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L’intervention d’Abderrazek Kilani à Genève : un réquisitoire contre la dérive autoritaire en Tunisie

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Genève, juin 2026 – La 62e session du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, ouverte le 15 juin pour trois semaines de débats, a vu défiler à la tribune des représentants du monde entier. Mais parmi les interventions officielles et les discours convenus, une voix a cristallisé l’attention : celle de Maître Abderrazek Kilani, ancien bâtonnier de l’ordre des avocats tunisiens. Son propos, d’une gravité rare, ne s’est pas contenté d’énumérer des manquements ; il a porté un diagnostic clinique sur la décomposition de l’État de droit dans son pays.

Un État de droit mis à mal : le constat d’un homme de terrain

Devant les délégations des États membres et les organisations de la société civile, Maître Kilani n’a pas usé de formules diplomatiques. Fort de ses années à la tête du barreau et de sa connaissance intime des rouages judiciaires tunisiens, il a dépeint une démocratie en phase terminale. Selon lui, le pouvoir exécutif a systématiquement vidé de leur substance les contrepoids institutionnels, concentrant entre ses seules mains l’essentiel des prérogatives régaliennes.

Le point le plus alarmant de son intervention a porté sur l’instrumentalisation de la justice. L’ancien bâtonnier a dénoncé sans ambages l’utilisation de l’appareil judiciaire comme un bras sécuritaire du régime, destiné à museler les voix dissidentes. Procédures expéditives, détentions arbitraires, pressions sur les magistrats : le tableau qu’il a brossé est celui d’une justice qui a cessé d’être une juridiction impartiale pour devenir une arme politique. Les opposants et les journalistes, a-t-il martelé, en sont les premières victimes, privés de leur droit à un procès équitable.

Une alerte que la Tunisie connaît déjà

Le discours prononcé à Genève n’a surpris ni les observateurs internationaux, ni les Tunisiens eux-mêmes. Maître Kilani, bien avant de fouler le sol suisse, avait multiplié les prises de position publiques sur le territoire national. Chaque déclaration, chaque interview, chaque tribune était une nouvelle alerte lancée à un pouvoir qu’il jugeait en rupture avec l’esprit de la révolution de 2011.

En critiquant ouvertement le régime du président Kaïs Saïed, il s’est exposé, mais n’a jamais fléchi. Son intervention à Genève n’est donc pas une prise de parole isolée : elle est l’aboutissement d’un combat de longue haleine. Ce faisant, il a donné une dimension internationale à un cri d’alarme que les autorités tunisiennes s’évertuent à étouffer sur le plan intérieur. En portant à la tribune des Nations unies les inquiétudes de toute une profession et d’une société civile en état d’alerte, il a transformé un constat national en dossier international.

En appeler à la vigilance de la communauté internationale

Au-delà de l’état des lieux, l’objectif de Maître Kilani était clair : interpeller la communauté internationale et lui rappeler ses responsabilités. La Tunisie, bénéficiaire de nombreux partenariats et aides au développement, ne saurait être exemptée du respect des clauses démocratiques qui conditionnent ces coopérations.

L’ancien bâtonnier a ainsi lancé un appel implicite mais ferme aux puissances étrangères et aux organisations de défense des droits humains : une vigilance accrue s’impose. Il a rappelé avec force que la protection des avocats, des magistrats indépendants et des défenseurs des droits de l’homme n’est pas une lubie corporatiste, mais le socle même de toute paix sociale durable.

Genève comme miroir grossissant d’une crise profonde

En choisissant la tribune du Conseil des droits de l’homme, Maître Abderrazek Kilani a placé la Tunisie face à ses contradictions. Ce faisant, il a également mis les autorités tunisiennes sous une lumière crue, celle de l’attention internationale. Les promesses de réformes et les appels à l’apaisement lancés par le pouvoir seront désormais scrutés à l’aune de ce qu’il a dénoncé : une concentration des pouvoirs, une justice aux ordres et des libertés publiques en lambeaux.

Cette intervention restera comme un moment fort de cette 62e session, non seulement par la qualité de son analyse, mais surtout par le courage qu’elle a exigé. À Genève, Maître Kilani n’a pas seulement défendu une cause ; il a incarné la résistance d’une profession tout entière, gardienne obstinée des principes qui fondent une démocratie.

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