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UGTT : crise économique, libertés et grève générale à l’ordre du jour de la Commission administrative nationale

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Réunie le 9 septembre 2026 au siège central de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), place Mohamed-Ali à Tunis, sous la présidence du secrétaire général Sofiane Salmi, la Commission administrative nationale a adopté un communiqué dans lequel elle dresse un bilan critique de la situation économique, sociale et politique du pays. Le texte, qui aborde à la fois la baisse du pouvoir d’achat, la situation des libertés publiques et le drame migratoire de Ben Guerdane, réaffirme par ailleurs l’attachement de la centrale syndicale à la décision de principe d’une grève générale, adoptée lors de son 26e congrès.

Un constat économique et social alarmant

Dans son communiqué, la Commission administrative nationale de l’UGTT relève une dégradation continue du pouvoir d’achat des Tunisiens, une hausse des prix et un recul des services publics, en particulier dans les secteurs de la santé, de l’éducation et des transports. Elle dénonce également des perturbations persistantes dans l’accès à l’eau, à l’électricité, aux médicaments et aux produits de première nécessité, ainsi que la persistance de la crise de l’emploi et du développement régional.

La centrale syndicale impute à l’État la responsabilité de cette situation, estimant que la gestion actuelle des affaires publiques, marquée selon elle par des décisions unilatérales et l’absence de dialogue avec les forces sociales, civiles et politiques, a échoué à apporter des réponses aux crises accumulées. Le texte appelle à l’élaboration d’un plan national d’urgence pour le sauvetage économique et social, articulé autour de la protection du pouvoir d’achat, de la lutte contre la spéculation et la corruption, du soutien aux entreprises publiques et de la priorité donnée à l’emploi et au développement régional.

Solidarité avec les mouvements sociaux et les victimes de Ben Guerdane

La Commission administrative salue les mobilisations sociales menées ces derniers mois par des travailleurs de plusieurs secteurs, dont les mines, les banques, le transport, l’enseignement et le secteur privé à Sfax et à Ben Arous, et annonce son soutien de principe aux mouvements des chômeurs diplômés. Elle exprime son rejet de toute criminalisation de la contestation sociale ou de traitement sécuritaire de revendications qu’elle qualifie de légitimes.

Le texte exprime également la solidarité de l’organisation avec les habitants de Ben Guerdane et les familles des victimes d’un naufrage de migrants survenu récemment au large des côtes tunisiennes, et adresse ses condoléances aux familles endeuillées. La Commission administrative appelle à la mise en place d’une politique nationale de développement, d’emploi et de protection de la jeunesse, afin de s’attaquer aux causes structurelles qui poussent une partie des jeunes Tunisiens à risquer leur vie en tentant une migration irrégulière.

Libertés syndicales, indépendance de la justice et soutien aux journalistes

La centrale syndicale condamne ce qu’elle qualifie d’atteintes au travail syndical et de ciblage de syndicalistes en raison de leur activité, et réclame la libération de ceux qui seraient emprisonnés ainsi que l’arrêt des poursuites à leur encontre. Elle réaffirme son attachement à son indépendance en tant que force sociale nationale.

Le communiqué exprime par ailleurs l’attachement de l’UGTT à l’indépendance de la justice, aux garanties d’un procès équitable et au droit des associations, organisations et partis à exercer leurs activités dans le cadre légal. Il affirme le soutien de l’organisation aux journalistes et à la liberté du travail journalistique, et réclame la libération de toute personne emprisonnée, selon les termes du texte, en raison de son opinion ou de son activité pacifique. La Commission administrative dénonce également les conditions de détention qu’elle juge difficiles dans les prisons tunisiennes.

Confirmation du principe d’une grève générale

La Commission administrative nationale réaffirme son attachement à la mise en œuvre de la décision de grève générale adoptée par le 26e congrès ordinaire de l’UGTT, qu’elle présente comme une décision engageante exprimant la volonté de l’organisation et de sa base. Elle charge le bureau exécutif national d’élaborer, en concertation avec un cadre de coordination associant des forces de la société civile, un plan d’action progressif pouvant conduire à cette grève générale, et appelle les unions régionales, fédérations et syndicats de base à préparer des plans d’action adaptés à leurs secteurs et régions.

Le texte se conclut par une réaffirmation de la solidarité de l’UGTT avec le peuple palestinien et une demande de libération des prisonniers de la flottille Sumud.

Le contexte d’un syndicat au cœur des tensions sociales

L’UGTT occupe historiquement une place centrale dans le paysage politique et social tunisien, notamment depuis son rôle dans le Dialogue national qui lui avait valu, avec trois autres organisations, le prix Nobel de la paix en 2015. Ces dernières années, les relations entre la centrale syndicale et le pouvoir exécutif se sont tendues à plusieurs reprises, sur fond de désaccords concernant les réformes économiques, les négociations salariales dans la fonction publique et la place des corps intermédiaires dans la prise de décision publique.

Ce nouveau communiqué s’inscrit dans une séquence marquée, ces derniers mois, par des mouvements sociaux dans plusieurs secteurs et par des drames migratoires récurrents sur les côtes tunisiennes, deux phénomènes que l’organisation syndicale relie explicitement à la situation économique et sociale du pays.

Une mobilisation qui reste à concrétiser

Si la Commission administrative nationale de l’UGTT réaffirme son attachement au principe d’une grève générale, sa mise en œuvre concrète dépendra du plan d’action que le bureau exécutif national est chargé d’élaborer dans les prochaines semaines. Reste à savoir dans quelle mesure ce mot d’ordre se traduira sur le terrain et quelle réponse les autorités tunisiennes apporteront aux revendications formulées par la centrale syndicale.

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