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Menaces de mort contre Hamma Hammami : « laissez-moi le tuer », l’appel à l’exécution qui glace la Tunisie

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Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux depuis quelques jours et dans laquelle un homme réclame ouvertement l’exécution de l’opposant de gauche Hamma Hammami a provoqué une vague de réactions en Tunisie comme à l’étranger. Le secrétaire général du Parti des travailleurs, figure historique de la contestation contre les régimes de Bourguiba, Ben Ali puis Kaïs Saïed, a annoncé avoir porté plainte après la publication de cette séquence de plus de trois minutes, qui vise également d’autres personnalités politiques et juridiques tunisiennes. L’affaire a rapidement dépassé le cadre national lorsque le responsable politique français Jean-Luc Mélenchon a publiquement pris la défense de celui qu’il a qualifié de camarade, exigeant sa protection et la sanction de ses auteurs. Survenue à la mi-juillet, cette controverse relance en Tunisie le débat, récurrent depuis plusieurs années, sur l’impunité entourant les discours de haine visant les voix critiques du pouvoir.

Une vidéo qui cible plusieurs figures de l’opposition

C’est une séquence à visage découvert, longue de plus de trois minutes, qui circule depuis plusieurs jours sur les réseaux sociaux tunisiens. Un homme s’y adresse nommément à plusieurs personnalités, parmi lesquelles Hamma Hammami, mais aussi les avocats Samir Dilou, Mohamed Abbou et Ezzeddine Hazgui, ainsi que Rached Ghannouchi, figure historique du parti Ennahdha. Le vocabulaire employé ne laisse guère de place à l’ambiguïté : l’auteur de la vidéo réclame à plusieurs reprises l’exécution de Hamma Hammami et affirme être personnellement disposé à passer à l’acte. Il imagine même un scénario dans lequel les personnes citées seraient réunies de force, et appelle les autorités à empêcher certaines d’entre elles de quitter le territoire tunisien.

Pour justifier cette diatribe, l’homme attribue à Hamma Hammami des propos annonçant une mobilisation à partir du 25 juillet, date qui renvoie au processus politique engagé par le président Kaïs Saïed depuis 2021. L’authenticité de cette déclaration n’a toutefois pu être établie, et plusieurs médias tunisiens ont souligné le caractère contesté de cette attribution. Face à la gravité des propos tenus, Hamma Hammami a choisi de saisir la justice. Plusieurs rédactions, dont celle de Business News, ont fait le choix de ne pas relayer la vidéo dans son intégralité, se limitant à en rapporter la teneur à des fins d’information.

La réaction de Jean-Luc Mélenchon, écho international à une menace locale

C’est dans ce contexte que Jean-Luc Mélenchon, figure de la gauche française et fondateur de La France insoumise, a pris publiquement position. Le responsable politique a fait part de son inquiétude concernant la sécurité de Hamma Hammami, le désignant comme un camarade et un militant engagé de longue date pour les libertés démocratiques. Il a appelé à ce que sa protection soit assurée et à ce que les auteurs de ces menaces soient poursuivis, tout en prenant soin de dissocier cette violence de l’image qu’il se fait de la Tunisie, pays qu’il a qualifié d’ami.

Cette prise de position illustre les liens anciens qui existent entre certains courants de la gauche française et le Parti des travailleurs tunisien, dont Hamma Hammami est l’une des figures les plus reconnues à l’international. Elle traduit également la manière dont une affaire circonscrite au départ aux réseaux sociaux tunisiens peut rapidement acquérir une résonance diplomatique et médiatique au-delà des frontières du pays, à la faveur de la notoriété de la personnalité menacée et de ses réseaux de solidarité politique.

Un climat de menaces qui touche l’ensemble des voix critiques

Au-delà du cas de Hamma Hammami, cette affaire relance une interrogation plus large sur la sécurité des opposants, des militants des droits humains, des avocats et des journalistes en Tunisie. Ces dernières années, plusieurs figures critiques du pouvoir en place ont fait état de campagnes de harcèlement en ligne, parfois assorties de menaces explicites, sans que les auteurs ne soient systématiquement identifiés ou sanctionnés. La multiplication de contenus violents diffusés à visage découvert, sur des plateformes largement accessibles, interroge la capacité des autorités tunisiennes à encadrer ce type de discours, alors même que des publications d’opinion, dépourvues de tout appel à la violence, peuvent dans d’autres cas donner lieu à des poursuites judiciaires. Ce contraste nourrit, chez plusieurs organisations de défense des droits humains, le sentiment d’un traitement à géométrie variable des contenus en ligne, selon qu’ils émanent de soutiens ou de critiques du pouvoir.

Hamma Hammami, une trajectoire marquée par la répression

Cette nouvelle affaire s’inscrit dans un long parcours de militantisme et de confrontation avec le pouvoir pour Hamma Hammami. Ancien porte-parole du Parti communiste des ouvriers de Tunisie, longtemps clandestin sous le régime de Ben Ali, il a été à plusieurs reprises arrêté, emprisonné et, selon plusieurs témoignages documentés à l’époque, soumis à des mauvais traitements en détention. Devenu secrétaire général du Parti des travailleurs après la révolution de 2011, il s’est imposé comme l’une des voix les plus constantes de la gauche tunisienne, y compris après la mise en place, en 2021, du nouveau cadre institutionnel porté par le président Kaïs Saïed, qu’il a critiqué à plusieurs reprises.

Ce n’est pas la première fois que Hamma Hammami fait l’objet de menaces. Il avait déjà été visé par des alertes similaires par le passé, ce qui lui avait valu, à certaines périodes, un dispositif de protection rapprochée avant que celui-ci ne soit allégé. Ce nouvel épisode s’ajoute donc à un climat plus général de tension politique en Tunisie, où les lignes de fracture entre soutiens et opposants au processus engagé depuis 2021 restent vives, et où la question de la liberté d’expression, dans un sens comme dans l’autre, continue de structurer une bonne partie du débat public.

À ce stade, l’enquête judiciaire ouverte à la suite de la plainte de Hamma Hammami doit encore déterminer l’identité de l’auteur de la vidéo et les suites qui pourront être données à cette affaire. Reste à savoir si cette mobilisation, tunisienne et internationale, suffira à faire évoluer la manière dont les plateformes et les autorités tunisiennes traitent ce type de contenus, et si elle marquera un tournant dans la protection des voix critiques du pouvoir en Tunisie.

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