La Une
Oussama Khlifi privé de passeport ? Le pouvoir tunisien face à ses engagements
Oussama Khlifi demande son passeport. L’ancien député et ancien président du bloc parlementaire de Kalb Tounes (قلب تونس) affirme qu’on lui refuse ce document. Il interpelle publiquement le président Kaïs Saïed et le ministre de l’Intérieur. Sa demande tient en une phrase : rendre à un citoyen la pièce qui lui permet de voyager. Ce n’est pas une faveur. C’est un droit.
Un droit, pas une faveur
Voyager n’est pas un privilège accordé par l’administration. Les grands textes le disent clairement. L’article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme reconnaît à chacun le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et d’y revenir. Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques reprend ce principe. La Tunisie l’a ratifié. Elle s’est donc engagée à le respecter.
Ce droit n’est pas absolu. La loi tunisienne de 1975 sur les passeports prévoit des interdictions. Mais une restriction doit reposer sur un motif précis. Elle doit passer par une procédure connue. Et le citoyen concerné doit pouvoir la contester devant un juge.
Ce que dit Oussama Khlifi
À ce jour, les faits restent à établir. L’ancien député affirme qu’on l’empêche d’obtenir son passeport. Nous n’avons pas trouvé de décision publique, ni de réponse officielle. C’est précisément le problème. Quand un citoyen ne sait pas pourquoi on lui refuse un document, le doute profite à l’arbitraire.
Oussama Khlifi connaît ce débat. En août 2021, il dénonçait déjà les interdictions de voyage prononcées sans décision judiciaire contre des hommes d’affaires, des responsables politiques et des députés. Il défend donc depuis longtemps la même idée. Aujourd’hui, il la vit lui-même.
Pourquoi le principe vaut pour tous
On peut juger sévèrement le parcours politique d’Oussama Khlifi. Ses prises de position de 2021 ont d’ailleurs divisé son propre parti. Mais la liberté de circuler ne dépend pas de la sympathie qu’on éprouve pour un citoyen. Elle protège l’opposant comme le partisan. Elle protège aussi celui qu’on n’aime pas.
Trois raisons plaident pour la garantir :
- La liberté de circuler conditionne les autres droits. Sans passeport, on ne peut ni travailler à l’étranger, ni signer un contrat, ni soigner un proche.
- L’opinion politique ne constitue pas un délit. Avoir siégé dans l’opposition ou dans une assemblée gelée n’est pas une infraction. Aucun texte n’en fait un motif de privation de passeport.
- La confiance se construit par la transparence. Une mesure motivée et contestable renforce l’État. Une mesure silencieuse l’affaiblit.
Ce que le débat exige
Rendre son passeport à un citoyen n’est pas un geste politique. C’est l’application ordinaire de la loi. Si une interdiction existe, il suffit de la notifier, de l’expliquer et de la soumettre au contrôle d’un juge. Si elle n’existe pas, le document doit être délivré.
La Tunisie se dit attachée à l’État de droit. Le cas d’Oussama Khlifi offre l’occasion de le montrer. La réponse des autorités, positive ou motivée, dira beaucoup de la place que le pays accorde aux libertés individuelles.
-
La Une1 mois agoDécès en prison en Tunisie : un homme d’affaires connu meurt malgré les appels à sa libération
-
La Une2 mois agoGrève de la faim de Chawki Tabib : l’ONU réclame sa libération immédiate
-
La Une3 semaines agoLes raisons avancées derrière le transfert d’Ayachi Hammami à Monastir
-
La Une1 mois agoUGTT, les avocats et la ligue des droits de l’Homme annoncent un front commun face à la crise du pouvoir en Tunisie
-
La Une1 mois agoTunisie : Mohamed Yousfi arrêté après Zied El Heni — un domino de plus dans la guerre contre la presse
-
La Une1 mois agoCour de cassation Tunisie : la justice tunisienne confirme de lourdes peines contre des figures de l’opposition
-
La Une2 mois agoChaleur record, État défaillant : pourquoi les Tunisiens manquent d’eau et d’électricité
-
La Une1 mois agoDécès en prison : l’Association des magistrats accuse le ministère de la Justice de se taire