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Condamnation Haythem El Mekki : un an de prison confirmé en appel à Sfax
Le journaliste et chroniqueur tunisien Haythem El Mekki a été condamné à un an de prison ferme par la cour d’appel de Sfax, dans le sud-est de la Tunisie. La décision, rendue le 15 juillet, sanctionne une publication postée par le journaliste sur les réseaux sociaux, dans laquelle il dénonçait la situation de l’hôpital Habib Bourguiba de Sfax. Le tribunal de première instance avait pourtant prononcé un non-lieu dans cette affaire, avant que la cour d’appel ne requalifie les faits sur la base de l’article 86 du code des télécommunications, un texte fréquemment utilisé ces dernières années contre des voix critiques en Tunisie. Le jugement, non susceptible de sursis, ne peut désormais être contesté que devant la Cour de cassation.
Une requalification qui change la donne judiciaire
L’affaire remonte à une publication de Haythem El Mekki sur les réseaux sociaux, dans laquelle il évoquait un dépassement de la capacité d’accueil de la morgue de l’hôpital Habib Bourguiba de Sfax, ainsi que la présence de corps de migrants irréguliers dans les couloirs de l’établissement. Cette publication avait valu au journaliste une plainte de la part de l’hôpital concerné.
Dans un premier temps, l’affaire avait été instruite sur la base du décret-loi n°54, un texte controversé relatif à la lutte contre la désinformation et la cybercriminalité, adopté en 2022. Le tribunal de première instance avait statué en faveur du journaliste, prononçant un non-lieu. La cour d’appel de Sfax a toutefois choisi une autre voie : elle a requalifié les faits sous l’angle de l’article 86 du code des télécommunications, qui réprime le fait de porter atteinte à autrui par le biais des réseaux de communication publics, et a condamné Haythem El Mekki à un an de prison ferme. Le journaliste a confirmé l’information sur sa page Facebook, indiquant avoir pris connaissance du jugement et des réactions qu’il a suscitées.
Un cadre juridique de plus en plus utilisé contre les journalistes
Cette condamnation s’ajoute à une série de procédures judiciaires visant Haythem El Mekki ces dernières années. Le journaliste avait déjà été poursuivi à trois reprises pour des faits liés à des déclarations ou publications journalistiques : une première fois en mai 2023, une deuxième fois en janvier 2024 dans le cadre de la même affaire de Sfax, puis une troisième fois en mars 2025. Ces procédures répétées illustrent la pression judiciaire à laquelle sont exposées certaines figures médiatiques critiques en Tunisie.
L’article 86 du code des télécommunications, en particulier, est régulièrement pointé du doigt par les organisations de défense de la liberté de la presse. Sa formulation large, qui sanctionne toute forme de nuisance à autrui par les réseaux de communication, est fréquemment mobilisée contre des propos tenus sur les réseaux sociaux, y compris lorsqu’ils relèvent d’un travail journalistique ou d’une critique de l’action publique. Le décret-loi 54, invoqué initialement dans cette affaire, fait l’objet de critiques similaires depuis son adoption, notamment de la part du Syndicat national des journalistes tunisiens et de plusieurs organisations internationales de défense des droits humains.
Un climat de tension persistant pour la presse tunisienne
Cette condamnation s’inscrit dans un contexte plus large de fragilisation de la liberté de la presse en Tunisie. Depuis plusieurs années, journalistes, chroniqueurs et créateurs de contenu font l’objet de poursuites judiciaires pour des publications ou des déclarations critiques envers les autorités ou des institutions publiques. Les organisations professionnelles du secteur dénoncent régulièrement un recours croissant aux textes réprimant les délits de presse par voie numérique, dans un contexte où les procédures classiques du code de la presse, plus protectrices, sont progressivement contournées au profit de textes jugés plus sévères.
Haythem El Mekki, connu pour ses chroniques à la radio Mosaïque FM et son ton souvent critique à l’égard du pouvoir, figure parmi les voix médiatiques les plus identifiées de ce climat de tension. Sa situation fait écho à d’autres affaires ayant marqué l’actualité judiciaire tunisienne récente, impliquant des journalistes ou des figures publiques condamnées pour des propos tenus sur les réseaux sociaux ou dans les médias.
Le recours à la Cour de cassation reste désormais la seule voie ouverte pour contester ce jugement. Reste à savoir si cette procédure permettra de revenir sur la qualification retenue en appel, dans un contexte où le débat sur l’équilibre entre protection de l’ordre public et liberté d’expression continue d’animer la société tunisienne.
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