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Sihem Ben Sedrine, ex-présidente de l’IVD : juger la vérité, c’est condamner la justice
Le lundi 21 septembre 2026, l’ancienne présidente de l’Instance Vérité et Dignité (IVD) comparaît de nouveau devant la chambre criminelle spécialisée dans les affaires de corruption financière du tribunal de Tunis. Pour ses soutiens, cette audience n’est pas un dossier de plus, mais une étape supplémentaire dans un acharnement judiciaire qui vise autant la femme que le mécanisme de vérité qu’elle a dirigé.
Vingt-cinq ans de prison à 75 ans
Le 26 juin 2026, la même chambre l’a condamnée à 25 ans de prison au total : cinq ans dans le dossier de l’accord avec Slim Chiboub, cinq ans dans celui de la Banque franco-tunisienne et quinze ans pour faux et usage de faux. Une amende de 1,776 milliard de dinars a été infligée dans le premier dossier.
À 75 ans, une telle peine équivaut, dans les faits, à finir sa vie en prison. Sihem Ben Sedrine a annoncé qu’elle ferait appel. Le jugement est de première instance et n’est donc pas définitif.
Des actes prévus par la loi
L’argument central de la défense est simple : les actes poursuivis relèvent du mandat que la loi sur la justice transitionnelle a confié à l’IVD. L’arbitrage et la réconciliation en matière de corruption financière en faisaient partie. Sihem Ben Sedrine affirme que les décisions prises sous sa présidence respectaient les règles applicables à ce processus.
Ses soutiens posent alors une question de principe : peut-on transformer en délit, des années plus tard, l’exercice d’une compétence légale ? Si le mécanisme prêtait à débat, c’était au législateur de le corriger. Ce n’est pas à celles et ceux qui l’ont appliqué d’en payer le prix.
Une procédure entachée d’irrégularités, selon les ONG
Plusieurs organisations jugent le déroulement du procès préoccupant. Une mission d’observation de la FIDH note que l’audience a été fixée au 18 juin 2026, jour d’une grève générale des avocats annoncée un mois auparavant. Elle relève aussi un contrôle abusif à l’entrée du tribunal, alors que l’audience était publique. Selon la mission, ces éléments ont porté atteinte aux droits de la défense.
Après le verdict, la FIDH et l’OMCT ont exprimé leur « consternation et sidération » et qualifié la peine de lourde et d’injuste. Pour ces ONG, s’en prendre à d’anciens membres de l’IVD revient à fragiliser les travaux d’une instance créée pour garantir la vérité, la justice et la réparation.
Un enchaînement qui nourrit le soupçon de harcèlement
Le calendrier alimente la thèse d’un harcèlement judiciaire. Sihem Ben Sedrine est interdite de voyager depuis février 2023. Détenue, elle a été libérée le 19 février 2025 par la Cour d’appel de Tunis, mais elle est restée poursuivie. Elle affronte aujourd’hui plusieurs procédures simultanées : selon son avocat, certains volets sont disjoints, d’autres sont toujours à l’instruction, et un mandat d’arrêt vise Khaled Krichi.
À la fin de 2025, des pages en ligne proches du pouvoir accusaient en outre d’anciens responsables de l’IVD d’avoir participé à la falsification du rapport final. Pour ses défenseurs, cette campagne a préparé l’opinion à des verdicts sévères.
La mort de Lazhar Sta exige une enquête indépendante
L’audience de ce jour s’ouvre dans un climat lourd. Lazhar Sta, l’homme d’affaires en faveur duquel a été rendue la décision d’arbitrage reprochée à Sihem Ben Sedrine, est mort en détention le 8 septembre, à 72 ans. Sa fille dénonce une eau coupée pendant trois jours, une bouteille d’un litre par jour, plus de 50 degrés en cellule, et une famille non informée de son coma. Aucune communication officielle n’a précisé les causes du décès.
Ces accusations restent à vérifier, mais elles justifient une enquête indépendante, médicale et judiciaire. L’État qui emprisonne répond de la vie et de la santé des détenus. Cette mort ne dit rien de la culpabilité ou de l’innocence de Lazhar Sta ; elle rappelle seulement que des ONG alertent depuis des semaines sur plusieurs décès en détention pendant les vagues de chaleur.
Ce qui se joue au-delà d’une personne
Pour ses défenseurs, ces procès remettent en cause la justice transitionnelle elle-même. L’IVD a recueilli des dizaines de milliers de témoignages, et ses archives comme ses conclusions dérangent encore. Criminaliser sa présidente, c’est décourager les victimes qui ont parlé, et signifier aux futures commissions de vérité que leurs dirigeants pourront être poursuivis pour avoir appliqué la loi. Aucun verdict n’effacera pourtant ce travail : il demeure la trace d’une dette de justice envers les victimes.
Les soutiens de Sihem Ben Sedrine formulent une exigence claire : un procès équitable, une libération dans l’attente de l’appel, et l’abandon des poursuites fondées sur des actes que la loi autorisait.
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