440px;height:auto" srcset="https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/06/Manif_Tunisie-820x1024.jpg 820w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/06/Manif_Tunisie-240x300.jpg 240w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/06/Manif_Tunisie-768x960.jpg 768w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/06/Manif_Tunisie-1229x1536.jpg 1229w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/06/Manif_Tunisie.jpg 1639w" sizes="(max-width: 820px) 100vw, 820px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">Le décret 54, cible centrale des manifestants</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le mot d&rsquo;ordre de la manifestation est clair : «Non au décret 54, non à la criminalisation de la parole libre.» Promulgué en septembre 2022 par le président Saïed par voie d&rsquo;ordonnance — sans débat parlementaire, le Parlement élu ayant été suspendu depuis juillet 2021 —, ce décret-loi punit de peines pouvant aller jusqu&rsquo;à dix ans d&#8217;emprisonnement quiconque est reconnu coupable de diffusion de «fausses informations» susceptibles de «porter atteinte à la sécurité de l&rsquo;État» ou aux «relations internationales».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ses détracteurs — syndicats, avocats, ONG — dénoncent depuis son entrée en vigueur une définition délibérément vague qui permettrait de poursuivre toute voix critique à l&rsquo;égard du pouvoir. Les faits leur donnent des arguments concrets. Les journalistes Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, animateurs de l&rsquo;émission <em>L&rsquo;Émission impossible</em> sur Radio IFM, ont été arrêtés le 11 mai 2024 et condamnés le 22 janvier 2026 à trois ans et demi de prison supplémentaires, après avoir déjà purgé huit mois d&#8217;emprisonnement pour diffusion de fausses nouvelles sur le fondement de ce même décret. L&rsquo;avocate et chroniqueuse Sonia Dahmani a, quant à elle, été condamnée le 13 avril 2026 à dix-huit mois de prison, tandis que Ghassen Ben Khelifa, rédacteur en chef du quotidien indépendant <em>Inhiyez</em>, a écopé de deux ans de prison en mars 2026. <a href="https://rsf.org/fr/tunisie-mourad-zeghidi-et-borhen-bsaies-condamn%C3%A9s-%C3%A0-trois-ans-et-demi-de-prison-suppl%C3%A9mentaires-le" target="_blank" rel="noreferrer noopener">RSF</a><a href="https://www.tunisiefocus.com/culture/au-dela-du-decret-54-les-dernieres-mesures-de-kais-saied-pour-museler-la-presse-323639/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Tunisie Focus</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les manifestants réclament également une réforme de l&rsquo;audiovisuel public, dénonçant ce qu&rsquo;ils désignent comme la transformation des médias d&rsquo;État en «porte-voix du pouvoir». Le mot d&rsquo;ordre «Médias publics libres, pas de trompettes de l&rsquo;autorité» résume une inquiétude largement partagée dans les milieux journalistiques.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Cinq ans de gouvernance présidentielle : quel bilan ?</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le titre arabe du rassemblement — <em>«Hâat hassilet hokmek !»</em> («Présente ton bilan !») — constitue en lui-même une revendication politique. Il interpelle directement le président Saïed, arrivé au pouvoir en octobre 2019, et dont le coup de force institutionnel du 25 juillet 2021 — suspension du Parlement, prise de l&rsquo;exécutif, puis dissolution du Conseil supérieur de la magistrature — a radicalement restructuré l&rsquo;architecture constitutionnelle tunisienne. Une nouvelle Constitution, adoptée par référendum en juillet 2022 avec un taux de participation officiellement estimé à 30,5%, a consacré un régime présidentiel fort, réduisant significativement les contre-pouvoirs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">RSF souligne que depuis l&rsquo;arrivée de Kaïs Saïed au pouvoir en 2019, le président n&rsquo;a reçu aucun journaliste au palais de Carthage, en dépit des protestations répétées du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT). L&rsquo;organisation note en outre que le chef de l&rsquo;État a, à plusieurs reprises, appelé les médias publics à s&rsquo;inscrire dans ce qu&rsquo;il qualifie de guerre de libération nationale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le SNJT a publié à l&rsquo;occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse son rapport annuel, qui recense 154 atteintes contre des journalistes durant la période allant du 1er avril 2025 au 1er avril 2026. <a href="https://www.ojim.fr/tunisie-sale-temps-pour-les-journalistes-tunisiens" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Observatoire du journalisme</a></p>



<h3 class="wp-block-heading">La Tunisie au 137e rang mondial : une chute de 65 places en six ans</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Les chiffres de Reporters sans frontières (RSF) constituent le socle factuel de la mobilisation. Dans son classement 2026 de la liberté de la presse, RSF place la Tunisie au 137e rang sur 180 pays, avec un score de 40,43%, contre le 129e rang en 2025. Depuis 2020, où le pays se classait 72e, la Tunisie a perdu 65 places en six ans.</p>



<p class="wp-block-paragraph">RSF décrit une situation où «les partisans du président dominent les plateformes médiatiques, imposant un récit favorable au chef de l&rsquo;État», et où «face aux pressions judiciaires, politiques et économiques, l&rsquo;autocensure des professionnels des médias gagne du terrain». <a href="https://rsf.org/fr/tunisie-la-libert%C3%A9-de-la-presse-en-chute-libre" target="_blank" rel="noreferrer noopener">RSF</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">RSF considère par ailleurs que la Constitution adoptée en 2022, en renforçant les pouvoirs présidentiels, a affaibli les contre-pouvoirs institutionnels, et pointe le recours au décret-loi 54 comme un instrument susceptible de restreindre la liberté d&rsquo;expression. <a href="https://www.technomedia.org/2026/04/liberte-de-la-presse-le-classement-rsf.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Technomedia</a></p>



<h3 class="wp-block-heading">Un contexte régional et historique tendu</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La manifestation du 5 juin s&rsquo;inscrit dans une dynamique plus large. Depuis 2011 et la révolution qui avait chassé Ben Ali, la Tunisie avait été longtemps présentée comme le seul succès de «l&rsquo;exception démocratique arabe». La transition — imparfaite, chaotique, mais réelle — avait permis l&rsquo;émergence d&rsquo;un pluralisme médiatique inédit dans la région.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis le coup de force institutionnel de juillet 2021, le paysage médiatique est dominé par un discours uniforme favorable au président, malgré la résistance de certains médias, et la fragilité économique de nombreux médias privés pousse certaines rédactions à privilégier des contenus commerciaux au détriment de l&rsquo;information. <a href="https://inkyfada.com/fr/2025/05/10/classement-liberte-presse-tunisie-rsf/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Inkyfada</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le plan législatif, le décret 54 n&rsquo;est pas le seul outil pointé du doigt. Des textes hérités de l&rsquo;ère Ben Ali continuent d&rsquo;être mobilisés dans certaines procédures judiciaires visant des journalistes. La Cour de cassation de Tunis a certes annulé, le 3 février 2025, le renvoi de Sonia Dahmani devant la chambre criminelle, estimant que les dispositions du décret-loi 54 ne s&rsquo;appliquent pas aux médias  une décision saluée par les défenseurs de la liberté de la presse, mais qui n&rsquo;a pas mis fin aux poursuites. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), en collaboration avec des groupes de la société civile, a intensifié ses efforts pour mettre fin aux poursuites contre les journalistes fondées sur le décret 54, insistant sur le fait que le décret 115 de la loi sur la presse devrait plutôt s&rsquo;appliquer aux questions relatives à la profession. </p>



<p class="wp-block-paragraph">La société civile tunisienne, malgré les restrictions croissantes à son espace d&rsquo;action, maintient une présence dans le débat public. Syndicats, associations de défense des droits humains, réseaux d&rsquo;avocats et collectifs de journalistes continuent de se coordonner, en dépit d&rsquo;un cadre légal de plus en plus contraignant.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Une rue qui se souvient qu&rsquo;elle a déjà changé l&rsquo;histoire</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le choix du jardin Jeanne d&rsquo;Arc — rebaptisé jardin du martyr Mohamed Brahmi, du nom du député assassiné en juillet 2013 dont la mort avait provoqué une grave crise politique — n&rsquo;est pas anodin. Ce lieu de mémoire, au cœur de Tunis, est depuis 2011 un point de convergence symbolique pour les mobilisations citoyennes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La question qui se pose, au-delà du nombre de manifestants qui répondront à l&rsquo;appel ce vendredi soir, est celle de la capacité de la société civile tunisienne à peser sur des équilibres institutionnels désormais très défavorables à toute forme de contre-pouvoir. La rue a, par deux fois en treize ans, modifié le cours de l&rsquo;histoire tunisienne. Suffira-t-il d&rsquo;une troisième fois pour que le débat sur la liberté d&rsquo;expression retrouve droit de cité dans les instances où se décident les lois?</p>
<p>L’article <a href="https://lepontdegeneve.ch/archives/31143">Manifestation Tunisie 5 juin 2026 : dans la rue pour la liberté d&rsquo;expression, cinq ans après le virage autoritaire</a> est apparu en premier sur <a href="https://lepontdegeneve.ch">Le pont de Genève</a>.</p>
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