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Analyse juridique : la procédure et les fondements de la condamnation d’Ahmed Souab en Tunisie
TUNIS – Le vendredi 31 octobre 2025, le tribunal de première instance de Tunis a condamné Me Ahmed Souab, un avocat et ancien juge de 68 ans, à cinq ans de prison ferme, assortis de trois ans de contrôle administratif . Cette décision judiciaire est intervenue à l’issue d’un procès qui a duré sept minutes, selon les déclarations de son avocate, Me Yosr Hamid, à l’agence AFP .
Les faits à l’origine des poursuites
L’arrestation de Me Souab remonte au 21 avril 2025 . Elle fait suite à des commentaires qu’il a tenus lors d’une conférence de presse le 19 avril, à l’issue du verdict dans l’affaire dite du « complot contre la sûreté de l’État », un procès dans lequel il assurait la défense de plusieurs accusés .
Lors de cette prise de parole, l’avocat avait déclaré que ce n’étaient « pas les détenus qui ont le couteau sous la gorge, mais le président de la chambre » . Un juge antiterroriste a interprété cette métaphore comme une menace envers les magistrats, ce qui a conduit à la détention de Me Souab et à des poursuites pour « infractions terroristes », selon un porte-parole du tribunal. Les avocats de la défense ont, pour leur part, toujours soutenu que cette expression visait à dénoncer les fortes pressions politiques qui s’exerçaient sur les juges .
Le déroulement du procès et la condamnation
Le procès s’est déroulé en l’absence physique de Me Ahmed Souab. Le tribunal ayant décidé de tenir l’audience par visioconférence au motif d’un « danger réel » non précisé, l’intéressé a refusé d’y participer, insistant sur son droit à être physiquement présent pour assurer sa défense . Son équipe de défense a également refusé de plaider, contestant les conditions du procès .
Le verdict est tombé en fin de journée du 31 octobre, après une brève délibération . Me Souab a été reconnu coupable sur la base d’une douzaine d’accusations liées au décret-loi sur la lutte contre le terrorisme et les « fausses informations » .
Réactions et contexte
La condamnation a suscité des réactions diverses. Plusieurs organisations non gouvernementales se sont exprimées sur cette affaire. Amnesty International a qualifié la détention de Me Souab d' »arbitraire » et a estimé qu’il était poursuivi pour avoir exercé son droit à la liberté d’expression et rempli ses fonctions professionnelles . L’organisation a appelé à sa libération immédiate .
Par ailleurs, l’affaire Souab s’inscrit dans un contexte judiciaire et politique plus large. Le 19 avril 2025, soit deux jours avant l’arrestation de Me Souab, un tribunal tunisien avait condamné 37 personnes dans le cadre de l’affaire du « complot » à des peines allant jusqu’à 74 ans de prison.
Des manifestations se sont tenues devant le tribunal le jour du verdict, où des protestataires brandissaient des photos de l’avocat et dénonçaient la répression .
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