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Grève de la faim de Chawki Tabib : l’ONU réclame sa libération immédiate
Depuis le 11 août 2026, l’avocat Chawki Tabib, ancien bâtonnier de Tunisie et ancien président de l’Instance nationale de lutte contre la corruption (Inlucc), observe une grève de la faim à la prison civile de Belli, dans le gouvernorat de Nabeul, pour protester contre sa condamnation à dix ans de prison et contre ses conditions de détention. Deux semaines et demie plus tard, alors que son état de santé se dégrade, l’Ordre national des avocats de Tunisie (Onat), le Conseil des anciens bâtonniers et la rapporteuse spéciale des Nations unies sur les défenseurs des droits humains, Andrea Bolaños Vargas, ont exprimé leur vive préoccupation et réclamé un accès immédiat aux soins, voire sa libération pure et simple. L’affaire, qui mêle droits de la défense, accès aux traitements médicaux et lutte contre la corruption, ravive les inquiétudes sur l’état du droit en Tunisie.
Une grève de la faim entamée dans un climat de tension
Chawki Tabib avait été incarcéré à la prison de Mornaguia, au sud-ouest de Tunis, après un mandat de dépôt émis par un juge d’instruction sans qu’il ait, selon ses avocats, été préalablement auditionné. Le 21 mai 2026, la chambre criminelle spécialisée dans les affaires de corruption financière près le Tribunal de première instance de Tunis l’a condamné à dix ans de prison, le reconnaissant coupable de falsification de documents, de détention et d’usage de faux, ainsi que de destruction de pièces considérées comme falsifiées. L’affaire porte sur des documents transmis en 2020 à l’Assemblée des représentants du peuple, à une époque où Chawki Tabib présidait l’Inlucc, dans le cadre du dossier relatif à des soupçons de conflit d’intérêts visant l’ancien chef du gouvernement Elyes Fakhfakh.
En juin 2026, l’ancien bâtonnier a été transféré à la prison de Belli, un déplacement qui a surpris sa famille et ses avocats. C’est dans cet établissement qu’il a entamé, le 11 août, une grève de la faim illimitée. Selon le collectif de ses avocats, cette décision fait suite à « la poursuite de la politique du silence et de la non-réponse à ses demandes les plus élémentaires et légitimes », et au refus de lui accorder plusieurs droits garantis aux détenus par la Constitution, la loi et les conventions internationales. Parmi les griefs formulés figurent le refus d’autoriser son encadrant universitaire à lui rendre visite pour la poursuite de sa thèse de doctorat, le refus de lui fournir un oreiller médical prescrit par le médecin de la prison, des restrictions au droit de visite de ses avocats, ainsi que des courriers de soutien qui ne lui seraient jamais parvenus.
Des soins entravés qui inquiètent l’Ordre des avocats
L’annonce de la grève de la faim a été faite publiquement par l’épouse de Chawki Tabib le 13 août 2026. Dans un message qu’elle a qualifié de particulièrement inquiet, elle a indiqué que son mari avait pris cette décision malgré ses tentatives pour l’en dissuader. Sa famille avait auparavant multiplié les alertes concernant l’accès aux traitements prescrits, alors que l’ancien bâtonnier souffre notamment de diabète et d’arthrose.
Le 21 août, l’Onat a exprimé à son tour sa « profonde préoccupation » dans un communiqué, après une visite effectuée à la prison de Belli. L’Ordre a indiqué que Chawki Tabib souffrait de plusieurs maladies chroniques nécessitant un traitement et un suivi réguliers, et a signalé qu’il avait cessé de prendre ses médicaments parallèlement à sa grève de la faim. Selon l’Ordre, les services pénitentiaires auraient refusé une ordonnance médicale transmise pour lui permettre de recevoir les soins nécessaires, en invoquant des considérations procédurales. L’Onat a demandé la levée des restrictions entravant son accès aux soins et à son dossier médical, tout en appelant Chawki Tabib à mettre fin à sa grève de la faim et à reprendre ses traitements, mettant en garde contre de possibles complications.
Le Conseil des anciens bâtonniers hausse le ton
Le 27 août 2026, le Conseil des anciens bâtonniers de Tunisie, réuni à l’initiative du bâtonnier Boubaker Bethabet, a rendu public un communiqué consacré à la situation de Chawki Tabib. Le texte rappelle d’abord la position de solidarité que le Conseil avait adoptée dès l’heure de son arrestation, avant de réitérer sa demande de garanties pour un procès équitable et de réclamer la libération de Chawki Tabib afin qu’il puisse assurer lui-même sa défense devant une justice indépendante.
Le Conseil des anciens bâtonniers y apporte son soutien aux revendications formulées par Chawki Tabib en tant que détenu, des demandes qu’il juge légitimes et qui, selon le texte, n’ont reçu aucune réponse malgré des justifications qu’il qualifie de fallacieuses, entre lenteurs bureaucratiques, restriction des droits, tergiversations et atermoiements sans justification. Le communiqué exige que les droits de la défense soient garantis, que les restrictions imposées soient levées, et que Chawki Tabib puisse bénéficier des soins de santé auxquels il a droit, pointant notamment la responsabilité des médecins de l’administration pénitentiaire, accusés d’avoir manqué à leurs obligations à son égard.
Le Conseil salue par ailleurs le soutien apporté par les organisations régionales et internationales d’avocats, ainsi que les mobilisations de confrères et de consœurs et d’autres instances professionnelles, et affirme son appui à toutes les démarches engagées par le Conseil de l’Ordre national des avocats pour obtenir satisfaction sur ces revendications. Fait notable, le texte demande également à Chawki Tabib lui-même de mettre un terme à sa grève de la faim, en raison des risques que celle-ci fait peser sur sa santé, évoquant explicitement une perte de poids rapide et des troubles au niveau des yeux. Le Conseil précise enfin que ce communiqué, au-delà de son adresse directe à Chawki Tabib, se veut un geste de solidarité envers tous les avocats soumis aux mêmes restrictions, ainsi qu’un appel à l’ensemble de la profession, en Tunisie et dans le monde, à poursuivre le combat pour la consécration des droits de la défense et l’amélioration des conditions de détention. Le communiqué porte les signatures des anciens bâtonniers Abdeljalil Bouraoui, Bachir Sayed, Abdessattar Ben Moussa, Mohamed Fadhel Mahfoudh, Amer Mahrezi et Hatem Mezghiou, ainsi que celle du bâtonnier en exercice, Boubaker Bethabet.
L’intervention de l’ONU
Le 25 août 2026, la rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des défenseurs des droits humains, Andrea Bolaños Vargas, a fait part sur le réseau social X de sa « profonde préoccupation » concernant l’état de santé de Chawki Tabib. Elle a appelé les autorités tunisiennes à lui garantir un accès immédiat aux soins, à respecter son droit à un procès équitable et à le libérer « immédiatement et sans condition ». La rapporteuse spéciale a également estimé que sa détention et sa condamnation « semblent être liées » à son travail à la tête de l’Inlucc, l’organe chargé de la lutte contre la corruption entre 2016 et 2020.
Cette prise de position onusienne s’ajoute à celle de l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains, un partenariat entre l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) et la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), qui a également appelé à intervenir sur ce dossier. Ces alertes internationales et professionnelles successives placent la Tunisie face à une pression croissante concernant le sort réservé à l’ancien bâtonnier.
Contexte : une figure de la lutte anticorruption devenue prisonnière
Chawki Tabib n’est pas un détenu anonyme. Avocat de profession, il a présidé l’Ordre national des avocats de Tunisie avant de prendre la tête, de 2016 à 2020, de l’Instance nationale de lutte contre la corruption, l’organisme public chargé de recevoir et d’instruire les signalements de corruption dans l’administration et la vie publique tunisiennes. Sa condamnation, prononcée par une chambre spécialisée dans les affaires de corruption financière, porte une forme d’ironie que ses soutiens ne manquent pas de souligner : l’ancien gardien de la probité publique se retrouve lui-même poursuivi pour des faits liés à l’exercice de ses fonctions à la tête de cette même instance.
Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de tensions entre le pouvoir exécutif tunisien et une partie du corps des avocats et des organisations de défense des droits humains, qui dénoncent régulièrement, depuis plusieurs années, des poursuites jugées disproportionnées ou politiquement motivées à l’encontre de personnalités critiques ou d’anciens responsables d’institutions de contrôle. La mobilisation conjointe de l’Onat et du Conseil des anciens bâtonniers, une instance qui réunit d’anciens responsables de la profession toutes générations confondues, illustre la dimension corporatiste que prend désormais ce dossier au sein du barreau tunisien. La grève de la faim reste, en Tunisie comme ailleurs, l’une des dernières formes de protestation accessibles à un détenu pour faire entendre sa cause, mais elle expose son auteur à des risques sanitaires majeurs, en particulier lorsque s’y ajoute, comme dans le cas de Chawki Tabib, l’arrêt des traitements pour des pathologies chroniques.
Alors que la grève de la faim de Chawki Tabib entre dans sa quatrième semaine et que les appels à sa libération se multiplient, tant du côté de la profession que des instances internationales, la question de sa prise en charge médicale reste posée, tout comme celle du sort qui sera réservé à ces demandes convergentes.
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