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Les manifestations devant le siège de l’UGTT : Une offensive politique calculée
La mobilisation protestataire devant le siège de l’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT) ce jeudi 7 août 2025 ne relève ni du spontané ni d’une dynamique contestataire liée à la crise interne que traverse l’organisation syndicale. Il s’agit d’une manœuvre politique orchestrée, préparée ouvertement durant plusieurs jours via des appels publics. Si certains l’attribuent à des cercles proches du pouvoir, d’autres l’imputent à l’opposition syndicale.
Par Nizar Jlidi
Pourtant, les événements du 7 août n’ont aucun lien avec les revendications portées par les courants dissidents au sein de l’UGTT. Les slogans scandés – appelant à la « dissolution » ou au « gel » du syndicat, qualifiant ses dirigeants des pires insultes et accusations – dépassent largement le cadre des critiques internes.
Le principe de reddition des comptes : Une ligne rouge
Un principe cardinal définit désormais la gouvernance en Tunisie : « Nul n’est au-dessus de la loi ». Cette réalité s’applique déjà à de nombreux responsables syndicaux (locaux et centraux), comme en attestent des procédures judiciaires en cours. La question centrale est :
Le pouvoir actuel, qui fonde sa légitimité sur l’obligation de reddition des comptes, renoncera-t-il à ce principe par crainte d’un affrontement avec l’UGTT ?
La réponse est sans équivoque : Non. Le « parcours » engagé (المسار) ne s’arrêtera pas devant le poids historique du syndicat. Tous – partis, organisations, institutions – y sont soumis. Le discours du président Kaïs Saïed lors de sa récente rencontre avec la Cheffe du gouvernement visait clairement l’UGTT.
Stratégies contrastées : L’apaisement syndical face à l’escalade
Des sources proches de la rencontre entre Noureddine Taboubi (secrétaire général de l’UGTT) et Zied Dabbar (président du SNJT, syndicat des journalistes) indiquent que :
- L’UGTT, tout en convoquant une assemblée administrative d’urgence, ne cherche pas l’escalade.
- La preuve en est le report de la grève prévue dans l’aérien, geste d’apaisement.
Pendant ce temps, les appels à « geler » ou « dissoudre » l’UGTT continuent d’enfler dans l’espace numérique.
« Mettre à bas l’UGTT équivaudrait à détruire la clé de voûte de la paix sociale, surtout quand ses dirigeants tendent la main pour un dialogue national responsable. »
Un avertissement : La dangereuse méconnaissance de l’histoire
L’affrontement avec l’UGTT ne saurait être mené par des « porte-voix hystériques » ignorants de l’histoire syndicale. Rappelons :
- L’UGTT est un partenaire de gouvernance depuis l’Indépendance.
- Son rôle clé dans le Dialogue National (2013) lui valut le Prix Nobel de la Paix.
- Il a soutenu le Président Saïed au moment du 25 Juillet 2021.
Crise interne et résilience
Certes, l’UGTT paie le prix de la modification controversée de l’article 20 de ses statuts (limitant les mandats). Mais la solution passe par ses instances internes : un congrès extraordinaire est prévu.
S’il a perdu une partie de sa base et de son influence à cause d’erreurs (voire de cas de corruption présumés, en cours de jugement), rien ne justifie les appels à sa dissolution. Quelques centaines de manifestants devant le siège historique ne représentent pas la légitimité du syndicat.
L’UGTT : Pierre angulaire de la paix sociale
L’organisation reste sourde aux provocations La batha (بطحاء محمد علي الصمّاء) car elle sait pouvoir compter sur ses soutiens réels. Certaines forces politiques cherchent à exploiter sa colère pour en faire un allié de l’opposition, dans un contexte de crise multidimensionnelle (politique, économique, sociale).
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