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Dégage à Kaïs Saïed : Tunis gronde de nouveau contre le pouvoir

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Des centaines de Tunisiennes et de Tunisiens se sont rassemblés ce jeudi 20 août 2026 en fin d’après-midi dans le centre de Tunis, à l’appel du mouvement citoyen « Nafas » (« Souffle ») et de plusieurs partis d’opposition, pour dénoncer la gestion du pouvoir par le président Kaïs Saïed. Partis de la place du Passage, près de la place de la République, les manifestants ont convergé vers l’avenue Habib-Bourguiba en scandant des slogans hostiles au chef de l’État et en réclamant son départ, sur fond de coupures récurrentes d’eau et d’électricité, de vie chère et de démantèlement progressif des contre-pouvoirs institutionnels.

Une mobilisation portée par la colère sociale

Le cortège s’est ébranlé en fin d’après-midi sous la bannière « Yakfi min al-abath, yakfi min al-fashal, yakfi min al-dhulm » (« Assez du désordre, assez de l’échec, assez de l’injustice »). Les manifestants ont brandi des pancartes critiquant la présidence et repris le slogan « Dégage », déjà utilisé lors du soulèvement de 2011. Plusieurs sensibilités de l’opposition tunisienne, dont le Front du salut national, Al Joumhouri, le Courant démocrate ou encore le Parti destourien libre, ont appelé leurs sympathisants à rejoindre le cortège, aux côtés de personnalités de la société civile.

Les slogans scandés visaient en priorité les difficultés du quotidien. Les coupures répétées d’eau et d’électricité, qui touchent plusieurs régions du pays depuis plusieurs semaines en pleine vague de chaleur, ont cristallisé une partie de la colère, tout comme la hausse des prix et le recul du pouvoir d’achat. Des pénuries de médicaments et un chômage élevé, en particulier chez les jeunes diplômés, ont également été dénoncés. Les organisateurs ont par ailleurs réclamé la libération des prisonniers politiques et des détenus d’opinion, un mot d’ordre récurrent des rassemblements de l’opposition depuis plusieurs mois.

Un dispositif sécuritaire renforcé

Comme lors des précédents rassemblements, les forces de l’ordre ont déployé un dispositif visible aux abords de l’avenue Habib-Bourguiba, avec des unités anti-émeute postées aux principaux accès. Aucun incident majeur n’a été signalé au moment de la rédaction de cet article. La marche s’inscrit dans un contexte de tension persistante entre le pouvoir et une partie de l’opposition, qui accuse la présidence de restreindre l’espace public et la liberté d’expression.

Troisième mobilisation en moins de deux mois

Ce rassemblement du 20 août constitue la troisième initiative de ce type portée par le mouvement « Nafas » depuis juin. Une première marche, sous le mot d’ordre « Hat hassilat hokmek » (« Rends compte de ton bilan »), avait eu lieu le 5 juin 2026. Une deuxième mobilisation, baptisée « Yizzi min al-abath » (« Assez du désordre »), s’était tenue le 25 juillet, jour anniversaire des mesures d’exception prises par Kaïs Saïed en 2021, et avait rassemblé environ 2 500 personnes selon les estimations de l’Agence France-Presse. La répétition de ces rendez-vous, à un rythme resserré, traduit une volonté des organisateurs de maintenir la pression sur le pouvoir en place.

Un contexte de crise économique et institutionnelle

La contestation intervient dans un contexte de crispation politique qui remonte au 25 juillet 2021, lorsque le président Kaïs Saïed avait décrété un train de mesures d’exception : gel des travaux du Parlement, levée de l’immunité des députés et limogeage du chef du gouvernement d’alors. Un référendum organisé en 2022 avait ensuite entériné une nouvelle Constitution, concentrant les pouvoirs exécutif et législatif entre les mains du président, au détriment du rôle du Parlement.

Sur le plan économique, les indicateurs officiels dessinent un tableau contrasté. L’Institut national de la statistique a fait état d’une croissance du produit intérieur brut de 2,6 % sur un an au premier trimestre 2026, tout en enregistrant un recul trimestriel de 0,3 % par rapport à la fin de 2025. Le taux de chômage s’est stabilisé autour de 15 % sur la même période, mais il grimpe à 37,5 % chez les jeunes de 15 à 24 ans et atteint 24,2 % parmi les diplômés du supérieur. Ces chiffres macroéconomiques peinent à se traduire en amélioration tangible pour une large partie de la population, notamment confrontée aux coupures de services essentiels.

Sur le plan social, la Tunisie connaît depuis plusieurs semaines des difficultés d’approvisionnement en eau et en électricité, aggravées par une vague de chaleur et une demande accrue en climatisation. Ces dysfonctionnements, qui ont également touché certains établissements hospitaliers, ont alimenté l’exaspération d’une partie de la population et nourri le débat au Parlement, où des députés ont réclamé des comptes au gouvernement. Le 22 juillet, le président Saïed avait présidé une réunion au palais de Carthage consacrée à ces coupures, en présence des responsables de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz et de la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux.

Ces rassemblements successifs ne traduisent toutefois pas un rejet unanime du chef de l’État, dont certains partisans avaient organisé, en parallèle de la manifestation du 25 juillet, leur propre rassemblement de soutien. La société tunisienne reste ainsi traversée par des lectures opposées de la trajectoire politique engagée depuis 2021, entre soutien à un pouvoir présenté comme rupture avec l’ancienne classe politique et dénonciation d’une dérive autoritaire.

Reste à savoir si cette séquence de mobilisations, la troisième en moins de deux mois, parviendra à élargir sa base au-delà des cercles militants habituels, dans un pays où la lassitude économique côtoie une défiance persistante envers l’ensemble de la classe politique.

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