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Tunisie : Saadia Mosbah, symbole d’un combat antiraciste piétiné par l’État
CHAPEAU
Tunis, 7 août 2025 — Malgré un an d’enquête sans preuves tangibles, la justice tunisienne vient de rouvrir le dossier visant Saadia Mosbah, figure historique de la lutte contre le racisme. Accusée de « blanchiment d’argent » et de « trahison » pour son soutien aux migrants subsahariens, son cas incarne la répression systématique des voix dissidentes sous le régime de Kaïs Saïed.
Le Piège Judiciaire
Dimanche 6 août, la cour d’appel de Tunis a invalidé la clôture partielle de l’enquête contre l’association Mnemty (« Mon rêve »), présidée par Saadia Mosbah. Sept militants, dont Mosbah, détenue depuis mai 2024, font face à de nouvelles accusations — « financement étranger » et « association de malfaiteurs » — pour un seul motif : leur aide humanitaire aux migrants.
Pourtant, un rapport d’expertise financière remis en mars 2025 les avait partiellement disculpés. « Aucune preuve de malversation n’a été trouvée », confie Zied Rouine, coordinateur de Mnemty, joint par nos soins. « Mais nos comptes sont gelés, nos activités paralysées. On criminalise notre combat ».
Saadia Mosbah : Parcours d’une Résistante
Un engagement né de l’humiliation
Née à Bab Souika, un quartier populaire de Tunis, Saadia Mosbah, 62 ans, a d’abord été hôtesse de l’air chez Tunisair. C’est là qu’elle subit ses premières agressions racistes : en 1983, un chef de cabine l’enferme à l’arrivée du PDG, « pour ne pas gêner ». En 2013, un pompiste refuse de la servir en la traitant d’« esclave ».
Mnemty, l’arme légale contre l’apartheid tunisien
Après deux tentatives avortées sous la dictature de Ben Ali — « Il n’y a pas de racisme ici ! » lui rétorque-t-on —, elle fonde enfin Mnemty en 2015. Son combat aboutit en 2018 à une loi pionnière dans le monde arabe : la loi n°50 criminalisant la discrimination raciale, prévoyant jusqu’à 3 ans de prison pour incitation à la haine.
« *80% des Tunisiens reconnaissent l’existence du racisme anti-Noirs, mais l’État le nie encore* », rappelle Ramadan Ben Omar, du Forum tunisien des droits économiques et sociaux7.
La Machine Répressive
Du discours présidentiel aux arrestations
Le 5 mai 2024, le président Kaïs Saïed tonne lors d’un Conseil de sécurité : « Les ONG défendant les migrants sont des traîtres à la solde de l’étranger ». En 48 heures, Saadia Mosbah est arrêtée. Sa maison et le siège de Mnemty sont perquisitionnés.
Tactiques de délégitimation
- Campagnes de haine en ligne : Des comptes affiliés au pouvoir accusent Mosbah de « recevoir 2 000$ par migrant clandestin ».
- Instrumentalisation d’un prix international : Sa photo avec Antony Blinken, qui lui remet le Prix des champions de la lutte antiraciste en 2023, est brandie comme une « preuve de collusion ».
Silencing stratégique
D’autres activistes sont ciblés :
- Sonia Dahmani, avocate, arrêtée pour avoir dénoncé le racisme d’État à la radio.
- Abdallah Said, président de l’association Enfants de la Lune, inculpé pour « aide aux migrants ».
L’Horizon Sombre de la Tunisie
Des migrants abandonnés dans le désert
Sous pression de l’UE (qui finance la « gestion » des flux migratoires), la Tunisie pratique des déportations illégales vers des zones désertiques, où des centaines de Subsahariens meurent de soif.
Une société fracturée
« Après le discours de Saïed, on m’a viré de mon travail. En rue, on me crache dessus », témoigne Mohamed Hamed, réfugié soudanais7. Les étudiants subsahariens se barricadent chez eux : « Mon ami a été battu à coups de bâton », confie François Famba, étudiant congolais.
Conclusion : L’Étreinte de l’Autoritarisme
L’affaire Mosbah n’est pas qu’un procès. C’est le test de résistance d’une société civile déjà laminée par la suspension du Parlement en 2021 et la répression des journalistes. Alors que l’État invoque la « souveraineté nationale », les associations rappellent l’évidence :
« La loi antiraciste de 2018, c’est son combat. Aujourd’hui, on l’emprisonne pour l’appliquer »
— Zied Rouine, Mnemty5.
Dernier développement : Une pétition internationale exige la libération de Mosbah, tandis que le collectif Chkoun (Qui ?) organise des veilles devant les prisons tunisiennes. Le prix à payer pour défendre les droits humains n’a jamais été aussi élevé.
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