{"id":30270,"date":"2025-06-05T17:19:19","date_gmt":"2025-06-05T15:19:19","guid":{"rendered":"https:\/\/lepontdegeneve.ch\/?p=30270"},"modified":"2025-06-05T17:35:33","modified_gmt":"2025-06-05T15:35:33","slug":"tunisie-algerie-libye-le-rendez-vous-manque","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lepontdegeneve.ch\/?p=30270","title":{"rendered":"Tunisie, Alg\u00e9rie, Libye : le rendez-vous manqu\u00e9 ?"},"content":{"rendered":"<p>Entre rivalit\u00e9s historiques, lenteur diplomatique et inertie \u00e9conomique, les trois pays du Maghreb central peinent \u00e0 transformer leur proximit\u00e9 en puissance commune. Eau, \u00e9nergie, infrastructure, s\u00e9curit\u00e9, qu\u2019il s\u2019agisse de secteurs vitaux \u00e0 la paix sociale ou au progr\u00e8s \u00e9conomique, l\u2019Alg\u00e9rie, la Tunisie et la Libye sont confront\u00e9es \u00e0 des d\u00e9fis communs monumentaux. Si la cordialit\u00e9 et l\u2019amiti\u00e9 historiques entre ces trois pays du Maghreb encourage la coop\u00e9ration entre leurs Etats, ce qui \u00e9tait autrefois un choix deviendra bient\u00f4t une n\u00e9cessit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Par: Nizar JLIDI *<\/strong><\/p>\n<p>La Tunisie, l\u2019Alg\u00e9rie et la Libye partagent plus qu\u2019une Histoire commune. Au fil des d\u00e9cennies, m\u00eame si tous les projets d\u2019union \u00e9conomique ou politique, incluant les autres pays du Maghreb, se sont heurt\u00e9s aux imp\u00e9ratifs d\u2019alignements diplomatiques, la relation entre les trois Etats est rest\u00e9e relativement cordiale. Le soutien mutuel entre les trois Etats a connu des hauts et des bas. Cependant, au vu des enjeux nationaux de premier plan auxquels sont confront\u00e9s la Libye (infrastructures et s\u00e9curit\u00e9), l\u2019Alg\u00e9rie (commerce et produits de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9) et la Tunisie (\u00e9nergie et industrie), une collaboration \u00e9troite est pr\u00e9conis\u00e9e.<\/p>\n<p>Certes, les trois pays se sont respectivement appuy\u00e9s sur d\u2019autres soutiens \u00e9trangers afin de pallier aux urgences \u00e9conomiques notamment. A titre d\u2019exemple, la Libye a partiellement r\u00e9solu son souci de manque d\u2019eau via le projet de la grande rivi\u00e8re artificielle (GMMR). La Tunisie, elle, bien qu\u2019elle importe une grande partie de ses besoins en produits d\u2019industrie lourde, elle a parall\u00e8lement investi dans la transformation des produits d\u2019\u00e9nergie en provenance des deux pays voisins. Quant \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie, qui d\u00e9senclave progressivement ses \u00e9changes commerciaux, elle profite \u00e9galement de sa proximit\u00e9 \u00e0 ses voisins pour \u00e9tendre ses march\u00e9s internationaux et consolider ses projets r\u00e9gionaux.<\/p>\n<p>Des efforts salubres mais limit\u00e9s si les trois Etats veulent r\u00e9sister \u00e0 leur exposition au mondialisme. Toutefois, on voit germer des avant-projets de plus grande dimension. Serait-ce l\u2019opportunit\u00e9 de fructifier et de renforcer le partenariat entre la Tunisie, l\u2019Alg\u00e9rie et la Libye\u00a0? Mais surtout, une cod\u00e9pendance de fait entre les trois Etats est-elle r\u00e9ellement un choix\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Tunisie\u00a0: des acquis b\u00e2cl\u00e9s et un potentiel sous-exploit\u00e9 <\/strong><\/p>\n<p>Etant le territoire central d\u2019une potentielle union tripartite avec l\u2019Alg\u00e9rie et la Libye, la Tunisie a fort \u00e0 gagner. Si la Tunisie de Kais Sa\u00efed a r\u00e9cemment cumul\u00e9 les \u00e9checs diplomatiques, elle n\u2019en reste pas moins efficace lorsqu\u2019il s\u2019agit de la fluidit\u00e9 des rapports avec ses voisins. En effet, le pays nord-africain privil\u00e9gie \u2013 par la force des choses\u00a0? \u2013 l\u2019export des produits agricoles, les joint-ventures, l\u2019import du gaz et du p\u00e9trole et autres enjeux strat\u00e9giques, en direction de la Libye et de l\u2019Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, depuis 2010, aucun cabinet diplomatique tunisien n\u2019est rest\u00e9 en poste pour plus de deux ans. Une instabilit\u00e9, en d\u00e9pit de ses raisons, qui emp\u00eache ne serait-ce que la participation efficace de Tunis dans une potentielle expansion en Libye ou en Alg\u00e9rie. Cela n\u2019a pas emp\u00each\u00e9 la conduite des affaires courantes. Mais des projets tels que la nouvelle <a href=\"https:\/\/lapresse.tn\/2025\/04\/12\/zone-economique-franche-pour-la-tunisie-lalgerie-et-la-libye-un-nouveau-chapitre-economique-en-mediterranee\/\">Zone Economique Franche<\/a> (la Tunisie en compte une d\u00e9j\u00e0 pour les \u00e9changes avec chacun de ses voisins, soit deux au total) demande davantage de lobbying de la part de la diplomatie tunisienne.<\/p>\n<p>A titre d\u2019exemple, en 2019, le Tunisia-Africa Business Council a initi\u00e9 un projet de formation massive de codeurs au Ghana, afin de garantir l\u2019autonomie de production des solutions industrielles. Le projet de ce futur tech-hub a finalement \u00e9t\u00e9 repris par les Emirats arabes Unis (UAE) et lanc\u00e9 en 2024. Un projet qui aurait pu \u00eatre r\u00e9alis\u00e9 en Tunisie, avec des ressources internes, et un financement libyen et alg\u00e9rien.<\/p>\n<p>Surtout que l\u2019on sait que, depuis, les g\u00e9ants <a href=\"https:\/\/energycapitalpower.com\/digital-innovation-in-libyas-oil-and-gas-sector\/\">National Oil Corporation (NOC) en Libye<\/a> et l\u2019Entreprise nationale alg\u00e9rienne du forage (ENAFOR) ont tous les deux investi dans la formation de codeurs. Les deux entreprises ont fait appel \u00e0 des formateurs de Russie et de Grande Bretagne, et usent pour leurs projets respectifs d\u2019infrastructure externe (cloud et datacenters) am\u00e9ricaine.<\/p>\n<p>Si l\u2019on part du principe que la Tunisie est, de fait, le quatri\u00e8me pays africain en termes d\u2019investissements dans le d\u00e9veloppement num\u00e9rique des solutions industrielles, la perte des march\u00e9s dans les pays voisins est tout au moins un scandale.<\/p>\n<p>Et \u00e7a ne s\u2019arr\u00eate pas l\u00e0. Car si la Tunisie est dot\u00e9e d\u2019excellentes ressources humaines (ing\u00e9nieurs, main d\u2019\u0153uvre sp\u00e9cialis\u00e9e etc..), ces derni\u00e8res ne contemplent m\u00eame plus l\u2019\u00e9migration vers la Libye ou l\u2019Alg\u00e9rie. Pourtant, \u00e7a n\u2019a pas toujours \u00e9t\u00e9 le cas. La tendance s\u2019\u00e9tend \u00e9galement au secteur d\u2019import-export, \u00e0 l\u2019agriculture, aux jumelages universitaires, et m\u00eame \u00e0 la coop\u00e9ration s\u00e9curitaire sur les fronti\u00e8res communes\u00a0!<\/p>\n<p>On pourrait supposer que ce contexte est in\u00e9vitable. Toutefois, le canaliser via des structures existantes est tout \u00e0 fait possible. Il n\u2019y a certainement pas de manque de soci\u00e9t\u00e9s binationales ou r\u00e9gionales dont la chaine s\u2019\u00e9tend entre la Tunisie, l\u2019Alg\u00e9rie et la Libye. Et de par leur situation diplomatique respective, la Libye et l\u2019Alg\u00e9rie n\u2019ont aucune pression \u00e9trang\u00e8re visant \u00e0 snober des offres avantageuses de la part d\u2019un Etat voisin et ami. Un \u00e9chec diplomatique\u00a0? Probablement. Pourtant, les al\u00e9as \u00e9conomiques r\u00e9gionaux condamnent le choix de la division, par int\u00e9r\u00eat commun.<\/p>\n<p><strong>Alg\u00e9rie\u00a0: la sortie de la manne chinoise et la coop\u00e9ration r\u00e9gionale<\/strong><\/p>\n<p>Il n\u2019est pas habituel pour l\u2019Etat alg\u00e9rien de baser ses d\u00e9cisions strat\u00e9giques exclusivement sur le gain. A titre d\u2019exemple, la coop\u00e9ration s\u00e9curitaire et scientifique avec la Russie, ou encore l\u2019entr\u00e9e massive de la Chine dans le march\u00e9 de l\u2019infrastructure depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es, montrent qu\u2019au-dessus de tout, Alger cherche des partenariats gagnant-gagnant.<\/p>\n<p>En effet, m\u00eame lorsqu\u2019il s\u2019agit de sa relation avec les puissances mondiales, l\u2019Alg\u00e9rie veille \u00e0 ce que sa balance commerciale demeure globalement positive \u2013 exempli gratia, lors de l\u2019annonce des droits de douane par les Etats-Unis. Dans les d\u00e9tails, il s\u2019agit d\u2019\u00e9quilibrer les choix diplomatiques avec la viabilit\u00e9 du commerce international. Parmi lesdits choix, celui de rompre avec le Maroc. Les tensions sont insolubles et le contexte est celui d\u2019une guerre froide. Mais avec la Tunisie et la Libye, l\u2019Alg\u00e9rie a toujours veill\u00e9 \u00e0 ce que les relations demeurent au beau fixe.<\/p>\n<p>Cela montre surtout que dans l\u2019int\u00e9r\u00eat m\u00eame de l\u2019Alg\u00e9rie, faire \u00e9voluer les relations, \u00e9conomiques notamment, avec la Libye et la Tunisie est indispensable. L\u2019Alg\u00e9rie s\u2019inscrit automatiquement, de par ses relations avec la Chine et son ambition d\u2019int\u00e9grer les BRICS, dans le plan de la nouvelle route de la soie (BRI). La Chine a investi massivement, depuis 2011, dans l\u2019infrastructure alg\u00e9rienne, moyennant ses propres fonds et ses propres ouvriers (les ouvriers chinois sont quasiment aussi nombreux que les ressortissants libyens et tunisiens en Alg\u00e9rie). Un partenariat indispensable pour l\u2019Alg\u00e9rie, mais loin d\u2019\u00eatre tenable sur le long terme. <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/afrique\/article\/2019\/03\/18\/en-algerie-la-chine-n-investit-pas-beaucoup-mais-elle-compte-enormement_5437927_3212.html\">Les investisseurs chinois ont tendance \u00e0 fuir les pays africains apr\u00e8s toute fluctuation politique<\/a>, aussi minime soit-elle.<\/p>\n<p>D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, la seule constante pour l\u2019Alg\u00e9rie a \u00e9t\u00e9 sa relation fraternelle avec la Tunisie et la Libye, avec lesquelles elle partage 2 milliards de dollars d\u2019\u00e9changes commerciaux annuels chacune\u00a0! Une masse d\u2019\u00e9change \u00e9norme, mais avec une grande marge d\u2019am\u00e9lioration. Il faut rappeler que la fronti\u00e8re Est de l\u2019Alg\u00e9rie a connu pas mal de turbulences durant la d\u00e9cennie pass\u00e9e. La fluidit\u00e9 du commerce informel a \u00e9t\u00e9 touch\u00e9e, mais \u00e9galement le transport des ressources. Tant et si bien que le pr\u00e9sident Tebboune a lev\u00e9, en octobre dernier, les restrictions sur les importations de mati\u00e8res premi\u00e8res essentielles. Une grande partie de ces derni\u00e8res provient d\u2019Europe, mais \u00e9galement de la Tunisie, ou encore transite par la Libye et la Tunisie.<\/p>\n<p>Deux enjeux, surtout, priment sur ces \u00e9changes du c\u00f4t\u00e9 alg\u00e9rien\u00a0: celui de l\u2019exportation du gaz naturel vers l\u2019Europe, qui passe en grande partie par la Tunisie, et celui de la vente des engrais phosphat\u00e9s, dont la Libye est un grand client et distributeur \u00e0 la fois.<\/p>\n<p><strong>Libye\u00a0: discuter, mais avec qui\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Pour la Tunisie et l\u2019Alg\u00e9rie, la Libye est un bon voisin, en d\u00e9pit des probl\u00e8mes qu\u2019elle traverse. Depuis la fin de la guerre civile en Libye, mais \u00e9galement de la crise de la Covid-19, les relations avec ses voisins ne cessent de s\u2019am\u00e9liorer. Du c\u00f4t\u00e9 tunisien, la reprise du commerce et la r\u00e9ouverture des fronti\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 plut\u00f4t r\u00e9actives. L\u2019Alg\u00e9rie, elle, reste relativement vigilante.<\/p>\n<p>Il faut dire que les fronti\u00e8res partag\u00e9es ne sont pas les m\u00eames pour les deux voisins de la Libye. Des fronti\u00e8res qui, aujourd\u2019hui, sont parsem\u00e9es de zones militaires. Etrangement, la pr\u00e9sence militaire prot\u00e8ge \u00e9galement le passage des marchandises et des voyageurs.<\/p>\n<p>Toutefois, l\u2019Etat libyen est divis\u00e9. Et les autorit\u00e9s alg\u00e9riennes et tunisiennes doivent p\u00e9riodiquement changer d\u2019interlocuteur. Cela introduit un aspect cynique aux relations r\u00e9gionales, mod\u00e9r\u00e9 par l\u2019importance du march\u00e9 libyen. Qu\u2019il s\u2019agisse de produits agricoles, manufactur\u00e9s, d\u2019industrie lourde ou de transfert technologique, la Libye importe massivement de ses voisins. Un contexte qui met l\u2019Alg\u00e9rie et la Tunisie en concurrence directe avec l\u2019Egypte d\u2019un c\u00f4t\u00e9, et avec l\u2019Europe et la Turquie de l\u2019autre. Au final, pour l\u2019Etat libyen, que ce soit le gouvernement \u00e0 l\u2019Ouest, ou les autorit\u00e9s de l\u2019Arm\u00e9e nationale libyenne (ANL) \u00e0 l\u2019Est, les r\u00e8gles de concurrence s\u2019imposent. La meilleure offre trouve souvent son chemin vers le march\u00e9 libyen. Cependant, l\u2019Etat libyen divis\u00e9 ne peut garantir la s\u00e9curit\u00e9 des investissements, ni m\u00eame celle des ressortissants alg\u00e9riens et tunisiens.<\/p>\n<p>La Tunisie et l\u2019Alg\u00e9rie semblent unies, et neutres, dans leur position quant \u00e0 la situation libyenne. Une neutralit\u00e9 qui garantit la continuit\u00e9 des \u00e9changes commerciaux, mais qui ne promet rien quant \u00e0 l\u2019\u00e9volution des rapports. Il semble que ce statu quo trouve du r\u00e9pondant aupr\u00e8s des voisins de l\u2019Ouest. La Libye quant \u00e0 elle n\u00e9cessite la coop\u00e9ration avec la Tunisie, notamment dans le secteur m\u00e9dical et les produits essentiels. Du cot\u00e9 alg\u00e9rien, la coop\u00e9ration avec la Libye dans les hydrocarbures n\u00e9cessite la stabilit\u00e9 le long des fronti\u00e8res communes. L\u2019alg\u00e9rien Sonatrach, le britannique BP et l\u2019italien ENI ne peuvent agir dans le Massif du Hoggar (en Alg\u00e9rie) ou au Ghat (en Libye) sans les assurances des deux Etats. Beaucoup d\u2019enjeux g\u00e9ostrat\u00e9giques reposent sur l\u2019entente mutuelle des parties concern\u00e9es par la production p\u00e9troli\u00e8re de cette r\u00e9gion d\u00e9sertique. Qu\u2019il se passe quoi que ce soit \u00e0 Tripoli, \u00e0 Benghazi ou \u00e0 Syrte, le sud libyen semble donc \u00e9pargn\u00e9 par les milices libyennes comme par les groupes terroristes qui s\u00e9vissent dans le sud libyen.<\/p>\n<p>Une \u00ab\u00a0paix p\u00e9troli\u00e8re\u00a0\u00bb assur\u00e9e par l\u2019arm\u00e9e alg\u00e9rienne, sans doute, mais qui profite aux trois pays voisins qui y gagnent finalement la paix dans le d\u00e9sert.<\/p>\n<p><strong>Tunisie, Alg\u00e9rie et Libye\u00a0: on ne choisit pas sa famille<\/strong><\/p>\n<p>Tant d\u2019exemples qui montrent que, finalement, les trois pays sont confront\u00e9s \u00e0 de diff\u00e9rents probl\u00e8mes internes, mais aux m\u00eames enjeux futurs. Globalement, l\u2019indice de d\u00e9veloppement humain (IDH) des trois pays est sensiblement le m\u00eame. Socialement, les populations affrontent les m\u00eames d\u00e9fis. Les Etats, eux, ont des priorit\u00e9s diff\u00e9rentes, mais qui n\u2019ont pas \u00e0 l\u2019\u00eatre.<\/p>\n<p>Premi\u00e8rement, le bloc des trois pays contr\u00f4le de facto la route Suez-Gibraltar, qui repr\u00e9sente grossi\u00e8rement le tiers des \u00e9changes commerciaux dans le monde. Un meilleur investissement dans les ports en eau profonde (d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sents ou au stade de projet) serait un bon pas vers l\u2019int\u00e9gration de la Tunisie, la Libye et l\u2019Alg\u00e9rie dans le commerce mondial. Des projets monstrueux certes, mais dont le rendement est plus que certain, et touche d\u2019autres dossiers sensibles comme la s\u00e9curit\u00e9 maritime en m\u00e9diterran\u00e9e, l\u2019immigration clandestine \u2013 une carte \u00e0 jouer vis-\u00e0-vis de l\u2019Europe \u2013 et la promotion de la transformation digitale. Le syst\u00e8me de c\u00e2bles de fibre optique sous-marins Medusa est \u00e9galement un levier de puissance mondiale, dont cinq des sept corridors passent par les eaux territoriales alg\u00e9riennes, tunisiennes et libyennes.<\/p>\n<p>Ensuite, m\u00eame si la communication officielle des trois pays tourne surtout autour d\u2019une \u00ab\u00a0r\u00e9volution \u00e9cologique\u00a0\u00bb utopique, qui ne cesse de prouver ses limites \u00e9conomiques, l\u2019agriculture, elle, est un domaine beaucoup plus concret. L\u2019Alg\u00e9rie est un leader mondial dans la production des engrais, continuellement \u00e0 la recherche de nouveaux march\u00e9s. La Libye, contrairement aux id\u00e9es pr\u00e9con\u00e7ues, poss\u00e8de trente millions d\u2019hectares de terres arables non exploit\u00e9es. Les sp\u00e9cialistes parlent d\u2019un manque d\u2019eau et d\u2019incitations de l\u2019Etat.\u00a0 En effet, afin de maintenir l\u2019\u00e9quilibre de ses nappes phr\u00e9atiques, la Libye investit beaucoup dans la d\u00e9salinisation, au lieu de l\u2019agriculture m\u00e9canis\u00e9e\u00a0; alors que cette derni\u00e8re, moyennant les bonnes technologies, peut permettre de subvenir aux besoins du consommateur libyen tout en r\u00e9duisant le cout de l\u2019irrigation et all\u00e9geant celui des imports.<\/p>\n<p>Une question d\u2019organisation dont souffre la Tunisie \u00e9galement, o\u00f9 l\u2019agriculture est un secteur \u00e9conomique de premier plan. Pourtant, les probl\u00e8mes de ce secteur sont multiples\u00a0: manque de semences (\u00e0 cause des monopoles des entreprises \u00e9trang\u00e8res), des cultures maraich\u00e8res agronomiquement contreproductives (comme les tomates et les past\u00e8ques destin\u00e9es \u00e0 l\u2019export) etc\u2026 des difficult\u00e9s dont les solutions existent d\u00e9j\u00e0 de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 des fronti\u00e8res. En effet, les initiatives d\u2019agriculture durable en Tunisie se heurtent souvent aux prix des engrais ou \u00e0 la complexit\u00e9 des proc\u00e9dures.<\/p>\n<p>Puis, qu\u2019il s\u2019agisse de l\u2019Alg\u00e9rie, la Tunisie ou la Libye, l\u2019importation des mati\u00e8res premi\u00e8res, surtout des autres pays d\u2019Afrique, se fait par initiative du secteur priv\u00e9. Plusieurs puissances africaines, comme l\u2019Ethiopie, le Ghana ou le S\u00e9n\u00e9gal, n\u2019ont pas de m\u00e9diateurs lors de leurs n\u00e9gociations avec les industriels maghr\u00e9bins. Surtout, les Etats du Maghreb central n\u2019interviennent presque jamais dans le commerce africain, ni via leurs propres repr\u00e9sentations diplomatiques, ni en faisant appel \u00e0 l\u2019Organisation mondiale du commerce (OMC) ou aux diff\u00e9rentes structures de l\u2019Union africaine. Une d\u00e9mission qui interroge, notamment lorsqu\u2019on sait que la Libye, la Tunisie et l\u2019Alg\u00e9rie importent massivement les m\u00eames mati\u00e8res premi\u00e8res (bois, cuivre, aluminium, cacao, caf\u00e9, coton\u2026) au prix fort d\u2019Europe et d\u2019Am\u00e9rique latine.<\/p>\n<p>Alors oui, des solutions existent pour baisser les couts de l\u2019importation, ou investir dans le d\u00e9veloppement durable dans la r\u00e9gion d\u2019Afrique du nord. Cependant, l\u2019intervention des Etats concern\u00e9s est indispensable, et se doit d\u2019\u00eatre cibl\u00e9e afin d\u2019atteindre les meilleurs r\u00e9sultats. Reste \u00e0 savoir s\u2019il existe une volont\u00e9 politique \u00e0 la hauteur. Car on ne choisit pas sa famille, mais lorsque les temps sont durs, il faut savoir faire front.<\/p>\n<ul>\n<li><em>Journaliste et analyste g\u00e9opolitique Maghreb \/ Moyen-Orient<\/em><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Entre rivalit\u00e9s historiques, lenteur diplomatique et inertie \u00e9conomique, les trois pays du Maghreb central peinent \u00e0 transformer leur proximit\u00e9 en puissance commune. Eau, \u00e9nergie, infrastructure, s\u00e9curit\u00e9, qu\u2019il s\u2019agisse de secteurs vitaux \u00e0 la paix sociale ou au progr\u00e8s \u00e9conomique, l\u2019Alg\u00e9rie, la Tunisie et la Libye sont confront\u00e9es \u00e0 des d\u00e9fis communs monumentaux. 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