{"id":30335,"date":"2025-06-22T14:00:37","date_gmt":"2025-06-22T12:00:37","guid":{"rendered":"https:\/\/lepontdegeneve.ch\/?p=30335"},"modified":"2025-06-22T14:00:38","modified_gmt":"2025-06-22T12:00:38","slug":"les-tunisiens-de-letranger-des-citoyens-oublies","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lepontdegeneve.ch\/?p=30335","title":{"rendered":"Les Tunisiens de l\u2019\u00e9tranger : des citoyens oubli\u00e9s ?"},"content":{"rendered":"\n<p>Les Tunisiens vivant \u00e0 l\u2019\u00e9tranger font face \u00e0 une accumulation de tracas : double imposition, taxes douani\u00e8res, r\u00e9gularisation du service militaire, conflits avec les compagnies a\u00e9riennes, services consulaires inad\u00e9quats\u2026 Autant de probl\u00e8mes r\u00e9guli\u00e8rement \u00e9voqu\u00e9s, mais rarement r\u00e9solus.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Par : Nizar Jlidi<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Plus de 1,8 millions de Tunisiens r\u00e9sident et travaillent \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, et pr\u00e8s de 2,5 millions sont hors du territoire tunisien \u00e0 tout moment. Un grand pourcentage des Tunisiens, donc, qui outre les <a href=\"https:\/\/lepontdegeneve.ch\/?p=30315\">pr\u00e9occupations quotidiennes<\/a>, a des soucis qui lui sont propres.<br>Le sujet des Tunisiens \u00e0 l\u2019\u00e9tranger revient souvent comme un sous-titre des probl\u00e9matiques plus larges de l\u2019administration tunisienne (devises, import de v\u00e9hicules, tourisme\u2026). Et lorsqu\u2019on parle des \u00ab z\u2019migri \u00bb dans le discours officiel, comme dans les m\u00e9dias, c\u2019est souvent sur un ton d\u00e9tach\u00e9 au mieux, moqueur au pire. Or, rien n\u2019est plus tunisien que d\u2019\u00eatre brutalis\u00e9 par ses propres institutions ou, dans le cas des Tunisiens r\u00e9sidant \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, au moins jusqu\u2019\u00e0 tr\u00e8s r\u00e9cemment, par sa repr\u00e9sentation diplomatique.<br>Car le probl\u00e8me est, avant tout, celui de la repr\u00e9sentation. Tous ces Tunisiens n\u2019ont pas de porte-parole, et leurs soucis sont rarement relay\u00e9s honn\u00eatement au grand public. Il y a tout de m\u00eame trois d\u00e9put\u00e9s sur cinq si\u00e8ges pr\u00e9vus au Parlement, tous politiquement non-affili\u00e9s, quelques consuls et ambassadeurs promus \u00ab en interne \u00bb. Il est clair que, pour toute la bonne volont\u00e9 que ces personnes puissent avoir, ils n\u2019ont m\u00eame pas la possibilit\u00e9 l\u00e9gale de n\u00e9gocier au nom de plus de 2 millions de Tunisiens. N\u00e9anmoins, un peuple indivisible pourrait avoir une administration indivisible. Et si l\u2019administration consulaire est une extension de l\u2019Etat tunisien, elle se doit d\u2019\u00eatre tout au moins aussi accessible pour tous les Tunisiens.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Qui repr\u00e9sente les Tunisiens \u00e0 l\u2019\u00e9tranger ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9ponse est simple : cela ne semble int\u00e9resser personne \u00e0 priori. Car \u00e0 moins que lesdits repr\u00e9sentants soient issus eux-m\u00eames des communaut\u00e9s qu\u2019ils repr\u00e9sentent, ils ne peuvent m\u00eame pas t\u00e9moigner de la <a href=\"https:\/\/lepontdegeneve.ch\/?p=30305\">situation de ces derni\u00e8res<\/a>. Alors certes, la nomination des diplomates rel\u00e8ve de la souverainet\u00e9 de l\u2019Etat, celle des parlementaires d\u2019un vote trop peu repr\u00e9sentatif. Toutefois, ce contexte nuit directement, et de plus en plus, aux int\u00e9r\u00eats des Tunisiens r\u00e9sidant \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, mais \u00e9galement \u00e0 ceux de leurs familles.<br>A titre d\u2019exemple, l\u2019une des derni\u00e8res probl\u00e9matiques en date est celle du service militaire. Une d\u00e9marche administrative qui concerne une partie des plus jeunes Tunisiens r\u00e9sidant \u00e0 l\u2019\u00e9tranger \u00e0 qui incombe aujourd\u2019hui de \u00ab r\u00e9gulariser leur situation militaire \u00bb moyennant des documents et proc\u00e9dures qu\u2019il leur est trop souvent couteux et chronophage d\u2019atteindre. Dans le meilleur des cas, il faut assumer les longues files devant les consulats. Trop souvent, on est oblig\u00e9 de contester les poursuites judiciaires en Tunisie, avec ses proc\u00e9dures compliqu\u00e9es et couteuses. Un climat malsain qui aurait pu \u00eatre \u00e9vit\u00e9 avec plus de mobilisation, d\u2019organisation et de moyens.<br>En l\u2019occurrence, le manque flagrant d\u2019accords avec certains pays de r\u00e9sidence interroge. En Suisse, au Maroc ou encore au Japon, des milliers de Tunisiens binationaux se retrouvent dans l\u2019obligation de passer par d\u2019autres ambassades ou de rentrer en Tunisie exclusivement afin de r\u00e9gler cette question. Aucune exemption, aucune proposition de services num\u00e9riques\u2026 pour l\u2019administration, il ne s\u2019agit que de chiffres.<br>Autre exemple flagrant : celui de la \u00ab double imposition \u00bb pour les Tunisiens r\u00e9sidant \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Si on en croit les rares intervenants, le m\u00eame probl\u00e8me se pose. En somme, les revenus per\u00e7us \u00e0 l\u2019\u00e9tranger sont imposables dans les pays de r\u00e9sidence si, et seulement si, une convention existe entre ledit pays et la Tunisie. Dans le cas contraire \u2013 on ne peut donc pas dire qu\u2019il s\u2019agit de d\u00e9sinformation \u2013 des milliers de Tunisiens sont menac\u00e9s d\u2019\u00eatre tax\u00e9s en Tunisie et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger pour les m\u00eames revenus. Pour les plus chanceux, d\u2019ailleurs les plus nombreux, comme les r\u00e9sidents de l\u2019Union europ\u00e9enne ou des pays du Golfe, la proc\u00e9dure est diff\u00e9rente. Ces derniers seront tax\u00e9s aux pays de r\u00e9sidence, mais ce serait \u00e0 eux de pr\u00e9senter la documentation relative de ces revenus \u00ab de source \u00e9trang\u00e8re \u00bb selon les articles 36 et 43 du Code de l\u2019imp\u00f4t sur le revenu. Plus r\u00e9cemment d\u2019ailleurs, des enqu\u00eates syst\u00e9matiques sont lanc\u00e9es \u00e0 l\u2019encontre de Tunisiens r\u00e9sidant \u00e0 l\u2019\u00e9tranger et de leurs patrimoines en Tunisie. Des enqu\u00eates al\u00e9atoires, dont la proc\u00e9dure varie de l\u2019obligation de preuve des revenus, au risque de se voir accus\u00e9 de blanchiment d\u2019argent, et jusqu\u2019\u00e0 la confiscation de biens immobiliers.<br>Dans ce cas particulier, si ces Tunisiens ont l\u2019habitude de transf\u00e9rer des fonds \u00e0 leurs familles en Tunisie via virement bancaire ou un quelconque service de transfert, ces fonds seraient consid\u00e9r\u00e9s comme \u00ab des revenus de source \u00e9trang\u00e8re \u00bb. Ainsi donc, ce sont les familles qui se retrouveront tax\u00e9es pour ce que la presse glorifie comme \u00ab la contribution des Tunisiens \u00e0 l\u2019\u00e9tranger aux r\u00e9serves de change \u00bb. Alors que pour ces familles, il s\u2019agit surtout de fonds vitaux pour <a href=\"https:\/\/lepontdegeneve.ch\/?p=30261\">arrondir la fin des mois<\/a>, voire pour subsister dans un contexte \u00e9conomique de plus en plus cruel.<br>Dans des cas plus rares, certains sont concern\u00e9s par des poursuites au titre de la Loi de 1985, pr\u00e9voyant des \u00ab contributions forfaitaires \u00bb lors d\u2019op\u00e9rations mon\u00e9taires entre \u00ab r\u00e9sidents et non-r\u00e9sidents \u00bb. Des textes archa\u00efques qui ne devraient plus, ne serait-ce que selon la jurisprudence, \u00eatre en vigueur.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Cachez ces Tunisiens que je ne saurais voir<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Une majorit\u00e9 \u00e9crasante des Maghr\u00e9bins vivant \u00e0 l\u2019\u00e9tranger le sait d\u00e9j\u00e0 : on ne s\u2019incommode pas avec les divisions, peu importe ce qui se passe au bled. Le quotidien est d\u00e9j\u00e0 assez compliqu\u00e9 en l\u2019\u00e9tat. Et dans une certaine mesure, cette atmosph\u00e8re est une r\u00e9elle richesse pour la Tunisie. Toutefois, les probl\u00e8mes partag\u00e9s n\u2019en sont que plus prononc\u00e9s.<br>Parmi ces probl\u00e8mes, celui de la relation avec les compagnies a\u00e9riennes, des autorit\u00e9s portuaires et a\u00e9roportuaires. Un dossier us\u00e9, mais qui ne regarde pas le citoyen au-del\u00e0 de la simple garantie de d\u00e9placements fluides vers la Tunisie et de services douaniers sans complications.<br>Or, ces complications, en particulier, ne font que de s\u2019aggraver. Le prix du billet d\u2019avion peut d\u00e9passer les 4 000 dinars en \u00e9t\u00e9 pour l\u2019aller-retour de la plupart des pays europ\u00e9ens. C\u2019est le m\u00eame prix pour le ferry, et le double pour les voyageurs avec un v\u00e9hicule. Rajoutons \u00e0 cela les taxes sur les marchandises \u2013 il s\u2019agit souvent de cadeaux \u2013 qui s\u2019\u00e9l\u00e8vent au 150% du prix des articles et, souvent, une visite familiale peut couter jusqu\u2019\u00e0 30 000 dinars pour un smicard r\u00e9sidant en France, en Italie ou en Allemagne.<br>Quant au prix des billets d\u2019avion, matraquer Tunisair, outre que pour la qualit\u00e9 des services, est de moins en moins pertinent. D\u2019autant plus que le prix des billets est, tr\u00e8s \u00e9trangement, sensiblement le m\u00eame pour toutes les compagnies a\u00e9riennes, m\u00eame les low-costs ! En ces jours d\u2019\u00e9t\u00e9, le billet d\u2019avion ne fluctue que de quelques dizaines d\u2019euros entre Tunisair, Transavia et Nouvelair notamment. Une constance qui n\u2019est pas sans rappeler celle des monopoles\u2026 voire celles des cartels. La preuve, ces prix augmentent au m\u00eame moment pour des compagnies \u00e9trang\u00e8res (Easyjet, Air France, Qatar Airways, RAM et Turkish Airlines\u2026). C\u2019est comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un dictat visant \u00e0 malmener le voyageur tunisien au-del\u00e0 du possible.<br>Sur les r\u00e9seaux sociaux, les Tunisiens pointent \u00e9galement du doigt une injustice beaucoup plus flagrante : celle des services h\u00f4teliers. On pourrait examiner les raisons de la diff\u00e9rence, du simple au quadruple, des prix des chambres d\u2019h\u00f4tels en Tunisie, mais elles n\u2019en ressemblent que davantage \u00e0 des pr\u00e9textes. En effet, m\u00eame dans le cas de r\u00e9servations effectu\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, les Tunisiens sont souvent confront\u00e9s \u00e0 une \u00ab augmentation de faci\u00e8s \u00bb \u00e0 l\u2019accueil de l\u2019h\u00f4tel. Il suffit simplement d\u2019\u00eatre Tunisien, avec un pr\u00e9nom tunisien \u2013 un \u00ab air \u00bb tunisien suffit \u00e0 <a href=\"https:\/\/lepontdegeneve.ch\/?p=30296\">d\u00e9clencher une majoration<\/a> \u2013 pour qu\u2019on te demande de payer double.<br>La question se pose donc : les Tunisiens sont-ils des citoyens de seconde zone dans leur propre pays ? Si l\u2019on continue de s\u2019interroger, ce n\u2019est pas pour les joutes verbales, mais parce qu\u2019il est litt\u00e9ralement impossible de donner une logique, ne serait-ce que l\u00e9gale, \u00e0 ce traitement de d\u00e9faveur. De fait, tant que les Tunisiens de l\u2019\u00e9tranger ne seront consid\u00e9r\u00e9s que comme des sources de devises, et non comme des citoyens \u00e0 part enti\u00e8re, ce mal-\u00eatre collectif restera la face invisible d\u2019une fracture nationale.<\/p>\n\n\n\n<p>*&nbsp;<em>Journaliste, \u00e9crivain et analyste politique<\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image is-resized\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/jdd-tunisie.com\/fr\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Nizar-Jlidi-jdd.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-13614\" style=\"width:96px;height:auto\"\/><\/figure>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Tunisiens vivant \u00e0 l\u2019\u00e9tranger font face \u00e0 une accumulation de tracas : double imposition, taxes douani\u00e8res, r\u00e9gularisation du service militaire, conflits avec les compagnies a\u00e9riennes, services consulaires inad\u00e9quats\u2026 Autant de probl\u00e8mes r\u00e9guli\u00e8rement \u00e9voqu\u00e9s, mais rarement r\u00e9solus. 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