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Ayachi Hammami : « Le conflit entre islamistes et gauche a profité à l’ancien régime»

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L’avocat et militant politique tunisien analyse la situation politique, les raisons de l’échec de l’instauration de la Cour constitutionnelle et la répression sous le règne de Saïed

Genève – Dans une interview exclusive accordée au Pont de Genève (Khadraoui Mongi), l’avocat et militant politique tunisien Ayachi Hammami a livré une analyse sans concession de la situation en Tunisie, évoquant la mainmise du président Kaïs Saïed sur le pouvoir, l’échec de la Cour constitutionnelle, les tensions entre islamistes et gauche, ainsi que la répression généralisée contre les opposants.

Un pouvoir concentré entre les mains de Kaïs Saïed
A.Hammami n’a pas mâché ses mots concernant la dérive autoritaire du président tunisien : « Kaïs Saïed gère le pays comme un professeur qui donne des leçons sans consulter personne. » Selon lui, Kaïs Saïed a profité des divisions politiques pour s’imposer comme l’unique décideur, marginalisant toutes les forces politiques, qu’elles soient islamistes, de gauche ou libérales.

« La dissolution du Parlement, les décrets présidentiels et la réécriture de la Constitution ont permis à Saïed de verrouiller le système. Aujourd’hui, il n’y a plus de contre-pouvoir. »

Pourquoi la Cour constitutionnelle n’a jamais vu le jour ?
L’une des grandes promesses de la révolution tunisienne était l’instauration d’une justice indépendante, notamment via une Cour constitutionnelle. Pourtant, plus de dix ans après, celle-ci n’existe toujours pas. A. Hammami révèle : « Des forces occultes, liées à l’ancien régime, ont tout fait pour torpiller ce projet. Elles avaient peur d’une justice forte qui pourrait les inquiéter. »

Il ajoute que « certains juges et politiciens ont préféré maintenir un système juridique faible, permettant ainsi les manipulations politiques. »

« Le pouvoir a laissé les conservateurs et les progressistes s’affronter, pendant que lui consolidait son autorité. »

Islamistes vs gauche : un conflit qui arrangeait l’ancien régime
Ayavhi Hammami porte un regard critique sur les luttes passées entre Ennahdha et les partis de gauche : « Leur affrontement stérile a affaibli la transition démocratique. Pendant qu’ils se disputaient, les nostalgiques de l’ancien régime en ont profité pour revenir en force. »

Une répression qui ne dit pas son nom
Ayachi Hammami alerte sur la situation des prisons tunisiennes : « Aujourd’hui, les détenus politiques sont légion : islamistes, gauches, journalistes, avocats… Tous ceux qui peuvent encore animer le débat public sont criminalisés. »

« La Tunisie est en train de revenir à l’ère du musellement. Mais la résistance continue. »

Le constat d’Ayachi Hammami est sombre, mais il appelle à une prise de conscience collective pour éviter un retour complet à l’autoritarisme.

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