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Chaima Issa : la société civile réclame la libération de l’opposante tunisienne toujours détenue

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Chaima Issa, écrivaine, et figure du Front de salut national, reste incarcérée en Tunisie plus de sept mois après son arrestation, le 29 novembre 2025 à Tunis, en marge d’une manifestation dénonçant la répression des voix dissidentes, deux jours après que la cour d’appel eut porté sa peine à vingt ans de prison dans l’affaire dite du « complot contre la sûreté de l’État ». Depuis, des organisations de défense des droits humains, des collectifs de familles de détenus et une partie de la société civile tunisienne multiplient les appels pour obtenir sa libération, dénonçant une procédure jugée à motivation politique.

Une mobilisation qui s’organise depuis plusieurs mois

Dès les jours suivant l’arrestation de Chaima Issa, plusieurs organisations internationales ont fait entendre leur voix. La Fédération internationale pour les droits humains et l’Organisation mondiale contre la torture ont conjointement exigé, à la mi-décembre 2025, sa libération immédiate ainsi que celle de l’avocat Ayachi Hammami, également interpellé dans le cadre de la même affaire. Les deux organisations estiment que ces arrestations violent les engagements internationaux souscrits par la Tunisie, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

Human Rights Watch a de son côté qualifié le procès à l’origine des condamnations de simulacre judiciaire et a appelé les autorités à annuler les peines prononcées contre les 34 personnes jugées dans ce dossier, parmi lesquelles figurent également l’ancien ministre Ahmed Nejib Chebbi et plusieurs autres personnalités de l’opposition. Amnesty International, qui avait déjà mené campagne pour Chaima Issa lors de sa première détention en 2023, continue de relayer des appels à sa libération.

La mobilisation a pris une forme plus structurée à la mi-janvier 2026, lorsque des proches de plusieurs prisonniers considérés comme politiques, issus de sensibilités différentes, ont annoncé la création d’un collectif destiné à coordonner leurs démarches. Lors de la conférence de presse de lancement, la juriste Sana Ben Achour a insisté sur la nécessité d’unir les efforts « afin que l’on ne soit pas chacun de notre côté », tandis que Haïfa Chebbi, fille d’Ahmed Nejib Chebbi, a affirmé la détermination du collectif à poursuivre son action jusqu’à la libération de l’ensemble des détenus concernés.

Des enjeux qui dépassent un seul dossier

L’appel à la libération de Chaima Issa s’inscrit dans une mobilisation plus large en faveur de plusieurs personnalités considérées par les organisations de défense des droits humains comme des prisonniers ou prisonnières d’opinion. Le cas de la militante antiraciste Saadia Mosbah, présidente de l’association M’nemty, détenue depuis près de deux ans et dont l’état de santé inquiète ses avocats, a également été porté devant la justice en mars 2026, ses soutiens dénonçant un dossier vide et une criminalisation du militantisme associatif.

Ces différentes affaires alimentent un même argumentaire : celui d’un usage du système judiciaire, notamment du décret-loi 54 relatif à la lutte contre la désinformation, pour neutraliser des voix critiques issues de courants politiques variés. Les défenseurs de Chaima Issa soulignent par ailleurs les conditions de son arrestation, jugées violentes par sa famille, ainsi que la rapidité de la procédure d’appel, bouclée en trois audiences.

Une répression documentée depuis le tournant de 2021

L’affaire s’inscrit dans une trajectoire politique amorcée le 25 juillet 2021, lorsque le président Kaïs Saïed a suspendu le Parlement et engagé une refonte des institutions concrétisée par une nouvelle Constitution. Depuis, plusieurs organisations tunisiennes et internationales font état d’un recul des droits et libertés, marqué par la multiplication des poursuites pour « complot contre la sûreté de l’État » ou en vertu du décret-loi 54.

Chaima Issa avait déjà connu une première détention de plus de quatre mois en 2023, avant d’être libérée sous contrôle judiciaire. Considérée par plusieurs observateurs comme l’une des premières prisonnières politiques du régime issu du coup de force présidentiel, elle est devenue au fil des années une figure centrale de cette mobilisation, à laquelle se sont associées des organisations féminines dénonçant la situation spécifique des femmes détenues pour des motifs liés à leur engagement.

Alors que le collectif de familles de détenus annonce vouloir « tenir bon jusqu’à ce que le dernier prisonnier politique sorte de prison », la question reste ouverte de savoir si cette mobilisation, combinée à la pression des organisations internationales, parviendra à peser sur l’issue du dossier de Chaima Issa et de ceux qui partagent son sort.

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