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	<title>Archives des Kais Said - Le pont de Genève</title>
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	<title>Archives des Kais Said - Le pont de Genève</title>
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		<title>Condamnation de Sihem Bensedrine à 25 ans : Amnesty, la FIDH et la LTDH dénoncent un verdict qui menace la justice transitionnelle tunisienne</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le Pont de Genève]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 29 Jun 2026 15:55:14 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Elle a survécu aux geôles de Bourguiba, résisté à celles de Ben Ali, vécu l&#8217;exil — et c&#8217;est sous Kaïs Saïed qu&#8217;elle se retrouve condamnée à vingt-cinq ans de prison. Dans la nuit du 25 au 26 juin 2026, la chambre pénale spécialisée en matière de corruption financière du tribunal de première instance de Tunis [&#8230;]</p>
<p>L’article <a href="https://lepontdegeneve.ch/condamnation-de-sihem-bensedrine-a-25-ans-amnesty-la-fidh-et-la-ltdh-denoncent-un-verdict-qui-menace-la-justice-transitionnelle-tunisienne/">Condamnation de Sihem Bensedrine à 25 ans : Amnesty, la FIDH et la LTDH dénoncent un verdict qui menace la justice transitionnelle tunisienne</a> est apparu en premier sur <a href="https://lepontdegeneve.ch">Le pont de Genève</a>.</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Elle a survécu aux geôles de Bourguiba, résisté à celles de Ben Ali, vécu l&rsquo;exil — et c&rsquo;est sous Kaïs Saïed qu&rsquo;elle se retrouve condamnée à vingt-cinq ans de prison. Dans la nuit du 25 au 26 juin 2026, la chambre pénale spécialisée en matière de corruption financière du tribunal de première instance de Tunis a rendu son verdict contre Sihem Bensedrine, 75 ans, journaliste, militante des droits humains et ancienne présidente de l&rsquo;Instance Vérité et Dignité (IVD) — l&rsquo;institution née de la révolution de 2011 pour juger les crimes des dictatures passées. Poursuivie pour des actes directement liés à ses fonctions à la tête de cette instance, elle est condamnée à une peine ferme assortie de lourdes amendes civiles, au terme d&rsquo;une procédure que ses défenseurs qualifient d&rsquo;illégale. Amnesty International, la FIDH et la Ligue tunisienne des droits de l&rsquo;homme ont immédiatement dénoncé un verdict qui, selon eux, ne vise pas une femme, mais l&rsquo;héritage entier de la justice transitionnelle tunisienne.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Un procès aux garanties procédurales sérieusement mises en cause</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Avant même que le verdict ne soit prononcé, le déroulement des audiences avait suscité de vives inquiétudes. Lors de la séance du 18 juin 2026, les proches de l&rsquo;accusée, les journalistes et les observateurs de la société civile avaient été physiquement empêchés d&rsquo;accéder à la salle d&rsquo;audience, sans qu&rsquo;aucune justification officielle ne soit avancée. La délégation d&rsquo;Amnesty International, composée de représentants de ses sections tunisienne, française et belge, s&rsquo;est vue refuser l&rsquo;entrée lors de l&rsquo;audience du 25 juin — pourtant publique. Seul Simon Forman, mandaté par Amnesty France en sa qualité d&rsquo;avocat au barreau de Paris, a pu pénétrer dans la salle à titre professionnel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette exclusion systématique des observateurs indépendants, que la même organisation avait également subie le 23 juin lors d&rsquo;une audience concernant des membres de l&rsquo;association Manaméti, constitue, selon Amnesty International, une violation caractérisée du principe de publicité des débats, tel qu&rsquo;il est garanti par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, ratifié par la Tunisie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le fond, la défense avait plaidé l&rsquo;incompétence de la juridiction à juger les actes accomplis dans le cadre de l&rsquo;IVD, invoquant l&rsquo;article 96 de la loi organique n° 53 de 2013 sur la justice transitionnelle, qui interdit explicitement les poursuites contre les membres de l&rsquo;Instance sur la base des travaux réalisés ou du contenu de son rapport final. « Nous avons plaidé l&rsquo;illégalité des poursuites et les violations de la loi », a déclaré Bensedrine à RFI au lendemain du verdict, ajoutant qu&rsquo;elle considérait ce jugement comme « inique » et annonçant son intention de faire appel.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Une condamnation rejetée par la communauté internationale des droits humains</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La réaction des organisations de défense des droits humains ne s&rsquo;est pas fait attendre. Amnesty International a qualifié le verdict d&rsquo;« atteinte choquante à l&rsquo;état de droit », estimant qu&rsquo;il « anéantit tout respect effectif des garanties du procès équitable et de l&rsquo;indépendance judiciaire ». L&rsquo;organisation a appelé les autorités tunisiennes à annuler les condamnations, à abandonner l&rsquo;ensemble des charges, et à garantir un accès sans restriction aux observateurs indépendants lors des audiences publiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l&rsquo;Organisation mondiale contre la torture (OMCT) ont exprimé leur « entière solidarité » avec Bensedrine et se sont engagées à se mobiliser pour obtenir son acquittement en appel. Dans un communiqué, la FIDH a estimé qu&rsquo;« au-delà de cette condamnation injuste, c&rsquo;est l&rsquo;ensemble du processus de justice transitionnelle qui est visé », voyant dans cette décision « une nouvelle étape dans la dérive autoritaire du régime de Kaïs Saïed ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le plan national, la Ligue tunisienne des droits de l&rsquo;homme (LTDH) a dénoncé des « jugements iniques » qui constituent, selon elle, « un ciblage direct des symboles de la justice transitionnelle et une nouvelle tentative de faire taire les voix indépendantes ». Son communiqué s&rsquo;est conclu par une formule sans équivoque : « La vérité ne sera pas emprisonnée, et la justice transitionnelle ne sera pas ensevelie. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par-delà les frontières, l&rsquo;Organisation marocaine des droits de l&rsquo;homme (OMDH) a également publié, le 26 juin depuis Rabat, un communiqué de solidarité, dénonçant un verdict « injuste » et appelant à la garantie du droit à un procès équitable tel que consacré par l&rsquo;article 14 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.</p>



<h3 class="wp-block-heading">L&rsquo;IVD, la justice transitionnelle et la Tunisie post-révolution : ce que le verdict efface</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Pour comprendre la portée réelle de ce jugement, il est indispensable de replacer l&rsquo;Instance Vérité et Dignité dans son contexte historique. Créée en décembre 2013 par la loi organique n° 53, l&rsquo;IVD avait pour mission de faire la lumière sur les violations des droits humains commises par l&rsquo;État tunisien entre 1955 et 2013, couvrant ainsi les régimes de Habib Bourguiba (1957–1987) et de Zine El Abidine Ben Ali (1987–2011). Elle a recueilli plus de 62 000 plaintes, entendu des milliers de victimes, et renvoyé 205 affaires devant des chambres spécialisées, permettant des poursuites contre d&rsquo;anciens responsables sécuritaires, ministres et hommes d&rsquo;affaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sihem Bensedrine elle-même a présidé cette instance de 2014 à 2018. Journaliste et militante de longue date, elle avait été emprisonnée sous Bourguiba en 1987, puis sous Ben Ali en 2001, avant de vivre en exil entre 2010 et 2011. Son parcours incarne une trajectoire rare dans le paysage politique tunisien : celle d&rsquo;une femme qui a traversé plusieurs décennies de répression sans jamais interrompre son engagement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lors de son entretien avec RFI, Bensedrine a livré ce qu&rsquo;elle estime être la clé de compréhension du procès : « Ce qui est visé, ce n&rsquo;est pas ma personne. C&rsquo;est l&rsquo;héritage de l&rsquo;IVD qu&rsquo;ils veulent effacer. » Elle a révélé que les autorités avaient tenté, sans y parvenir, de retirer le rapport final de l&rsquo;IVD du Journal officiel, et qu&rsquo;un jugement judiciaire pour falsification leur permettrait désormais de procéder à cette dépublication. « Maintenant ils l&rsquo;ont, leur jugement », a-t-elle déclaré, avant d&rsquo;ajouter que cette tentative lui semblait « vouée à l&rsquo;échec », car le rapport « est inscrit dans le marbre, dans la mémoire des Tunisiens ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce verdict s&rsquo;inscrit dans une dynamique de rétrécissement accéléré de l&rsquo;espace civique depuis le 25 juillet 2021, date à laquelle le président Kaïs Saïed a suspendu le Parlement et concentré les pouvoirs. Human Rights Watch recense depuis lors plus de quatre-vingts personnalités placées en détention — politiques, avocats, journalistes et militants. En avril 2025, trente-sept opposants et défenseurs des droits humains avaient déjà été condamnés à des peines allant de quatre à soixante-six ans de prison pour des motifs liés à la sécurité de l&rsquo;État.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sihem Bensedrine a annoncé qu&rsquo;elle fera appel. Si la procédure judiciaire suit son cours, l&rsquo;affaire sera portée devant la cour d&rsquo;appel de Tunis dans les mois à venir. Mais au-delà du sort juridique d&rsquo;une femme de soixante-quinze ans qui refuse de se taire, c&rsquo;est une question plus large que ce dossier pose à la Tunisie et à ses partenaires internationaux : jusqu&rsquo;où un État peut-il aller dans la révision de son propre passé — et au prix de quelles libertés ?</p>
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		<title>Crise tunisienne et Coupe du monde 2026 : un pays qui encaisse les buts, du stade à l&#8217;État</title>
		<link>https://lepontdegeneve.ch/crise-tunisie-coupe-du-monde-2026-defaites-football-malaise-national/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le Pont de Genève]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Jun 2026 13:35:46 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En juin 2026, dans les stades de la Coupe du monde, la sélection nationale tunisienne de football encaisse défaite après défaite, sous les yeux d&#8217;un peuple déjà épuisé par des années de turbulences économiques et politiques. Battue 5-0 par la Belgique lors d&#8217;un match de préparation, puis humiliée 5-1 face à la Suède et écrasée [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">En juin 2026, dans les stades de la Coupe du monde, la sélection nationale tunisienne de football encaisse défaite après défaite, sous les yeux d&rsquo;un peuple déjà épuisé par des années de turbulences économiques et politiques. Battue 5-0 par la Belgique lors d&rsquo;un match de préparation, puis humiliée 5-1 face à la Suède et écrasée 4-0 par le Japon durant la phase de groupes du Mondial, l&rsquo;équipe nationale incarne, aux yeux de nombreux Tunisiens, quelque chose qui dépasse le cadre sportif. Ce que vivent ces joueurs sur les pelouses du monde reflète, pour une large partie de l&rsquo;opinion publique, l&rsquo;état d&rsquo;un pays confronté à une crise multidimensionnelle qui s&rsquo;étire depuis plus d&rsquo;une décennie, sans véritable horizon de sortie.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Sur les terrains du monde : une débâcle qui fait date</h3>



<p class="wp-block-paragraph">En juin 2026, lors des phases de groupes de la Coupe du monde, la Tunisie a essuyé deux lourdes défaites : 5-1 face à la Suède — avec un seul but tunisien signé Rekik à la 43e minute — et 4-0 contre le Japon, avec des réalisations de Kamada, Ueda et Ito. Avant ces rencontres, la sélection avait également perdu 5-0 contre la Belgique lors d&rsquo;un match de préparation, un résultat qui avait déjà suscité une vive émotion dans le pays. <a href="https://www.footmercato.net/selection/tunisie/calendrier" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Foot Mercato</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces scores sans appel traduisent une réalité sportive difficile à contester. La Tunisie a terminé l&rsquo;année 2024 en chutant au 52e rang mondial et au 9e rang continental au classement FIFA, après avoir perdu onze places en octobre 2024, la baisse la plus importante enregistrée ce mois-là à l&rsquo;échelle mondiale. La trajectoire est préoccupante, et le Mondial 2026 n&rsquo;en est, pour l&rsquo;instant, que l&rsquo;illustration la plus visible. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Le prochain match de la sélection tunisienne opposera les Aigles de Carthage aux Pays-Bas le 26 juin 2026, une confrontation que les observateurs abordent avec une anxiété mêlée de résignation, tant l&rsquo;écart de niveau entre les deux équipes semble difficile à combler. </p>



<h3 class="wp-block-heading">Un contexte national sous haute tension</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La débâcle footballistique survient dans un pays en proie à de sérieux déséquilibres structurels. Le PIB réel de la Tunisie ne retrouve qu&rsquo;en 2025 son niveau d&rsquo;avant la crise sanitaire du Covid-19, après des chocs successifs qui ont durablement affecté le modèle de croissance tunisien depuis 2009, contribuant à une sous-performance chronique par rapport aux pays de la région. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Selon des analyses publiées en mars 2026, la Tunisie affiche désormais l&rsquo;un des taux d&rsquo;investissement les plus bas au monde, à moins de 8 % du PIB, loin derrière la moyenne mondiale établie à 26 %. L&rsquo;État consacre désormais davantage aux intérêts de la dette — 6,46 milliards de dinars — qu&rsquo;à l&rsquo;investissement public, qui ne représente que 9,3 % des dépenses totales, soit leur niveau le plus bas depuis dix ans. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le plan social, le chômage des jeunes atteint 38,4 % au quatrième trimestre 2025, et environ 18 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, avec des disparités régionales marquées. Une grande partie des ménages consacre désormais plus de 30 % de ses dépenses à la nourriture seule, un chiffre pouvant atteindre 40 % pour les foyers à faible revenu, révélant une érosion structurelle du pouvoir d&rsquo;achat aux effets directs sur la stabilité familiale et la confiance dans l&rsquo;avenir économique. <a href="https://www.afdb.org/fr/pays-afrique-du-nord-tunisie/perspectives-economiques-en-tunisie" target="_blank" rel="noreferrer noopener">African Development Bank </a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le plan politique, le pays est gouverné depuis 2019 par le président Kaïs Saïed, réélu en 2024, dont l&rsquo;administration s&rsquo;est concentrée sur la consolidation de la gouvernance et la poursuite de politiques visant l&rsquo;indépendance économique, avec des impacts modestes sur certains secteurs. En 2022, le président Saïed a mis en œuvre un décret interdisant aux partis politiques de participer aux élections législatives, une mesure qui a profondément reconfiguré le paysage institutionnel du pays. </p>



<h3 class="wp-block-heading">Le football, révélateur d&rsquo;un état des lieux</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le sport, et le football en particulier, a souvent servi de baromètre de la santé collective d&rsquo;une nation. En Tunisie, cette dimension est particulièrement forte. L&rsquo;équipe nationale, jadis fierté d&rsquo;un pays qui fut l&rsquo;une des sélections africaines les plus régulières et respectées, traverse une période de désarroi institutionnel et sportif profond.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En octobre 2024, le président de la Fédération tunisienne de football Wadie Jary avait été arrêté et placé en détention à la prison de Mornaguia pour des accusations de corruption financière et administrative et des affaires de matchs truqués, illustrant les dysfonctionnements qui minent les structures sportives du pays. La période a été marquée par de nombreuses difficultés sportives et administratives au sein de la fédération, avec plusieurs changements de sélectionneurs en l&rsquo;espace de quelques mois.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En janvier 2025, Moez Nasri a été élu nouveau président de la fédération, après des tentatives infructueuses de recruter un entraîneur étranger de renom. Les négociations avec le technicien portugais Carlos Queiroz ont échoué après l&rsquo;intervention des autorités en raison du montant jugé trop élevé du contrat, estimé à 500 000 dinars par mois. Cette séquence illustre les contradictions d&rsquo;un pays qui aspire à l&rsquo;excellence mais se heurte à ses propres contraintes budgétaires et institutionnelles. </p>



<p class="wp-block-paragraph">La colère des supporters tunisiens après les dernières défaites ne se limite pas à la frustration sportive. Elle condense une exaspération plus large face à une accumulation de mauvaises nouvelles dans tous les secteurs de la vie nationale — éducation, emploi, santé, libertés publiques —, à laquelle le football semblait, jusqu&rsquo;ici, résister avec plus de ténacité que d&rsquo;autres domaines.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Une nation entre résignation et attente</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La détérioration des équilibres macroéconomiques — déficits jumeaux et endettement public croissant — pendant la dernière décennie a accentué les vulnérabilités financières et monétaires, au détriment de l&rsquo;attractivité des capitaux étrangers. La dette publique a grimpé à 83,7 % du PIB en 2024, contre 67,8 % en 2019. Ces chiffres dessinent le portrait d&rsquo;un pays dont la marge de manœuvre se rétrécit d&rsquo;année en année, même si quelques signaux positifs — reprise du tourisme, légère amélioration agricole — laissent entrevoir des ressorts encore intacts. </p>



<p class="wp-block-paragraph">La révolution de 2011, qui avait suscité tant d&rsquo;espoirs, peine à trouver un bilan à la hauteur de ses ambitions initiales. La Tunisie a été profondément touchée par la révolution de jasmin qui a chassé Ben Ali, et le pays ne s&rsquo;est jamais pleinement relevé économiquement depuis. Quinze ans plus tard, sur les pelouses de la Coupe du monde comme dans les ruelles des quartiers populaires, la question de l&rsquo;avenir collectif reste entière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors que la Tunisie s&rsquo;apprête à affronter les Pays-Bas pour conclure sa participation au Mondial 2026, on peut légitimement se demander si les défaites sportives constituent un signal d&rsquo;alarme suffisant pour impulser enfin les réformes structurelles que les économistes, les experts et les citoyens réclament depuis des années — ou si elles ne feront que s&rsquo;ajouter à la longue liste des occasions manquées.</p>
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		<title>Procès Sihem Ben Sedrine : une audience maintenue malgré la grève des avocats, la défense dénonce une atteinte aux droits fondamentaux</title>
		<link>https://lepontdegeneve.ch/proces-sihem-ben-sedrine-une-audience-maintenue-malgre-la-greve-des-avocats-la-defense-denonce-une-atteinte-aux-droits-fondamentaux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le Pont de Genève]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 18 Jun 2026 18:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le jeudi 18 juin 2026, tandis que les avocats tunisiens observaient une grève générale nationale et que les palais de justice du pays étaient en grande partie paralysés, la chambre criminelle spécialisée dans les affaires de corruption financière du Tribunal de première instance de Tunis maintenait l&#8217;audience dans le procès de Sihem Ben Sedrine, ancienne [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Le jeudi 18 juin 2026, tandis que les avocats tunisiens observaient une grève générale nationale et que les palais de justice du pays étaient en grande partie paralysés, la chambre criminelle spécialisée dans les affaires de corruption financière du Tribunal de première instance de Tunis maintenait l&rsquo;audience dans le procès de Sihem Ben Sedrine, ancienne présidente de l&rsquo;Instance Vérité et Dignité (IVD), et de Me Khaled Krichi, ancien vice-président de la même instance, actuellement en détention préventive. Le refus du tribunal d&rsquo;accéder à la demande de report formulée par la défense a provoqué une vague d&rsquo;indignation parmi les organisations de défense des droits humains, qui y voient une atteinte au droit à un procès équitable.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Une audience au cœur d&rsquo;un double feuilleton judiciaire</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Les affaires examinées ce jour portent sur le dossier de la Banque franco-tunisienne (BFT), incluant des accusations de falsification présumée du rapport final de l&rsquo;Instance Vérité et Dignité, ainsi que sur une décision arbitrale liée à l&rsquo;homme d&rsquo;affaires Slim Chiboub.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;audience du 18 juin avait été fixée lors de la précédente comparution du 1er juin 2026, à laquelle Sihem Ben Sedrine avait déjà comparu, les avocats de la défense ayant alors sollicité un report faute d&rsquo;avoir eu accès à l&rsquo;ensemble des pièces du dossier, transmises à la Cour de cassation. </p>



<p class="wp-block-paragraph">La concomitance entre la date d&rsquo;audience et la grève nationale des avocats, dont le calendrier avait été officiellement arrêté dès le 13 mai 2026, est au cœur de la contestation. L&rsquo;Association Intersection pour les droits et les libertés a fait observer que l&rsquo;audience du 18 juin avait été fixée après l&rsquo;annonce officielle de la grève, ce qui, selon elle, soulève de sérieuses questions quant aux conditions dans lesquelles les accusés peuvent assurer leur défense. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Khaled Krichi, quant à lui, avait été arrêté le 3 juin 2026 à son domicile, après que la chambre d&rsquo;accusation spécialisée dans les affaires de corruption financière près la Cour d&rsquo;appel de Tunis a émis un mandat de dépôt en infirmant la décision du juge d&rsquo;instruction qui l&rsquo;avait maintenu en liberté. Cette célérité a surpris, contrastant avec l&rsquo;image d&rsquo;une justice souvent critiquée pour sa lenteur.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<h3 class="wp-block-heading">Les charges retenues et leur origine</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Les poursuites contre Sihem Ben Sedrine et Khaled Krichi s&rsquo;inscrivent dans un contentieux né du travail même de l&rsquo;IVD. Elles portent sur deux affaires liées à des décisions de règlement conclues par l&rsquo;IVD entre 2013 et 2019 avec deux hommes d&rsquo;affaires : Abdelmajid Bouden et Slim Chiboub, gendre de l&rsquo;ancien président Ben Ali. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Contentieux de l&rsquo;État et la Cour des comptes estiment que ces négociations ont été conduites au détriment des intérêts financiers de l&rsquo;État. Les anciens responsables de l&rsquo;IVD rétorquent qu&rsquo;il s&rsquo;agissait du prix d&rsquo;un règlement effectif et d&rsquo;un paiement immédiat. Entre ces deux lectures, la justice n&rsquo;a pas encore tranché.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une seconde dimension des poursuites concerne le rapport final de l&rsquo;IVD lui-même. L&rsquo;affaire du rapport « falsifié » est revenue dans l&rsquo;actualité tunisienne de manière récurrente depuis 2019, son déclenchement remontant à la publication du rapport final de la commission vérité, lorsqu&rsquo;une ancienne commissaire avait contesté publiquement la version mise en ligne.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Une institution de justice transitionnelle au banc des accusés</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Pour comprendre la portée symbolique de ce procès, il faut rappeler ce qu&rsquo;était l&rsquo;IVD. Créée après la révolution de 2011, l&rsquo;Instance Vérité et Dignité avait pour mandat de documenter les violations des droits humains commises sous les régimes successifs, d&rsquo;organiser des audiences publiques et de proposer des mécanismes de réparation. Elle a fonctionné de 2014 à 2019 dans un environnement politique difficile, avant de remettre son rapport final dans un contexte de controverses croissantes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sihem Ben Sedrine avait déjà été arrêtée le 1er août 2024, à la suite d&rsquo;un mandat de dépôt émis par le juge d&rsquo;instruction. Elle avait passé sept mois en détention avant d&rsquo;être remise en liberté le 19 février 2025, à la suite de la dégradation de son état de santé. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour les organisations de droits humains, dont l&rsquo;Association Intersection, ces poursuites s&rsquo;inscrivent dans un climat de rétrécissement de l&rsquo;espace civique. Elles dénoncent ce qu&rsquo;elles qualifient d&rsquo;instrumentalisation judiciaire visant des acteurs de la société civile ayant joué un rôle central dans le processus démocratique post-révolutionnaire. De son côté, la justice tunisienne n&rsquo;a formulé aucun commentaire officiel sur le calendrier de l&rsquo;audience ni sur le refus de report.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour comprendre pourquoi l&rsquo;incarcération de Khaled Krichi dépasse le cadre d&rsquo;un simple dossier judiciaire, il faut aussi regarder son parcours : ancien dirigeant d&rsquo;un mouvement qui avait initialement accueilli favorablement les décisions du 25 juillet 2021, il s&rsquo;était progressivement retrouvé dans des milieux opposés au pouvoir, participant à des rassemblements de soutien aux détenus politiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le maintien de l&rsquo;audience du 18 juin 2026 s&rsquo;est produit dans un vide de communication officielle. Ni le ministère de la Justice ni le tribunal compétent n&rsquo;ont publiquement justifié le refus de reporter l&rsquo;audience. Tandis que les organisations de défense des droits humains multiplient les appels à l&rsquo;arrêt des poursuites, le fond des affaires — les accusations de mauvaise gestion financière au sein de l&rsquo;IVD — reste lui à trancher par les juges. La question de savoir si ces procédures obéissent à une logique purement judiciaire ou à d&rsquo;autres considérations continuera d&rsquo;alimenter un débat qui engage, bien au-delà du sort de deux individus, l&rsquo;avenir du rapport que la Tunisie entretient avec son propre passé.</p>
<p>L’article <a href="https://lepontdegeneve.ch/proces-sihem-ben-sedrine-une-audience-maintenue-malgre-la-greve-des-avocats-la-defense-denonce-une-atteinte-aux-droits-fondamentaux/">Procès Sihem Ben Sedrine : une audience maintenue malgré la grève des avocats, la défense dénonce une atteinte aux droits fondamentaux</a> est apparu en premier sur <a href="https://lepontdegeneve.ch">Le pont de Genève</a>.</p>
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		<title>L&#8217;intervention d&#8217;Abderrazek Kilani à Genève : un réquisitoire contre la dérive autoritaire en Tunisie</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le Pont de Genève]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 18 Jun 2026 15:58:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[La Une]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Genève, juin 2026&#160;– La 62e session du Conseil des droits de l&#8217;homme des Nations unies, ouverte le 15 juin pour trois semaines de débats, a vu défiler à la tribune des représentants du monde entier. Mais parmi les interventions officielles et les discours convenus, une voix a cristallisé l&#8217;attention : celle de&#160;Maître Abderrazek Kilani, ancien [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong>Genève, juin 2026</strong>&nbsp;– La 62e session du Conseil des droits de l&rsquo;homme des Nations unies, ouverte le 15 juin pour trois semaines de débats, a vu défiler à la tribune des représentants du monde entier. Mais parmi les interventions officielles et les discours convenus, une voix a cristallisé l&rsquo;attention : celle de&nbsp;<strong>Maître Abderrazek Kilani</strong>, ancien bâtonnier de l&rsquo;ordre des avocats tunisiens. Son propos, d&rsquo;une gravité rare, ne s&rsquo;est pas contenté d&rsquo;énumérer des manquements ; il a porté un diagnostic clinique sur la décomposition de l&rsquo;État de droit dans son pays.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<iframe title="Tunisie - L&amp;apos;intervention de l&amp;apos;ex-bâtonnier Abderrazek Kilani au Conseil des Droits de l&amp;apos;Homme (ONU)" width="740" height="416" src="https://www.youtube.com/embed/awzw3p8NGdc?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe>
</div></figure>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h2 class="wp-block-heading">Un État de droit mis à mal : le constat d&rsquo;un homme de terrain</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Devant les délégations des États membres et les organisations de la société civile, Maître Kilani n&rsquo;a pas usé de formules diplomatiques. Fort de ses années à la tête du barreau et de sa connaissance intime des rouages judiciaires tunisiens, il a dépeint une démocratie en phase terminale. Selon lui, le pouvoir exécutif a systématiquement vidé de leur substance les contrepoids institutionnels, concentrant entre ses seules mains l&rsquo;essentiel des prérogatives régaliennes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le point le plus alarmant de son intervention a porté sur&nbsp;<strong>l&rsquo;instrumentalisation de la justice</strong>. L&rsquo;ancien bâtonnier a dénoncé sans ambages l&rsquo;utilisation de l&rsquo;appareil judiciaire comme un&nbsp;<strong>bras sécuritaire du régime</strong>, destiné à museler les voix dissidentes. Procédures expéditives, détentions arbitraires, pressions sur les magistrats : le tableau qu&rsquo;il a brossé est celui d&rsquo;une justice qui a cessé d&rsquo;être une juridiction impartiale pour devenir une arme politique. Les opposants et les journalistes, a-t-il martelé, en sont les premières victimes, privés de leur droit à un procès équitable.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une alerte que la Tunisie connaît déjà</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le discours prononcé à Genève n&rsquo;a surpris ni les observateurs internationaux, ni les Tunisiens eux-mêmes. Maître Kilani, bien avant de fouler le sol suisse, avait multiplié les prises de position publiques sur le territoire national. Chaque déclaration, chaque interview, chaque tribune était une nouvelle alerte lancée à un pouvoir qu&rsquo;il jugeait en rupture avec l&rsquo;esprit de la révolution de 2011.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En critiquant ouvertement le régime du président Kaïs Saïed, il s&rsquo;est exposé, mais n&rsquo;a jamais fléchi. Son intervention à Genève n&rsquo;est donc pas une prise de parole isolée : elle est&nbsp;<strong>l&rsquo;aboutissement d&rsquo;un combat de longue haleine</strong>. Ce faisant, il a donné une dimension internationale à un cri d&rsquo;alarme que les autorités tunisiennes s&rsquo;évertuent à étouffer sur le plan intérieur. En portant à la tribune des Nations unies les inquiétudes de toute une profession et d&rsquo;une société civile en état d&rsquo;alerte, il a transformé un constat national en&nbsp;<strong>dossier international</strong>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">En appeler à la vigilance de la communauté internationale</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà de l&rsquo;état des lieux, l&rsquo;objectif de Maître Kilani était clair :&nbsp;<strong>interpeller la communauté internationale</strong>&nbsp;et lui rappeler ses responsabilités. La Tunisie, bénéficiaire de nombreux partenariats et aides au développement, ne saurait être exemptée du respect des clauses démocratiques qui conditionnent ces coopérations.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;ancien bâtonnier a ainsi lancé un appel implicite mais ferme aux puissances étrangères et aux organisations de défense des droits humains : une vigilance accrue s&rsquo;impose. Il a rappelé avec force que la protection des avocats, des magistrats indépendants et des défenseurs des droits de l&rsquo;homme n&rsquo;est pas une lubie corporatiste, mais le&nbsp;<strong>socle même de toute paix sociale durable</strong>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Genève comme miroir grossissant d&rsquo;une crise profonde</h2>



<p class="wp-block-paragraph">En choisissant la tribune du Conseil des droits de l&rsquo;homme, Maître Abderrazek Kilani a placé la Tunisie face à ses contradictions. Ce faisant, il a également mis les autorités tunisiennes sous une lumière crue, celle de l&rsquo;attention internationale. Les promesses de réformes et les appels à l&rsquo;apaisement lancés par le pouvoir seront désormais scrutés à l&rsquo;aune de ce qu&rsquo;il a dénoncé : une concentration des pouvoirs, une justice aux ordres et des libertés publiques en lambeaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette intervention restera comme un moment fort de cette 62e session, non seulement par la qualité de son analyse, mais surtout par le courage qu&rsquo;elle a exigé. À Genève, Maître Kilani n&rsquo;a pas seulement défendu une cause ; il a incarné la résistance d&rsquo;une profession tout entière, gardienne obstinée des principes qui fondent une démocratie.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>Grève générale des avocats en Tunisie : les tribunaux paralysés, la profession hausse le ton</title>
		<link>https://lepontdegeneve.ch/greve-generale-avocats-tunisie-18-juin-2026/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le Pont de Genève]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 18 Jun 2026 15:24:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[La Une]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ce jeudi 18 juin 2026, les avocats tunisiens ont paralysé les tribunaux de l&#8217;ensemble du pays en observant une grève générale nationale, à l&#8217;appel du Conseil de l&#8217;Ordre national des avocats. Des centaines de professionnels en robe noire, brassard rouge au bras, se sont rassemblés devant le Palais de justice de Tunis à Bab Bnet, [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Ce jeudi 18 juin 2026, les avocats tunisiens ont paralysé les tribunaux de l&rsquo;ensemble du pays en observant une grève générale nationale, à l&rsquo;appel du Conseil de l&rsquo;Ordre national des avocats. Des centaines de professionnels en robe noire, brassard rouge au bras, se sont rassemblés devant le Palais de justice de Tunis à Bab Bnet, tandis que des mobilisations similaires se tenaient simultanément dans plusieurs régions du pays. Ce mouvement, aboutissement d&rsquo;une escalade entamée depuis mai 2026, exprime une double exigence : réformer en profondeur le cadre législatif de la profession et restaurer une indépendance judiciaire que le barreau estime sérieusement compromise.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Une journée de mobilisation largement suivie</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Les parvis des palais de justice à travers le pays ont été occupés par les robes noires dès les premières heures de la matinée. À Tunis comme dans plusieurs régions, la grève générale a été largement suivie, confirmant une mobilisation d&rsquo;ampleur nationale. L&rsquo;atmosphère était tendue : visages fermés, toges alignées et slogans scandés contre les murs des tribunaux, dont certains réclamaient ouvertement la démission de la ministre de la Justice. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Le bâtonnier Boubaker Belthabet, qui a confirmé et conduit la mobilisation, a tenu à préciser que le mouvement dépasse les revendications catégorielles. Il a souligné que la situation actuelle de la profession d&rsquo;avocat en Tunisie reste difficile malgré les compétences existantes, et que seule une véritable volonté de réforme permettra d&rsquo;élever la profession aux standards internationaux. </p>



<figure class="wp-block-image size-large is-resized"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="722" height="1024" src="https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/06/725767649_4353938598178825_4940476535468752607_n-722x1024.jpeg" alt="" class="wp-image-31224" style="width:451px;height:auto" srcset="https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/06/725767649_4353938598178825_4940476535468752607_n-722x1024.jpeg 722w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/06/725767649_4353938598178825_4940476535468752607_n-212x300.jpeg 212w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/06/725767649_4353938598178825_4940476535468752607_n-768x1089.jpeg 768w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/06/725767649_4353938598178825_4940476535468752607_n.jpeg 1080w" sizes="(max-width: 722px) 100vw, 722px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Les revendications portées ce jour-là sont multiples et documentées. Elles comprennent la révision du cadre législatif et réglementaire régissant la profession, l&rsquo;amélioration du service public de la justice, la garantie de l&rsquo;indépendance de la magistrature, la modernisation des conditions d&rsquo;exercice, ainsi que la réforme du régime de prévoyance et de retraite des avocats, afin d&rsquo;en assurer la pérennité financière.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Une escalade construite sur plusieurs semaines</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La grève du 18 juin n&rsquo;est pas un acte spontané. Elle s&rsquo;inscrit dans la mise en œuvre des décisions du Conseil de l&rsquo;Ordre national des avocats, prises le 13 mai 2026, qui avaient arrêté une série d&rsquo;actions graduelles couvrant l&rsquo;ensemble des régions du pays. </p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;Ordre avait alors annoncé plusieurs grèves régionales successives, accompagnées du port du brassard rouge à partir du 18 mai 2026, en signe de rejet de ce qu&rsquo;il qualifiait d&rsquo;ignorance de ses revendications par les autorités. La grève nationale du 18 juin représentait le point culminant de ce calendrier de protestation progressive. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Les instances professionnelles avaient en outre adressé, dès le 23 janvier 2026, un mémorandum détaillé au ministère de la Justice. Ce document listait les réformes attendues : amélioration des conditions de travail dans les tribunaux, garanties légales pour la défense, stabilisation des chambres judiciaires, et réforme du fonds de prévoyance et de retraite. Selon la déclaration de l&rsquo;Ordre publiée le 8 juin 2026, ce courrier est resté sans réponse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le ministère de la Justice avait de son côté dénoncé certains mouvements antérieurs comme susceptibles de perturber le fonctionnement normal des tribunaux, estimant que la suspension des audiences compromettait le droit des citoyens à un procès dans des délais raisonnables, tout en aggravant l&rsquo;encombrement déjà chronique des juridictions. </p>



<h3 class="wp-block-heading">Une crise dans un contexte judiciaire profondément fragilisé</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La grève générale des avocats tunisiens s&rsquo;inscrit dans un environnement institutionnel marqué par des tensions durables entre le pouvoir exécutif et les corps intermédiaires de la justice. Depuis les mesures d&rsquo;exception de l&rsquo;été 2021, des divergences récurrentes ont émergé autour de l&rsquo;indépendance du pouvoir judiciaire et des limites de l&rsquo;intervention de l&rsquo;exécutif dans les affaires de justice. </p>



<figure class="wp-block-image size-large is-resized"><img decoding="async" width="1024" height="566" src="https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/06/722560485_4439075456363009_3347386252917778620_n-1024x566.jpeg" alt="" class="wp-image-31225" style="aspect-ratio:1.8092909535452322;width:618px;height:auto" srcset="https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/06/722560485_4439075456363009_3347386252917778620_n-1024x566.jpeg 1024w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/06/722560485_4439075456363009_3347386252917778620_n-300x166.jpeg 300w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/06/722560485_4439075456363009_3347386252917778620_n-768x424.jpeg 768w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/06/722560485_4439075456363009_3347386252917778620_n-1536x849.jpeg 1536w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/06/722560485_4439075456363009_3347386252917778620_n.jpeg 1600w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;arrestation de l&rsquo;ancien bâtonnier Chawki Tabib, qualifiée d&rsquo;illégale par une partie du barreau, avait constitué pour beaucoup un point de rupture, conduisant à la tenue d&rsquo;une assemblée générale extraordinaire qui a décidé du lancement de la série de mouvements de protestation. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le plan structurel, les avocats pointent une saturation des tribunaux et un manque criant de ressources humaines. L&rsquo;administration de la justice souffre d&rsquo;un déficit de personnel face à l&rsquo;explosion du volume des affaires, toutes catégories confondues. Des décisions prises par certaines juridictions ont par ailleurs été dénoncées par l&rsquo;Ordre comme dépourvues de fondement légal et contraires aux règles organisant la profession.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ce contexte de crispation politique et judiciaire, chaque confrontation entre magistrats, avocats et autorités prend désormais une dimension hautement symbolique, au moment où plusieurs avocats ont été récemment condamnés à de lourdes peines de prison. </p>



<p class="wp-block-paragraph">La journée du 18 juin 2026 s&rsquo;est achevée sans qu&rsquo;une réponse officielle de fond n&rsquo;ait été rendue publique par le ministère de la Justice. Le bâtonnier Belthabet a annoncé que l&rsquo;Ordre se réunirait pour évaluer l&rsquo;ensemble des actions menées depuis un mois et déterminer les suites à donner au mouvement. La question reste entière : jusqu&rsquo;où peut se prolonger ce bras de fer entre une profession déterminée à défendre ses prérogatives et un pouvoir exécutif dont le silence est, lui-même, une forme de réponse ?</p>
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		<title>Nouveau mandat de dépôt contre le journaliste Zied El Heni</title>
		<link>https://lepontdegeneve.ch/nouveau-mandat-de-depot-contre-le-journaliste-zied-el-heni/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le Pont de Genève]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 10 Jun 2026 11:35:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[La Une]]></category>
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		<category><![CDATA[Zied El Heni]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La chambre d&#8217;accusation de la Cour d&#8217;appel de Tunis a ordonné hier l&#8217;émission d&#8217;un nouveau mandat de dépôt en prison contre le journaliste Zied El Heni, ainsi que trois autres mis en cause, tous anciens membres de la délégation spéciale de la municipalité de Carthage, dans le cadre d&#8217;une affaire de soupçons de corruption portant [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">La chambre d&rsquo;accusation de la Cour d&rsquo;appel de Tunis a ordonné hier l&rsquo;émission d&rsquo;un nouveau mandat de dépôt en prison contre le journaliste Zied El Heni, ainsi que trois autres mis en cause, tous anciens membres de la délégation spéciale de la municipalité de Carthage, dans le cadre d&rsquo;une affaire de soupçons de corruption portant sur la cession d&rsquo;un terrain dans la région de Carthage à un prix jugé bien inférieur à sa valeur réelle. Cette décision survient alors que le même journaliste attend déjà l&rsquo;issue de son procès en appel dans une affaire distincte liée à une publication en ligne.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Un mandat fondé sur des soupçons de corruption foncière</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Selon une source bien informée, les chefs d&rsquo;inculpation retenus visent « l&rsquo;exploitation par un fonctionnaire public de sa qualité pour s&rsquo;octroyer ou octroyer à autrui un avantage injustifié, au détriment de l&rsquo;administration, en violation des réglementations applicables, dans le but de réaliser un profit ou de causer un préjudice, ainsi que la fraude et l&rsquo;usage de documents frauduleux ». Des qualifications graves qui situent l&rsquo;affaire dans le registre pénal de la corruption dans la gestion des biens publics.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;enquête prend appui sur une plainte déposée en décembre 2022 par une association de protection du patrimoine archéologique et culturel de Carthage. Celle-ci alléguait l&rsquo;existence de « soupçons de corruption » relatifs à la cession d&rsquo;une parcelle de terrain dans la région de Carthage à un particulier, à un prix sans rapport avec la valeur réelle du bien, et sans consultation préalable des experts des services des Domaines de l&rsquo;État. Selon la plainte, cet écart entre le prix inscrit dans l&rsquo;acte de cession et la valeur estimée par les experts désignés ultérieurement aurait causé un préjudice financier significatif à la municipalité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Zied El Heni est mis en cause dans cette affaire en sa qualité d&rsquo;ancien membre du conseil municipal de Carthage. Des équipes sécuritaires ont été chargées de l&rsquo;exécution des mandats de dépôt émis à l&rsquo;encontre des quatre mis en cause.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Un journaliste déjà sous le coup d&rsquo;une condamnation en première instance</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Ce nouveau mandat s&rsquo;ajoute à une situation judiciaire déjà lourde pour Zied El Heni. Le journaliste avait précédemment été condamné à un an d&#8217;emprisonnement dans une affaire distincte, poursuivi sur la base de l&rsquo;article 86 du Code des télécommunications pour « atteinte aux tiers via les réseaux publics de communication », en raison d&rsquo;une publication sur les réseaux sociaux dans laquelle il faisait référence à des données judiciaires. Il a interjeté appel de cette décision, et la Cour d&rsquo;appel de Tunis a fixé l&rsquo;audience au 12 juin prochain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le cumul de ces deux procédures place le journaliste dans une position particulièrement précaire : une condamnation en instance d&rsquo;appel d&rsquo;un côté, un nouveau mandat de dépôt de l&rsquo;autre, dans une affaire aux ramifications administratives et foncières complexes.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>La liberté de la presse en Tunisie, entre pressions judiciaires et fragilité institutionnelle</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;affaire Zied El Heni s&rsquo;inscrit dans un paysage médiatique et judiciaire profondément marqué par les transformations politiques opérées depuis le 25 juillet 2021. Depuis la concentration des pouvoirs entre les mains du président Kaïs Saïed, plusieurs journalistes, blogueurs et acteurs de la société civile ont fait l&rsquo;objet de poursuites pénales dans des contextes où la frontière entre répression politique et application ordinaire du droit reste difficile à tracer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;article 86 du Code des télécommunications — texte d&rsquo;une formulation suffisamment large pour couvrir une grande variété d&rsquo;expressions en ligne — a été mobilisé à de nombreuses reprises contre des voix critiques ou simplement informatives. Des organisations internationales comme Reporters sans frontières et le Comité pour la protection des journalistes ont régulièrement alerté sur son usage extensif.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La dimension municipale de ce dossier rappelle, par ailleurs, que la période des délégations spéciales — structures de gestion locale nommées en remplacement des conseils élus après leur dissolution — reste une zone de tension juridique et politique. Des décisions prises dans ce cadre font aujourd&rsquo;hui l&rsquo;objet de contestations et d&rsquo;enquêtes, ce qui expose rétrospectivement leurs membres à des poursuites, qu&rsquo;ils soient journalistes, militants ou techniciens.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors que l&rsquo;audience en appel du 12 juin approche pour la première affaire, et que la nouvelle procédure liée à la municipalité de Carthage vient d&rsquo;être enclenchée, la trajectoire judiciaire de Zied El Heni soulève une question que la société tunisienne ne peut longtemps éluder : à quel point les institutions judiciaires demeurent-elles imperméables aux pressions politiques dans un pays où les contre-pouvoirs s&rsquo;effritent?</p>
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		<title>Migrants noirs en Tunisie : victimes d&#8217;une haine qui ne dit que la bassesse de ceux qui la portent</title>
		<link>https://lepontdegeneve.ch/racisme-tunisie-migrants-subsahariens-kais-saied/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le Pont de Genève]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 08 Jun 2026 11:21:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ENTERTAINMENT]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En Tunisie, une vidéo diffusée début juin 2026 sur les réseaux sociaux depuis deux continents différents a provoqué un choc dans l&#8217;opinion publique : on y voit des individus s&#8217;introduire de force dans le domicile d&#8217;une famille migrante subsaharienne, proférer des menaces à l&#8217;arme blanche et tenir des propos d&#8217;une violence extrême. Une scène filmée, [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">En Tunisie, une vidéo diffusée début juin 2026 sur les réseaux sociaux depuis deux continents différents a provoqué un choc dans l&rsquo;opinion publique : on y voit des individus s&rsquo;introduire de force dans le domicile d&rsquo;une famille migrante subsaharienne, proférer des menaces à l&rsquo;arme blanche et tenir des propos d&rsquo;une violence extrême. Une scène filmée, selon les autorités tunisiennes, non pas récemment, mais il y a cinq ans. Ce n&rsquo;est pas la première fois que des images de ce type font surface dans le pays. Depuis le discours du président Kais Saied, le 21 février 2023, qualifiant l&rsquo;immigration subsaharienne de « complot » visant à modifier la composition démographique de la Tunisie, un cycle de tensions, de violences et de déclarations controversées s&rsquo;est installé dans le paysage politique et social du pays. La résurgence de cette vidéo, à un moment précis, soulève autant de questions sur la réalité de la violence que sur les mécanismes de sa mise en scène médiatique.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Une vidéo, des arrestations et un communiqué aux questions sans réponses</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le 5 juin 2026, le ministère de l&rsquo;Intérieur tunisien a annoncé avoir identifié et interpellé les individus apparaissant dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, qui les montre en train d&rsquo;agresser des ressortissants d&rsquo;Afrique subsaharienne. L&rsquo;enquête a été ouverte malgré l&rsquo;absence de toute plainte déposée dans cette affaire. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Le communiqué officiel, sobre dans sa forme mais lourd de sous-entendus, apporte plusieurs précisions troublantes. Selon les investigations menées, la vidéo ne documenterait pas un événement récent : les faits remonteraient à cinq ans, soit à 2021. Les enquêtes se poursuivaient pour déterminer les circonstances de cette affaire et les raisons de sa diffusion à ce moment précis, malgré le long délai écoulé depuis les faits. L&rsquo;institution soulignait également que la vidéo avait été diffusée depuis deux continents différents, sans que les autorités précisent l&rsquo;origine géographique exacte de ces publications. </p>



<p class="wp-block-paragraph">La vidéo en question montre un groupe d&rsquo;individus pénétrant de force dans le domicile d&rsquo;une famille migrante, menaçant ses membres à l&rsquo;aide d&rsquo;armes blanches et proférant des menaces explicites de viol à l&rsquo;encontre d&rsquo;une femme enceinte. Face à ce contenu, plusieurs organisations de la société civile tunisienne ont réagi par une tribune commune, dénonçant l&rsquo;escalade des discours de haine, du racisme et de la discrimination en Tunisie, ainsi que la recrudescence des agressions visant les personnes migrantes originaires d&rsquo;Afrique subsaharienne, dans un contexte d&rsquo;impunité persistante favorisée par la complaisance manifeste des institutions de l&rsquo;État. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans son communiqué, le ministère a par ailleurs réaffirmé l&rsquo;engagement de la Tunisie à garantir les droits et la dignité de toute personne se trouvant sur son territoire, et a rappelé son adoption d&rsquo;une approche humanitaire dans la gestion du dossier migratoire. Une déclaration de principe qui n&rsquo;a pas dissipé les inquiétudes des défenseurs des droits humains.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Février 2023 : le tournant du discours présidentiel<br></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Pour comprendre le contexte dans lequel s&rsquo;inscrit cette affaire, il faut revenir à la nuit du 21 février 2023. Réuni devant le Conseil national de sécurité, le président Kais Saied a ordonné à ses responsables de prendre des mesures urgentes contre l&rsquo;immigration irrégulière, soutenant sans la moindre preuve qu&rsquo;un complot criminel était en cours pour altérer la composition démographique du pays.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le chef de l&rsquo;État a alors développé sa thèse : selon lui, les vagues successives d&rsquo;immigration clandestine poursuivraient un objectif inavoué, celui de transformer la Tunisie en un pays purement africain, coupé de son appartenance arabe et islamique. Loin d&rsquo;être un dérapage isolé ou une réaction aux pressions européennes sur le dossier migratoire, ce discours s&rsquo;inscrivait dans une logique politique délibérée, visant non seulement les migrants étrangers, mais, plus largement, l&rsquo;ensemble des citoyens tunisiens noirs, qu&rsquo;ils vivent à l&rsquo;intérieur du pays ou en diaspora.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les répercussions sur le terrain ont été quasi immédiates. Des agressions racistes contre des ressortissants subsahariens se sont multipliées dans les jours suivants. Des propriétaires ont expulsé leurs locataires, des familles entières se sont retrouvées à la rue, contraintes de dormir dans des abris précaires ou sur les trottoirs. Certains migrants ont été empêchés de monter dans les transports en commun. Le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux a documenté cette montée brutale de la violence, tirée par un climat de haine désormais légitimé par la parole présidentielle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le plan diplomatique, l&rsquo;Union africaine a exprimé sa vive préoccupation, appelant Tunis à renoncer aux discours de haine à caractère racial. Le gouvernement tunisien a balayé ces critiques, les jugeant infondées et mal informées sur la position réelle des autorités.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au sein même de la société tunisienne, une résistance s&rsquo;est organisée. Des centaines de personnes ont manifesté dans les rues de la capitale, réclamant des excuses présidentielles et rappelant que la Tunisie est, avant tout, une terre africaine. Artistes, militants et représentants de la société civile ont marché côte à côte. La championne de tennis Ons Jabeur a pris publiquement position, affirmant sa fierté d&rsquo;être une femme tunisienne, arabe et africaine, et rappelant que la dignité est un droit universel et indivisible.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Un racisme ancien que le politique a réactivé</h3>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">La Tunisie n&rsquo;est pas étrangère au phénomène raciste, même si ce sujet a longtemps été relégué au rang de non-dit dans le débat public. La vague de violences déclenchée par les propos du président a mis en lumière un fond ancien de préjugés et de discriminations, enraciné dans l&rsquo;ensemble des sociétés du Maghreb, et que les surenchères nationalistes des pouvoirs en place ne font qu&rsquo;exacerber.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le pays avait pourtant posé un jalon législatif remarquable. En octobre 2018, le parlement tunisien avait adopté à une très large majorité une loi criminalisant toutes les formes de discrimination raciale, une première dans le monde arabe. Ce texte prévoit des sanctions pénales pour les auteurs de propos ou d&rsquo;actes racistes, ainsi que des peines plus lourdes pour l&rsquo;incitation à la haine, les menaces à caractère racial et l&rsquo;apologie du racisme. Une commission nationale dédiée devait en assurer le suivi et l&rsquo;application.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais entre la lettre de la loi et sa mise en œuvre concrète, le fossé est demeuré béant. Après la vague d&rsquo;agressions de 2023, Human Rights Watch n&rsquo;a recensé qu&rsquo;une seule arrestation annoncée par les autorités, installant un sentiment d&rsquo;impunité propice à de nouvelles violences. Des migrants et réfugiés noirs ont été victimes d&rsquo;un profilage racial systématique, de la part de particuliers comme de certaines forces de sécurité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La population subsaharienne présente en Tunisie est estimée à plus de 21 000 personnes, dans un pays de 12 millions d&rsquo;habitants. Ces hommes et ces femmes, souvent en transit vers l&rsquo;Europe, évoluent dans un vide juridique et social qui les expose à toutes les formes de vulnérabilité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En juin 2026, face à la vidéo virale montrant une famille migrante agressée à son domicile, plusieurs organisations de la société civile tunisienne ont signé une tribune commune pour rappeler une vérité que les chiffres et les témoignages confirment : les violences d&rsquo;aujourd&rsquo;hui sont le produit direct de plusieurs années de stigmatisation, de criminalisation et d&rsquo;incitation à la haine. La responsabilité, ont-elles insisté, ne repose pas uniquement sur les auteurs directs des agressions. Elle incombe aussi à tous ceux qui ont semé la peur, banalisé le mépris et instrumentalisé le racisme à des fins politiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors que les arrestations annoncées le 5 juin 2026 semblent marquer une réaction judiciaire plus déterminée que lors des crises précédentes, et que le ministère de l&rsquo;Intérieur a renouvelé ses engagements en faveur d&rsquo;une approche humanitaire, une question fondamentale reste posée : la volonté institutionnelle sera-t-elle, cette fois, à la hauteur d&rsquo;une situation que le discours politique lui-même a largement contribué à envenimer ? Pionnière dans le monde arabe en matière de législation antiraciste, la Tunisie saura-t-elle, un jour, faire coïncider ses textes de loi avec la réalité vécue par les plus vulnérables sur son territoire ?</p>
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		<title>Appareil secret d&#8217;Ennahda : la défense de Ghannouchi dénonce un « procès politique » et annonce des recours</title>
		<link>https://lepontdegeneve.ch/defense-ghannouchi-reaction-verdict-appareil-secret-ennahda-2026/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le Pont de Genève]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 03 Jun 2026 09:28:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[La Une]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[défense]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le 2 juin 2026, la chambre criminelle spécialisée dans les affaires de terrorisme du tribunal de première instance de Tunis a condamné Rached Ghannouchi à la réclusion à perpétuité, assortie de trente années de prison supplémentaires, dans l&#8217;affaire dite de « l&#8217;appareil secret d&#8217;Ennahda« . Immédiatement après le verdict, l&#8217;équipe de défense du leader du parti islamiste [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Le 2 juin 2026, la chambre criminelle spécialisée dans les affaires de terrorisme du tribunal de première instance de Tunis a condamné Rached Ghannouchi à la réclusion à perpétuité, assortie de trente années de prison supplémentaires, dans l&rsquo;affaire dite de « <a href="https://jdd-tunisie.com/fr/ennahdha-appelle-a-lorganisation-delections-anticipees/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">l&rsquo;appareil secret d&rsquo;Ennahda</a>« . Immédiatement après le verdict, l&rsquo;équipe de défense du leader du parti islamiste a vivement contesté la décision. Dans un communiqué adressé à l&rsquo;opinion publique, ses avocats ont dénoncé de multiples « irrégularités procédurales », réaffirmé l&rsquo;innocence de leur client et promis d&rsquo;utiliser toutes les voies de recours possibles. Cette réaction ouvre un nouveau chapitre dans un bras de fer judiciaire et politique qui s&rsquo;annonce long.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Une contestation globale du procès</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">La stratégie de la défense ne se limite pas à critiquer la lourdeur de la peine. Elle vise à déconstruire la légitimité même du procès, en soulevant plusieurs arguments juridiques de fond.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>L&rsquo;origine de la plainte en question :</strong> Les <a href="https://jdd-tunisie.com/fr/tunisie-la-rue-en-colere-contre-ennahdha-les-partis-les-elus/" data-type="link" data-id="https://jdd-tunisie.com/fr/tunisie-la-rue-en-colere-contre-ennahdha-les-partis-les-elus/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">avocats affirment</a> que la procédure n&rsquo;a pas été initiée par le parquet, mais par des représentants d&rsquo;un parti politique rival. Ils y voient la preuve d&rsquo;une instrumentalisation de la justice à des fins partisanes, un argument qui pourrait avoir un poids juridique significatif en droit tunisien.</li>



<li><strong>Des vices de procédure :</strong> La défense soutient que l&rsquo;inscription de Rached Ghannouchi dans ce dossier, en 2022, a été faite à la demande de l&rsquo;ancienne ministre de la Justice. De plus, le mandat de dépôt aurait été émis en son absence, sans qu&rsquo;il en soit informé conformément à la loi. L&rsquo;interdiction de voyage qui a suivi aurait même été annoncée de manière informelle sur les réseaux sociaux, une pratique jugée attentatoire aux droits de la défense.</li>



<li><strong>Une affaire déjà jugée ?</strong> L&rsquo;argument le plus substantiel sur le plan juridique est peut-être celui-ci : la défense assure que ce dossier a déjà été jugé, et que la justice tunisienne avait alors établi l&rsquo;absence de tout lien entre <a href="https://jdd-tunisie.com/fr/ennahdha-la-grande-fissure-plus-de-cent-dirigeants-claquent-la-porte/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Ghannouchi </a>et les faits reprochés. Elle précise que toutes les pièces saisies dans ces affaires antérieures avaient été remises aux autorités dès 2013.</li>



<li><strong>Un « aveu » médiatique :</strong> Enfin, les avocats évoquent une déclaration publique faite en 2018 par l&rsquo;un des plaignants, qui aurait reconnu dans les médias l&rsquo;innocence du mouvement Ennahda dans les assassinats politiques de 2013. Cette <a href="https://lepontdegeneve.ch/tunisie-ajmi-lourimi-secretaire-general-dennahdha-place-en-garde-a-vue/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">déclaration </a>contredirait la thèse de l&rsquo;accusation, d&rsquo;autant plus qu&rsquo;elle aurait été confirmée, selon eux, par des jugements définitifs rendus en 2024.</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Des conditions de procès contestées</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà des arguments de fond, la défense dénonce des conditions de jugement qu&rsquo;elle juge incompatibles avec un procès équitable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;audience s&rsquo;est tenue à huis clos, sans la présence de la presse ou des familles. Elle a eu lieu par visioconférence depuis la prison, un dispositif que les avocats estiment structurellement défavorable à une défense effective, en raison des difficultés de communication qu&rsquo;il engendre. C&rsquo;est pour ces raisons que <a href="https://lepontdegeneve.ch/noureddine-bhiri-et-mouadh-ghannouchi-condamnes-dans-laffaire-des-passeports-jihadistes/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Rached Ghannouchi</a> a choisi de boycotter les audiences, un acte symbolique fort que ses avocats présentent comme une réponse cohérente à ce qu&rsquo;ils estiment être une accumulation d&rsquo;irrégularités.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au total, en additionnant les peines de plusieurs affaires, Rached Ghannouchi est désormais sous le coup d&rsquo;une peine cumulée de réclusion à perpétuité augmentée de 106 ans de prison. Un total que la défense qualifie de « sans précédent » dans l&rsquo;histoire judiciaire tunisienne.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Un contexte politique et judiciaire sous tension</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Cette réaction s&rsquo;inscrit dans un contexte politique tendu, marqué par les événements du 25 juillet 2021. Depuis cette date, le président Kaïs Saïed a profondément recomposé la scène judiciaire, avec la dissolution du Conseil supérieur de la magistrature et la révocation de plusieurs magistrats. Les poursuites contre l&rsquo;opposition se sont multipliées, suscitant l&rsquo;inquiétude d&rsquo;organisations internationales comme Amnesty International et Human Rights Watch.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De son côté, le parti Ennahda est aujourd&rsquo;hui décapité. Ses bureaux ont été fermés, Rached Ghannouchi est en détention depuis avril 2023, et plusieurs de ses successeurs ont également été arrêtés. Les cadres encore en liberté sont soit en exil, soit sous le coup de poursuites. Dans ce contexte, le <a href="https://lepontdegeneve.ch/assassinat-de-chokri-belaid-bechir-akremi-condamne-a-23-ans-de-prison-habib-ellouze-a-13-ans/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">communiqué de la défense</a> est l&rsquo;un des rares moyens d&rsquo;expression publique accessibles aux proches du mouvement en Tunisie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La question de l&rsquo;indépendance de la justice est donc centrale. Alors que le pouvoir exécutif affirme son autonomie, les critiques soulignent que les réformes menées depuis 2021 ont réduit les garanties de la séparation des pouvoirs.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Des recours pour une issue incertaine</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">La défense de Rached Ghannouchi annonce son intention de poursuivre tous les recours légaux disponibles, ouvrant une nouvelle phase judiciaire. Le verdict du 2 juin 2026 n&rsquo;est pas définitif et est susceptible d&rsquo;appel. Cependant, dans un système judiciaire dont l&rsquo;indépendance est contestée, la question de l&rsquo;impartialité d&rsquo;un éventuel réexamen du dossier reste entière et dépasse le seul sort de l&rsquo;accusé.</p>
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		<title>Liberté de la presse en Tunisie : au-delà du décret 54, une répression qui s&#8217;élargit</title>
		<link>https://lepontdegeneve.ch/liberte-presse-tunisie-decret-54-repression/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le Pont de Genève]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 24 May 2026 16:50:03 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Les autorités tunisiennes ne se contentent plus de poursuivre des journalistes à titre individuel. Elles s&#8217;attaquent désormais aux structures mêmes qui rendent le journalisme indépendant possible — gels bancaires, audits administratifs, procédures de dissolution. Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a documenté, dans un rapport publié le 12 mai 2026, une stratégie qui [&#8230;]</p>
<p>L’article <a href="https://lepontdegeneve.ch/liberte-presse-tunisie-decret-54-repression/">Liberté de la presse en Tunisie : au-delà du décret 54, une répression qui s&rsquo;élargit</a> est apparu en premier sur <a href="https://lepontdegeneve.ch">Le pont de Genève</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Les autorités tunisiennes ne se contentent plus de poursuivre des journalistes à titre individuel. Elles s&rsquo;attaquent désormais aux structures mêmes qui rendent le journalisme indépendant possible — gels bancaires, audits administratifs, procédures de dissolution. Le Comité pour la protection des journalistes (<a href="https://cpj.org/2026/05/beyond-decree-54-tunisias-latest-measures-to-silence-the-press/?fbclid=IwZnRzaAR__XlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAo2NjI4NTY4Mzc5AAEexajUgB5StPcvVm-ksp9AIL6wgbXdECr-0KzuzQNXgCPXd8NO47mdx_iOp7M_aem_l1CBXVvhP1kwQghtB5Rc9g" type="link" id="https://cpj.org/2026/05/beyond-decree-54-tunisias-latest-measures-to-silence-the-press/?fbclid=IwZnRzaAR__XlleHRuA2FlbQIxMQBzcnRjBmFwcF9pZAo2NjI4NTY4Mzc5AAEexajUgB5StPcvVm-ksp9AIL6wgbXdECr-0KzuzQNXgCPXd8NO47mdx_iOp7M_aem_l1CBXVvhP1kwQghtB5Rc9g">CPJ</a>) a documenté, dans un rapport publié le 12 mai 2026, une stratégie qui va bien au-delà du tristement célèbre décret-loi 54 de 2021, et qui vise à démanteler méthodiquement l&rsquo;infrastructure médiatique indépendante tunisienne.</p>



<figure class="wp-block-image size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/image-1024x683.png" alt="" class="wp-image-31128" style="aspect-ratio:1.5000633472697327;width:560px;height:auto" srcset="https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/image-1024x683.png 1024w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/image-300x200.png 300w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/image-768x512.png 768w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/image.png 1536w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption">L&rsquo;avocate et écrivaine tunisienne Sonia Dahmani s&rsquo;exprime chez elle à Tunis le 27 novembre 2025, après sa sortie de prison. (Photo : AFP/Fethi Belaid)<br></figcaption></figure>



<h3 class="wp-block-heading">Un arsenal juridique qui dépasse le seul décret 54</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant près d&rsquo;une décennie après la révolution de 2011, la Tunisie incarnait une exception dans le monde arabe : celle d&rsquo;un pays où des journalistes pouvaient enquêter, critiquer le pouvoir et informer librement, sans craindre systématiquement la prison. Ce temps semble révolu.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-committee-to-protect-journalists wp-block-embed-committee-to-protect-journalists"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="eUPuYYdAGo"><a href="https://cpj.org/2026/05/beyond-decree-54-tunisias-latest-measures-to-silence-the-press/">Beyond Decree 54: Tunisia’s latest measures to silence the press</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="“Beyond Decree 54: Tunisia’s latest measures to silence the press” — Committee to Protect Journalists" src="https://cpj.org/2026/05/beyond-decree-54-tunisias-latest-measures-to-silence-the-press/embed/#?secret=lXMZPtHBmp#?secret=eUPuYYdAGo" data-secret="eUPuYYdAGo" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le décret-loi 54, imposé par le président Kaïs Saïed en 2021 pour réprimer la diffusion de « fausses informations », demeure l&rsquo;instrument central de la répression. En mars 2026, Ghassen Ben Khelifa, rédacteur en chef du journal indépendant <em>Inhiyez</em>, a été condamné à deux ans de prison dans une affaire ouverte depuis septembre 2022, liée à une page sur les réseaux sociaux que les autorités lui attribuent. Le 13 avril, c&rsquo;est la commentatrice politique et avocate Sonia Dahmani qui a écopé de dix-huit mois d&#8217;emprisonnement — sa cinquième procédure judiciaire au moins, toutes liées à ses prises de position médiatiques. Le 7 mai, le journaliste Zied el-Heni, rédacteur en chef du site <em>Tunisian Press</em>, a été condamné à un an de prison pour avoir publié sur Facebook une critique contre la justice dans l&rsquo;affaire d&rsquo;un confrère.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="512" src="https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/image-1-1024x512.png" alt="" class="wp-image-31129" srcset="https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/image-1-1024x512.png 1024w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/image-1-300x150.png 300w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/image-1-768x384.png 768w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/image-1.png 1500w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption">Un tribunal de Tunis a condamné les journalistes radio Borhen Bsaies (à gauche) et Mourad Zghidi pour diffamation et diffusion de fausses informations. (Captures d&rsquo;écran : Carthage Plus/YouTube ; IFM/YouTube)<br></figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Ni Dahmani ni Ben Khelifa ne sont, à ce jour, incarcérés. Mais c&rsquo;est précisément cet entre-deux juridique qui constitue le piège. Leurs peines restent exécutoires à tout moment. « Les autorités tunisiennes ont transformé la liberté de Sonia en menace », confie au CPJ Ramla Dahmani, la sœur de la condamnée. « En maintenant cette sentence suspendue au-dessus d&rsquo;elle, ils nous imposent le silence : si nous parlons, elle peut être emmenée en prison le lendemain. »</p>



<h3 class="wp-block-heading">La criminalisation financière, nouvelle arme contre la presse</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà des poursuites pour discours, le CPJ documente une escalade inédite : le recours aux accusations de criminalité financière pour prolonger les détentions et radicaliser la stigmatisation des journalistes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les cas de Mourad Zghidi et Borhen Bsaies, journalistes de radio arrêtés en mai 2024 en même temps que Sonia Dahmani, en sont l&rsquo;illustration la plus saisissante. Initialement poursuivis sous le décret 54, ils avaient vu leurs peines réduites en appel. Mais au lieu d&rsquo;être libérés, ils ont fait l&rsquo;objet de nouvelles enquêtes pour blanchiment d&rsquo;argent et enrichissement illicite. En janvier 2026, un tribunal de Tunis les a condamnés à trois ans et demi de prison, assortis d&rsquo;amendes lourdes et de saisies d&rsquo;actifs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Yesmine Zghidi, fille de Mourad, décrit ces charges comme des mesures de représailles destinées à maintenir son père derrière les barreaux tout en le requalifiant en criminel de droit commun. « Nos vies se sont arrêtées le jour où notre père a été arrêté », témoigne-t-elle. « Le plus difficile, c&rsquo;est de savoir qu&rsquo;il n&rsquo;a rien fait de mal, et qu&rsquo;il est pourtant en cellule. »</p>



<h3 class="wp-block-heading">Des médias indépendants sous étranglement institutionnel</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La stratégie répressive dépasse désormais les individus pour viser les organisations elles-mêmes. L&rsquo;association Al Khatt, structure mère de la plateforme d&rsquo;investigation <em>Inkyfada</em> et acteur central de la presse indépendante tunisienne depuis plus d&rsquo;une décennie, fait face à une procédure de dissolution. Une audience sur la demande gouvernementale est prévue en juin 2026. Depuis fin 2023, Al Khatt enchaîne les restrictions bancaires répétées, les audits administratifs, les demandes de documentation et une suspension d&rsquo;un mois de ses activités en 2025.</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="544" src="https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/image-2.png" alt="" class="wp-image-31130" style="width:575px;height:auto" srcset="https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/image-2.png 1024w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/image-2-300x159.png 300w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/image-2-768x408.png 768w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption">Le journaliste tunisien Zied el-Heni a récemment été condamné à un an de prison. (Capture d&rsquo;écran : YouTube/IFM)<br></figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">« L&rsquo;obstacle le plus dévastateur a été les restrictions bancaires », explique Malek Khadhraoui, cofondateur d&rsquo;<em>Inkyfada</em>, au CPJ. « Des virements liés à nos projets ou services sont bloqués pendant des mois sans explication — personne ne nous dit pourquoi ni pour combien de temps. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le site indépendant <em>Nawaat</em> a lui aussi été suspendu pendant un mois en octobre 2025, à la suite d&rsquo;une série de contrôles fiscaux et de incidents de harcèlement. Le média <em>Tumedia</em> a vu un virement international d&rsquo;un donateur bloqué par sa banque après que les autorités ont exigé une documentation étendue sur les sources de financement du donateur lui-même. Les fonds restent gelés, sans explication claire. La rédactrice en chef du site, Khaoula Boukrim, serait par ailleurs visée par ce qui apparaît comme une campagne de discrédit coordonnée en ligne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En fin d&rsquo;avril 2026, la Ligue tunisienne des droits de l&rsquo;homme (LTDH), membre du Quartet du Dialogue National lauréat du prix Nobel de la paix en 2015, a elle aussi été suspendue pour un mois — signal supplémentaire que la pression s&rsquo;étend bien au-delà du seul secteur médiatique.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Contexte : quinze ans de liberté de la presse, un héritage fragilisé</h3>



<p class="wp-block-paragraph">La révolution du 14 janvier 2011 avait ouvert une brèche inédite dans le paysage médiatique tunisien. Dès les premières années post-Ben Ali, des titres indépendants ont émergé, des journalistes d&rsquo;investigation ont pu travailler avec une liberté relative, et la Tunisie a été fréquemment citée comme un modèle de transition démocratique dans la région.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce relatif pluralisme reposait sur un équilibre institutionnel fragile. Le décret-loi 115 de 2011, adopté après la révolution, garantissait des protections spécifiques aux journalistes et établissait un cadre de poursuites distinct du droit pénal commun. C&rsquo;est précisément ce texte que le CPJ appelle les autorités à appliquer en lieu et place du décret 54.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le tournant a coïncidé avec la consolidation du pouvoir par Kaïs Saïed. Élu en 2019, ce dernier a procédé en juillet 2021 à une suspension du Parlement, avant d&rsquo;adopter une nouvelle Constitution en 2022 et de gouverner par décrets. Le décret-loi 54, adopté dans ce contexte, criminalise vaguement la diffusion de « fausses nouvelles » et de contenus jugés portant atteinte à la sécurité nationale, laissant une marge d&rsquo;interprétation très large aux autorités.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 2026, selon le CPJ, la Tunisie illustre un glissement vers un modèle de répression à plusieurs niveaux, combinant intimidation judiciaire, criminalisation financière et asphyxie administrative — un dispositif qui vise non seulement les voix, mais les moyens de les faire entendre.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Une pression internationale insuffisante, mais pas sans effets</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Des signaux ténus suggèrent que la mobilisation internationale peut peser. En 2025, le CPJ a facilité l&rsquo;audition de Ramla Dahmani devant le Parlement européen. Le même jour où l&rsquo;assemblée a adopté une résolution exprimant sa préoccupation pour l&#8217;emprisonnement de Sonia Dahmani et la situation générale de la presse en Tunisie, cette dernière a été libérée. Carlos Martínez de la Serna, directeur des programmes du CPJ, a souligné que Bruxelles dispose d&rsquo;une réelle capacité d&rsquo;influence sur Tunis.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;organisation continue de presser la Commission européenne et le Service européen pour l&rsquo;action extérieure d&rsquo;exiger la libération de Mourad Zghidi et Borhen Bsaies, et appelle les autorités tunisiennes à abandonner l&rsquo;usage du décret 54 contre les journalistes, à protéger les organisations de presse indépendantes et à mettre fin aux tentatives de dissolution de leurs associations. Le gouvernement tunisien n&rsquo;a pas répondu aux demandes de commentaires du CPJ.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La question qui se pose désormais est moins celle de savoir si la Tunisie a rompu avec son héritage post-révolutionnaire — les faits semblent l&rsquo;attester — que celle de savoir si les partenaires internationaux du pays, et en premier lieu l&rsquo;Union européenne, sont prêts à subordonner leurs intérêts économiques et migratoires à des exigences fermes en matière de libertés fondamentales.</p>
<p>L’article <a href="https://lepontdegeneve.ch/liberte-presse-tunisie-decret-54-repression/">Liberté de la presse en Tunisie : au-delà du décret 54, une répression qui s&rsquo;élargit</a> est apparu en premier sur <a href="https://lepontdegeneve.ch">Le pont de Genève</a>.</p>
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		<title>Tunisie : un peuple qui attend la page d&#8217;après</title>
		<link>https://lepontdegeneve.ch/tunisie-crise-politique-sociale-liberations-manifestations-2026/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le Pont de Genève]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 18 May 2026 10:23:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[La Une]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Ezzahra]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ce dimanche 17 mai 2026, Mohamed Rayen Hamzaoui a retrouvé sa ville. L&#8217;ancien maire d&#8217;Ezzahra, banlieue sud de Tunis, est sorti de prison après plus de trois ans de détention dans le cadre de l&#8217;affaire dite de « complot contre la sûreté de l&#8217;État 2 » Un dossier tentaculaire qui a englouti des dizaines de figures politiques [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Ce dimanche 17 mai 2026, Mohamed Rayen Hamzaoui a retrouvé sa ville. L&rsquo;ancien maire d&rsquo;Ezzahra, banlieue sud de Tunis, est sorti de prison après plus de trois ans de détention dans le cadre de l&rsquo;affaire dite de « complot contre la sûreté de l&rsquo;État 2 » </p>



<p class="wp-block-paragraph"> Un dossier tentaculaire qui a englouti des dizaines de figures politiques tunisiennes depuis 2023. Sa libération, annoncée par son avocat Soufiane Jeribi sur les réseaux sociaux, a déclenché un accueil populaire spontané dans les rues d&rsquo;Ezzahra : scènes d&#8217;embrassades, visages en larmes, foule serrée autour d&rsquo;un homme que ses concitoyens ont choisi de recevoir non comme un condamné qui sort de prison, mais comme quelqu&rsquo;un qui en revient injustement. Dans une Tunisie où les manifestations contre la cherté de la vie se multiplient et où les associations indépendantes tombent les unes après les autres sous le coup de suspensions administratives, cet accueil dit quelque chose — sur l&rsquo;état du pays, sur le rapport des Tunisiens à leur pouvoir, et sur ce qui se joue silencieusement dans les marges du système.</p>



<figure class="wp-block-image size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="697" src="https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/Tunisie_Manifestation_Protestation-1024x697.jpg" alt="" class="wp-image-31101" style="aspect-ratio:1.4694384114179335;width:669px;height:auto" srcset="https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/Tunisie_Manifestation_Protestation-1024x697.jpg 1024w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/Tunisie_Manifestation_Protestation-300x204.jpg 300w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/Tunisie_Manifestation_Protestation-768x523.jpg 768w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/Tunisie_Manifestation_Protestation-1536x1045.jpg 1536w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/Tunisie_Manifestation_Protestation.jpg 1584w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="wp-block-heading">Ezzahra, dimanche soir : quand une ville parle à la place des urnes</h3>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Il y a des images qui valent des sondages. Celle de Mohamed Rayen Hamzaoui entouré par les habitants d&rsquo;Ezzahra à sa sortie de prison en est une. L&rsquo;ancien maire n&rsquo;est pas une figure nationale au sens médiatique du terme. Il n&rsquo;est pas président de parti, ni figure emblématique de l&rsquo;opposition. C&rsquo;est un élu local, un homme de terrain, connu dans sa ville pour son mandat municipal. C&rsquo;est précisément pour cela que l&rsquo;accueil qui lui a été réservé est significatif.<br>La justice tunisienne l&rsquo;avait condamné à douze ans de prison en première instance. En appel, cette peine a été ramenée à trois ans — durée qu&rsquo;il a intégralement purgée. Il reste soumis à deux ans de surveillance administrative. Son avocat, Soufiane Jeribi, président du comité de défense, a salué sa libération en évoquant « une lourde page de souffrance » qui se tourne, rendant hommage à l&rsquo;ensemble du collectif de défense qui l&rsquo;a accompagné tout au long de la procédure.</p>



<figure class="wp-block-video"><video height="944" style="aspect-ratio: 480 / 944;" width="480" controls src="https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/Rayen-Hamzaoui-Ezzahra.mp4"></video><figcaption class="wp-element-caption">Accueil de Ryan Hamziaoui, ancien maire de la ville de Zahra, à sa sortie de prison</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><br>L&rsquo;affaire dans laquelle il était poursuivi — le « complot 2 » — est l&rsquo;un des dossiers les plus contestés de la période post-2021. Instruit par la chambre spécialisée dans les affaires de terrorisme près la Cour d&rsquo;appel de Tunis, il portait sur des soupçons de complot contre la sûreté intérieure de l&rsquo;État, d&rsquo;incitation à la violence et d&rsquo;actes préparatoires visant à modifier la forme de l&rsquo;État. Les peines prononcées dans ce dossier sont parmi les plus lourdes de la période : Rached Ghannouchi y a été condamné à vingt ans de prison. Nadia Akacha et Lotfi Zitoun, en fuite à l&rsquo;étranger, ont été condamnés par contumace à trente-cinq ans chacun. L&rsquo;ancien chef du gouvernement Youssef Chahed, également cité, a formé un pourvoi en cassation — aucune condamnation définitive n&rsquo;a donc été prononcée à son encontre sur le fond.<br>Hamzaoui, lui, a purgé sa peine. Et la ville l&rsquo;a accueilli comme on accueille quelqu&rsquo;un dont on conteste la condamnation — non comme un criminel qui a payé sa dette envers la société, mais comme un homme que la société estime avoir été victime d&rsquo;une injustice.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Une rue qui parle, des associations qu&rsquo;on réduit au silence</h3>



<figure class="wp-block-image size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="684" src="https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/Manifestation-1024x684.jpg" alt="" class="wp-image-31104" style="aspect-ratio:1.498165253701126;width:714px;height:auto" srcset="https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/Manifestation-1024x684.jpg 1024w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/Manifestation-300x200.jpg 300w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/Manifestation-768x513.jpg 768w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/Manifestation-1536x1025.jpg 1536w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/Manifestation.jpg 1615w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><br>La libération d&rsquo;Hamzaoui survient dans une semaine particulièrement dense sur le plan politique et social. Des manifestations contre la hausse du coût de la vie ont eu lieu dans plusieurs villes tunisiennes. D&rsquo;autres rassemblements ont réclamé le respect des libertés publiques et un retour à des pratiques démocratiques. Des militants ont été interpellés avenue Bourguiba à Tunis pour avoir simplement distribué des tracts appelant à marcher.<br>Dans le même temps, les décisions de suspension administrative contre des organisations de la société civile continuent de s&rsquo;accumuler. La Ligue tunisienne des droits de l&rsquo;homme, fondée en 1977 et doyenne des organisations de défense des droits humains dans le monde arabe, a vu ses activités suspendues pour un mois. L&rsquo;organisation Avocats sans frontières a reçu une notification similaire. L&rsquo;Organisation tunisienne des jeunes médecins a été gelée trente jours — à la veille d&rsquo;une conférence de presse qu&rsquo;elle s&rsquo;apprêtait à tenir. Le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux et l&rsquo;association Al-Khat subissent des pressions multiformes.<br>Cette coïncidence — une rue qui s&rsquo;exprime malgré les risques, des organisations qu&rsquo;on empêche de s&rsquo;exprimer par voie administrative — dessine un portrait en creux de l&rsquo;espace public tunisien en 2026 : des canaux officiels de la société civile obstrués, et une parole citoyenne qui cherche d&rsquo;autres chemins pour se faire entendre.<br>Pendant ce temps, le président Kaïs Saïed multiplie les visites dans des quartiers populaires — Tunis, ses banlieues, ses périphéries — dans un registre de proximité qui tranche avec la sévérité de la gestion politique. Ces déplacements, largement couverts par les médias proches du pouvoir, ont pour fonction de maintenir un lien visible avec une base populaire dont la fidélité est un enjeu central pour le régime. Mais ils interviennent dans un contexte économique et social qui ne s&rsquo;améliore pas : inflation persistante, chômage des jeunes à des niveaux structurellement élevés, émigration de compétences — médecins, ingénieurs, juristes — qui s&rsquo;accélère, et un accord avec le Fonds monétaire international qui peine à se concrétiser faute de réformes structurelles suffisantes.</p>



<h3 class="wp-block-heading">La Tunisie de 2026 : anatomie d&rsquo;une crise qui s&rsquo;installe</h3>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Pour comprendre ce que vivent les Tunisiens en ce printemps 2026, il faut revenir sur la trajectoire des cinq dernières années et mesurer l&rsquo;écart entre les promesses de 2021 et la réalité d&rsquo;aujourd&rsquo;hui.</p>



<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="980" height="629" src="https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/kais-Saied.jpg" alt="" class="wp-image-31105" style="aspect-ratio:1.558099749967101;width:658px;height:auto" srcset="https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/kais-Saied.jpg 980w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/kais-Saied-300x193.jpg 300w, https://lepontdegeneve.ch/wp-content/uploads/2026/05/kais-Saied-768x493.jpg 768w" sizes="auto, (max-width: 980px) 100vw, 980px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Lorsque Kaïs Saïed a suspendu le Parlement le 25 juillet 2021 et s&rsquo;est arrogé les pleins pouvoirs, une partie de la population tunisienne a accueilli cette rupture avec un mélange de soulagement et d&rsquo;espoir. Le système parlementaire issu de 2011 était paralysé par des luttes partisanes incessantes, l&rsquo;économie stagnait, la corruption demeurait endémique. Le discours présidentiel — rupture avec les élites, retour au peuple, nouveau contrat social — avait une résonance réelle dans une société épuisée par une décennie de transition difficile.<br>Cinq ans après, le bilan que dressent les observateurs est sévère sur plusieurs plans. La nouvelle Constitution de 2022 a concentré le pouvoir de manière inédite dans les mains du président, affaiblissant les contre-pouvoirs sans les remplacer par des mécanismes alternatifs de gouvernance efficaces. L&rsquo;Assemblée des représentants du peuple, reconstituée sous un format différent, dispose d&rsquo;une influence réelle limitée. Les instances indépendantes créées après 2011 — Instance Vérité et Dignité, Instance nationale de lutte contre la corruption, Haute Autorité Indépendante de la Communication Audiovisuelle — ont été soit dissoutes, soit marginalisées, soit vides de leur substance.<br>Sur le plan économique, la situation reste préoccupante. Le taux de chômage des jeunes dépasse structurellement les 35 % selon les estimations disponibles. L&rsquo;inflation a pesé lourdement sur le pouvoir d&rsquo;achat des ménages les plus modestes. Les pénuries de produits de base — sucre, farine, huile subventionnée — ont scandé l&rsquo;actualité de ces dernières années, créant des tensions dans les quartiers populaires que les visites présidentielles ne résolvent pas. La dette publique reste à des niveaux élevés, et les négociations avec le FMI buttent sur des réformes — notamment la réduction des subventions et la restructuration des entreprises publiques déficitaires — que le gouvernement tarde à engager, conscient de leur coût social et politique.<br>C&rsquo;est dans ce contexte de frustration économique persistante que les manifestations contre la vie chère trouvent leur terreau. Elles ne sont pas nouvelles en Tunisie — le mouvement Fech Nestannew de 2018 avait déjà exprimé ce ras-le-bol — mais elles surviennent aujourd&rsquo;hui dans un espace public plus contraint, où les libertés d&rsquo;expression et de manifestation sont plus précaires qu&rsquo;elles ne l&rsquo;étaient entre 2011 et 2021.<br>Sur le plan politique, l&rsquo;opposition tunisienne est dans une situation difficile. Une partie de ses figures les plus connues sont emprisonnées ou contraintes à l&rsquo;exil. Rached Ghannouchi, Chaïma Issa, Jaouhar Ben Mbarek, Chawki Tabib, Sihem Ben Sedrine — des noms qui couvrent des sensibilités politiques très différentes, mais qui se retrouvent tous, d&rsquo;une manière ou d&rsquo;une autre, dans le viseur d&rsquo;une justice dont l&rsquo;indépendance est questionnée. Des figures de l&rsquo;opposition en exil — à Paris, à Bruxelles, à Londres — tentent de maintenir une présence internationale et de peser sur le débat depuis l&rsquo;étranger, avec des résultats inégaux et une capacité de mobilisation intérieure limitée.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Ce que dit l&rsquo;accueil d&rsquo;Ezzahra</h3>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Revenir à Ezzahra, à ces images d&rsquo;un ancien maire accueilli en héros par ses concitoyens, c&rsquo;est lire dans ce rassemblement spontané quelque chose que les sondages ne mesurent pas toujours bien : l&rsquo;état du lien de confiance entre les Tunisiens et leurs institutions.<br>Quand une communauté choisit d&rsquo;accueillir un condamné non comme un fautif mais comme une victime, elle dit quelque chose sur la légitimité qu&rsquo;elle accorde à la condamnation. Quand des manifestants descendent dans la rue malgré les arrestations préventives. Quand des avocats nouent un brassard rouge dans les prétoires. Quand des jeunes médecins voient leur conférence de presse annulée par notification administrative — tous ces gestes, pris séparément, sont des signaux faibles. Ensemble, ils forment un tableau.<br>Ce tableau n&rsquo;est pas celui d&rsquo;un pays au bord de l&rsquo;explosion. La Tunisie ne vit pas une crise aiguë au sens d&rsquo;un mouvement de masse organisé et porteur d&rsquo;un projet alternatif clair. Ce qu&rsquo;elle vit est peut-être plus insidieux : une érosion lente, faite de résignations accumulées, de départs vers l&rsquo;étranger, de retraits du jeu politique, et d&rsquo;une méfiance croissante envers des institutions qui peinent à démontrer leur impartialité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans les semaines qui viennent, plusieurs échéances se profilent. Les grèves du barreau tunisien sont programmées jusqu&rsquo;au 18 juin. Les audiences dans les procès de figures de l&rsquo;opposition se poursuivent. Les organisations suspendues attendent la levée de leurs gels. Et quelque part dans cette ville de plusieurs millions d&rsquo;habitants qu&rsquo;est le Grand Tunis, des citoyens ordinaires continuent de faire leurs courses en comptant, d&rsquo;envoyer des CV à l&rsquo;étranger, et de regarder les nouvelles avec un mélange de lassitude et d&rsquo;attention. Ce que la Tunisie choisira de faire de cette tension diffuse — la résoudre par le dialogue ou la comprimer davantage — définira largement ce que sera le pays dans les années à venir.</p>
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