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Tunisie : Mohamed Yousfi arrêté après Zied El Heni — un domino de plus dans la guerre contre la presse
Le journaliste Mohamed Yousfi, rédacteur en chef du site d’information Al Qatiba, a été interpellé vendredi 4 septembre 2026 en fin d’après-midi à l’entrée des studios de la radio Express FM, à Tunis, où il devait participer à une émission. Dans la nuit de vendredi à samedi, le juge d’instruction du Pôle judiciaire économique et financier près le tribunal de première instance de Tunis a autorisé son maintien en garde à vue, dans le cadre d’une information judiciaire ouverte pour des faits d’enrichissement illicite et de blanchiment d’argent, a indiqué une source judiciaire à l’agence Tunis Afrique Presse (TAP). Cette arrestation intervient quelques mois après celle d’un autre journaliste, Zied El Heni, condamné en mai à un an de prison, et alimente les inquiétudes exprimées par plusieurs organisations sur la situation de la liberté de la presse en Tunisie.
Une garde à vue ordonnée dans la nuit
Selon les précisions apportées par la source judiciaire à la TAP, le parquet du Pôle judiciaire économique et financier a ordonné l’ouverture d’une information judiciaire visant Mohamed Yousfi ainsi que toute personne que l’enquête viendrait à révéler. Les faits reprochés portent sur la constitution d’une entente en vue de porter atteinte aux personnes et aux biens, sur l’enrichissement illicite et sur le blanchiment habituel d’argent, en exploitant des facilités liées à l’exercice d’une fonction ainsi qu’à une activité professionnelle et sociale. L’enquête porterait sur des flux financiers associatifs dont Mohamed Yousfi aurait bénéficié par l’intermédiaire d’une association.
Le dossier a été confié à l’Unité nationale de recherche dans les crimes financiers complexes de la Garde nationale, à El Gorjani. Après avoir été entendu par les enquêteurs, Mohamed Yousfi a été placé en garde à vue par décision du juge d’instruction, qui a autorisé la poursuite des opérations d’enquête.
Selon des éléments rapportés par des confrères, dont le journaliste Walid Mejri, l’interpellation s’est déroulée aux abords des locaux d’Express FM, alors que Mohamed Yousfi devait participer à une émission animée par Walid Ben Rhouma. Il aurait été appréhendé par une unité de la Brigade nationale de recherche dans les infractions financières complexes, et son téléphone aurait été saisi. Le motif précis de son interpellation n’avait, dans un premier temps, pas été officiellement communiqué.
Des réactions immédiates dans la classe politique et la société civile
L’arrestation a suscité de nombreuses réactions. Le parti Ettakatol a fait part de sa préoccupation, estimant que l’exercice du journalisme ne saurait constituer en lui-même une présomption d’infraction et que la garde à vue ne devait pas se transformer en peine anticipée. Le mouvement Nafas a de son côté réclamé la libération immédiate et sans condition de Mohamed Yousfi, dénonçant ce qu’il qualifie de recours au système judiciaire pour réduire au silence des voix critiques.
Le secrétaire général du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), Zied Dabbar, a confirmé les circonstances de l’interpellation auprès de l’agence Reuters. Mohamed Yousfi, connu pour ses positions critiques à l’égard des autorités et pour les enquêtes publiées par Al Qatiba sur des sujets politiques et judiciaires, est présenté par plusieurs organisations professionnelles comme l’une des voix les plus actives du journalisme d’investigation tunisien.
Un climat de tensions autour de la liberté de la presse
Cette affaire s’inscrit dans une série de procédures judiciaires visant, ces derniers mois, des journalistes et des figures critiques du pouvoir en Tunisie. Le journaliste Zied El Heni, rédacteur en chef du site Tunisian Press, avait été arrêté fin avril 2026 après avoir critiqué sur les réseaux sociaux une décision de justice visant un confrère ; il a été condamné en mai à un an de prison sur la base de l’article 86 du code des télécommunications. D’autres personnalités des médias, comme l’animateur Mourad Zeghidi et le commentateur politique Borhen Bsaies, ont également été condamnées ces derniers mois dans des affaires distinctes.
Des organisations de défense des droits humains font état, depuis plusieurs années, d’un recul des libertés publiques en Tunisie, qu’elles relient à la concentration des pouvoirs entre les mains du président Kaïs Saïed depuis la suspension du Parlement en 2021, puis sa dissolution en 2022. Le chef de l’État a toujours affirmé que les libertés demeuraient garanties en Tunisie et qu’il n’exercerait pas un pouvoir dictatorial. Les autorités tunisiennes n’avaient, au moment de la rédaction de cet article, pas communiqué publiquement sur les motifs précis des poursuites engagées contre Mohamed Yousfi.
Une affaire encore en cours d’instruction
À ce stade, Mohamed Yousfi demeure sous le régime de la garde à vue, dans l’attente des suites que le juge d’instruction réservera à cette information judiciaire. Reste à savoir si cette nouvelle affaire viendra alimenter davantage le débat, déjà vif en Tunisie, sur la place réservée au journalisme d’investigation et sur les limites entre poursuites judiciaires et liberté d’expression.
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