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Libération sous conditions pour Chadha Hadj Mbarek, une journaliste tunisienne gravement malade

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Tunis – La journaliste tunisienne Chadha Hadj Mbarek, détenue depuis juillet 2023 dans le cadre de la vaste affaire « Instalingo », a finalement été libérée mardi 13 janvier 2026. La décision de la Chambre criminère de la Cour d’appel de Tunis intervient dans un contexte d’urgence médicale absolue, sa famille et des organisations internationales alertant depuis des semaines sur la détérioration critique de son état de santé.

La cour a confirmé les jugements de première instance pour l’ensemble des autres accusés, mais a modifié le sien en réduisant sa peine de cinq à deux ans de prison, assortie d’un sursis à l’exécution de la peine, laissant ainsi sortir la journaliste. Son état de santé, marqué par la découverte récente de deux cancers nécessitant des interventions chirurgicales urgentes, a pesé dans la décision et cristallisé une mobilisation nationale et internationale.

Une décision de justice sous pression humanitaire

La procédure judiciaire concernant Chadha Hadj Mbarek a connu un revirement notable. La cour d’appel a en effet décidé de ne pas retenir les charges les plus lourdes initialement retenues contre elle, comme « le travail sur la modification de la forme de l’État » ou « l’incitation de la population à s’entretuer ». Elle a finalement été reconnue coupable du seul chef d’« atteinte à la sécurité extérieure de l’État », conduisant à la réduction de sa peine.

Cette décision survient alors que sa santé s’est considérablement dégradée en détention. Selon sa famille et des sources médicales, des examens ont révélé qu’elle souffrait de deux cancers nécessitant « deux interventions chirurgicales urgentes et distinctes » : l’un à l’estomac et l’autre à la poitrine. Ses proches et des organisations de défense des droits humains ont dénoncé à plusieurs reprises une « négligence médicale systématique » et une privation de soins durant son incarcération, qualifiant ces faits d’actes de torture.

Une affaire politique aux ramifications étendues

Chadha Hadj Mbarek, journaliste et éditrice de contenu pour les réseaux sociaux, était employée par la société Instalingo, une entreprise de « production de contenu et de communication numérique » basée à Sousse. Cette société est au cœur d’une des affaires judiciaires les plus sensibles de ces dernières années en Tunisie, impliquant 41 accusés parmi lesquels des figures politiques de premier plan, des hommes d’affaires, des blogueurs et des journalistes.

Les principaux inculpés, comme Rached Ghannouchi, président du mouvement Ennahdha, ou Hichem Mechichi, ancien chef du gouvernement, ont écopé de lourdes peines allant jusqu’à 54 ans de prison pour des charges incluant conspiration contre la sécurité de l’État et tentative de modification de la forme du régime. Les autorités accusent Instalingo d’avoir été financée par des membres de l’opposition pour diffuser du contenu critique envers le gouvernement du président Kaïs Saïed.

La bataille pour les soins médicaux

Le combat pour la libération de Chadha Hadj Mbarek a pris une dimension humanitaire ces dernières semaines. Sa famille a lancé un appel pressant et une pétition, exigeant sa libération immédiate pour raisons médicales. Devant le tribunal, sa mère a lancé un vibrant plaidoyer, insistant sur l’urgence vitale de permettre à sa fille d’accéder à des soins spécialisés en dehors du milieu carcéral.

Les conditions de sa détention ont été décrites comme particulièrement difficiles. Elle aurait été agressée physiquement par une codétenue à la prison de Messaadine à Sousse, subissant une grave blessure à la main qui serait restée sans soins appropriés. Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a qualifié le refus de soins de « cruel et inhumain » et a exigé des autorités tunisiennes qu’elles libèrent la journaliste et lui assurent un traitement médical urgent.

Un symbole de la répression des voix critiques

La libération sous conditions de Chadha Hadj Mbarek est perçue par ses soutiens comme une victoire partielle, mais son cas reste un symbole des pressions exercées sur la liberté de la presse en Tunisie. Le CPJ recensait déjà en décembre 2024 au moins cinq journalistes derrière les barreaux en Tunisie, le nombre le plus élevé depuis 1992.

Pour beaucoup d’observateurs, son emprisonnement et celui d’autres acteurs médiatiques dans l’affaire Instalingo s’inscrivent dans un mouvement plus large de rétrécissement de l’espace démocratique et de criminalisation du journalisme critique. Le verdict du 13 janvier, s’il lui rend une liberté précaire, ne clôt pas le débat sur l’utilisation présumée de l’appareil judiciaire pour faire taire les oppositions.

Aujourd’hui libre mais sous le coup d’une condamnation, Chadha Hadj Mbarek doit avant tout affronter le plus urgent : sa bataille pour la santé. Son cas continue de questionner la communauté internationale sur l’équilibre entre sécurité de l’État et droits fondamentaux dans la Tunisie post-révolutionnaire.

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