Politique
Le Monde: En Tunisie, la répression s’accentue et la peur reprend ses droits
Les arrestations se multiplient depuis la fin avril, touchant aussi bien des militants antiracistes que des personnalités des médias. Dans sa croisade anti-élites, le président Kaïs Saïed a même fait écrouer le président de la Fédération tunisienne de natation et le directeur de l’agence antidopage.
Les arrestations se multiplient depuis la fin avril, touchant aussi bien des militants antiracistes que des personnalités des médias. Dans sa croisade anti-élites, le président Kaïs Saïed a même fait écrouer le président de la Fédération tunisienne de natation et le directeur de l’agence antidopage.
La répression a redoublé d’intensité ces dernières semaines en Tunisie, ciblant les migrants subsahariens, les ONG, les journalistes, les fonctionnaires ou encore les avocats. Ce tour de vis sécuritaire a commencé fin avril avec des opérations de démantèlement de campements provisoires de migrants subsahariens près de Sfax, la deuxième ville du pays. Le 3 mai, les mesures de sécurité se sont étendues à Tunis, où un camp de migrants dressé face au siège de l’Organisation internationale pour les migrations a été évacué de force.
Le président Kaïs Saïed a justifié ces opérations lors d’un conseil de sécurité, lundi 6 mai, précisant que « 400 personnes » – hommes, femmes et enfants – avaient été déplacées vers la « frontière orientale », qui jouxte la Libye. Dans la même allocution, il a critiqué les ONG de soutien aux migrants, les accusant de recevoir d’« énormes sommes d’argent de l’étranger » et qualifiant leurs dirigeants de « traîtres » et d’« agents ».
Après ces mots, la sanction a été quasi immédiate. Saadia Mosbah, militante antiraciste et présidente de l’association Mnemty, qui lutte contre les discriminations raciales en Tunisie, a été arrêtée le jour même et placée en garde à vue en vertu de la loi sur la lutte contre le terrorisme et le blanchiment d’argent. Par ailleurs, deux responsables du Conseil tunisien pour les réfugiés ont été mis en examen et placés en détention préventive pour « association de malfaiteurs dans le but de faciliter l’accès de personnes au territoire tunisien ».
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