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Budget de la Justice 2027 : 566 millions de dinars pour les prisons, mais pour construire quoi ?
Budget de la Justice 2027 : 566 millions de dinars pour les prisons, mais pour construire quoi ?
Le ministère de la Justice disposera de 1,112 milliard de dinars en 2027, soit 8,43 % de plus qu’en 2026. Présenté le 2 novembre devant les commissions parlementaires, ce projet attribue près de 567 millions de dinars au programme « Prisons et rééducation ». Le chiffre a vite circulé comme une enveloppe pour construire de nouvelles prisons. Le ministère a corrigé ensuite : la somme finance aussi les salaires, l’alimentation des détenus et l’entretien. Cette précision change la lecture du budget de la Justice 2027. Elle pose surtout une question : que financera vraiment cet argent ?
Budget de la Justice 2027 : ce que le chiffre ne dit pas
Le projet de budget de la mission Justice atteint 1,112 milliard de dinars. Il représente 1,61 % des dépenses publiques de l’État. Trois programmes se partagent cette enveloppe. Le programme « Prisons et rééducation » pèse 50,97 %, soit près de 567 millions. Le programme « Justice », qui regroupe les tribunaux et les services judiciaires, en reçoit 42,12 %. Le pilotage et l’appui se contentent de 6,92 %.
Ce découpage a nourri une lecture rapide : plus de la moitié du budget irait aux prisons. Or le ministère décrit autre chose. Dans une mise au point, il précise que la somme couvre toutes les dépenses du programme. Elle inclut les rémunérations, l’alimentation et la prise en charge des détenus, le fonctionnement et l’entretien. Seule une partie sert aux infrastructures pénitentiaires. Son montant n’apparaît pas dans les éléments consultés.
Des salaires qui absorbent presque tout
Les rémunérations atteignent 878,2 millions de dinars, en hausse de 7,4 %. Le ministère invoque des recrutements, des promotions et des augmentations. Les dépenses de fonctionnement progressent de 14,7 %, à 120,4 millions. Il cite le coût de l’énergie et la prise en charge des détenus.
Un simple calcul éclaire la suite. Une fois ces deux postes déduits, il reste environ 113 millions de dinars pour l’investissement et les autres dépenses. Cette marge paraît modeste face aux chantiers annoncés.
Des projets chiffrés en centaines de millions
Le ministère veut faire passer les crédits d’engagement d’investissement de 90 à 329 millions de dinars. Deux projets dominent la liste. Le premier est un nouveau siège pour la Cour de cassation, estimé à 250 millions. Le second est un nouveau tribunal de première instance de Tunis, estimé à 300 millions.
Ces deux chantiers concernent des tribunaux, pas des prisons. Ensemble, ils coûteraient 550 millions de dinars, soit plus que l’enveloppe d’engagement de 2027. Le calendrier de paiement n’est pas précisé dans les éléments consultés. D’autres projets visent le tribunal cantonal de Cité Ettadhamen, l’Institut supérieur de la profession d’avocat, la numérisation des procédures et les audiences à distance.
Justice, éducation, enseignement supérieur : des hausses inégales
Le budget de la Justice progresse de 8,43 %. C’est autant que la hausse globale des crédits de l’État, de 8,4 %, pour un total d’environ 68,9 milliards de dinars. L’Éducation reste le premier budget, avec 9,184 milliards. Sa hausse est pourtant de 5,6 %. L’Enseignement supérieur reçoit 2,484 milliards, en hausse de 4,4 %.
Ces écarts nourrissent le débat sur les priorités. Il faut toutefois nuancer. En volume, l’Éducation dispose de huit fois plus de crédits que la Justice. Elle obtient aussi le plus grand nombre de recrutements prévus : 5 855 postes sur 32 557.
Les questions que posent les critiques
La première concerne la transparence. Dans les éléments consultés, aucun chiffre ne précise le nombre de nouvelles places de détention, ni les sites concernés, ni leur coût. Le ministère n’a pas publié non plus la part exacte des crédits consacrée aux infrastructures pénitentiaires.
La deuxième touche aux tribunaux. Lors de l’examen du budget, plusieurs députés ont évoqué le manque de personnel, l’état des infrastructures et la longueur des procédures. Ils ont aussi réclamé une meilleure couverture judiciaire des régions. Le programme « Justice » reçoit environ 468 millions de dinars, selon son pourcentage. Cette somme sert d’abord à payer le personnel.
La troisième porte sur la politique pénale. Des députés ont plaidé pour davantage de peines alternatives à l’emprisonnement. Le ministère a lui-même parlé d’une politique destinée à réduire le nombre de détenus. Aucune ligne budgétaire dédiée n’a toutefois été citée dans les éléments consultés.
Le ministère défend, de son côté, un budget en hausse et un effort d’investissement multiplié par plus de trois. Il met en avant la numérisation, censée réduire les délais de traitement. Il reconnaît aussi que la modernisation exige des moyens importants et des réformes législatives de fond.
Le contexte : un budget de l’État sous tension
Le projet de budget 2027 prévoit environ 68,9 milliards de dinars de crédits, en hausse de 8,4 %. Il prévoit aussi 32 557 recrutements dans la fonction publique, avec une priorité aux diplômés du supérieur et aux catégories à revenus limités. Les ministères de l’Éducation, de la Santé et de la Défense nationale en reçoivent la plus grande part.
Dans ce cadre, chaque ligne fait l’objet d’un arbitrage. Les débats parlementaires de la fin d’octobre et de début novembre portent sur ces choix. Le budget de la Justice y occupe une place particulière, car il touche à la fois à la qualité des tribunaux, aux conditions de détention et à la politique pénale.
Une lecture encore à préciser
Combien de ces 567 millions iront réellement à des cellules, des pavillons de soins ou des espaces de réinsertion ? Le ministère n’a pas encore publié ce détail. Les députés doivent voter le projet de loi de finances dans les semaines à venir. Cette ventilation dira si la hausse annoncée change le quotidien des tribunaux et des prisons, ou si elle sert surtout à financer des salaires.
Sources : projet de loi de finances 2027, séance conjointe des commissions parlementaires du 2 novembre 2026, mise au point du ministère de la Justice, rapport sur le projet de budget de l’État 2027.
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