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Politique

Conseil central du PPDS: Kaïs Saïed est le principal responsable de la dégradation politique, sociale et des libertés en Tunisie

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Les 25 et 26 avril 2026, les cadres du Parti patriotique démocratique socialiste (PPDS) se sont réunis à Tunis en une session dédiée à la mémoire du défunt Belkacem Yaacoubi, sous la direction de son secrétaire général Nouri Beltoumi. En présence des représentants des bureaux régionaux, de la diaspora européenne (PPDS Europe), de la Commission des femmes Latifa Taamallah et de l’organisation de jeunesse « Kifah », ce conseil central visait à définir la ligne politique du parti face à une conjoncture nationale, régionale et internationale jugée critique, marquée par l’aggravation des inégalités et des conflits. Le communiqué final adopté, d’une tonalité résolument anti-impérialiste, dresse un tableau sévère des dérives autoritaires en Tunisie, condamne l’offensive militaire américano-sioniste contre l’Iran, et fustige la répression des mouvements progressistes en Turquie, en Inde ou encore au Venezuela.

Un diagnostic mondial fondé sur la lutte des classes et la refonte des équilibres stratégiques

Le Conseil central du PPDS situe d’abord son analyse dans un contexte de « crise cyclique du capitalisme », dont les soubresauts pousseraient les puissances impérialistes à multiplier les guerres pour sauver leur hégémonie. Les membres relèvent un affaiblissement relatif de la domination états-unienne, marqué par le déclin du dollar et l’émergence de monnaies alternatives ; ils interprètent ce mouvement comme les prémices d’un nouvel ordre mondial.

Sur le plan militaire, le parti exprime sa solidarité avec l’Iran face à « l’agression impérialiste américano-sioniste », tout en saluant la résistance des peuples comme facteur de rééquilibrage des rapports de force. Les dirigeants du PPDS n’épargnent pas non plus l’administration Trump, qualifiée de « criminelle » et accusée de blocus contre Cuba, de complicité dans l’enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro, et d’ingérence au Mali et au Sahel. Paris est directement mis en cause : la France serait selon le texte à l’origine du recrutement de groupes terroristes pour entraver les aspirations à la libération nationale en Afrique de l’Ouest.

Dans le même souffle, le Conseil fustige les « régimes fantoches » d’Erdoğan en Turquie et de Modi en Inde, accusés de se servir de lois antiterroristes pour démanteler les partis de gauche révolutionnaires, emprisonner des militants et fermer leurs organes de presse.

Tunis, le 26 avril 2026 Communiqué final des travaux du Conseil central du Parti Patriotique démocratique socialiste…

Publiée par PPDS Europe sur Mercredi 29 avril 2026

Condamnation sans appel de l’offensive sioniste et des régimes arabes « réactionnaires »

C’est toutefois sur la question palestinienne que le ton est le plus appuyé. Le PPDS dénonce la « guerre génocidaire en cours à Gaza », les politiques de blocus, de famine et de déplacement forcé, et réaffirme son soutien « total à la résistance sous toutes ses formes ». Le communiqué rejette une loi autorisant l’exécution des prisonniers, qu’il présente comme une escalade visant le mouvement carcéral palestinien, tandis que le parti promet d’intensifier les démarches pour accueillir en Tunisie des détenus expulsés dont l’état de santé se dégrade.

Le texte s’étend également sur la situation au Liban : les attaques sionistes malgré les trêves, le projet d’occupation du Sud-Liban délimité par une « ligne jaune » coloniale, et la volonté de désarmer la résistance libanaise – désormais élevée au rang d’icône historique – sont vigoureusement combattus. Le PPDS, qui dit refuser toute normalisation, accuse les « régimes arabes réactionnaires » de soutenir activement ces entreprises impérialistes.

Tunisie : un pouvoir accusé de démanteler les acquis sociaux et les libertés

Le volet national de la déclaration est tout aussi acerbe. Pour le PPDS, la crise tunisienne ne relève pas d’une conjoncture défavorable mais de choix structurels : dépendance aux capitaux étrangers, maintien au pouvoir d’une coalition de classe réactionnaire, et renoncement aux revendications populaires des soulèvements de décembre 2010–janvier 2011 et du 25 juillet 2021. Le parti dénonce le démantèlement progressif des subventions, illustré par le retrait des produits soutenus des marchés au profit d’alternatives comme le « pain au son », qui pénalise les classes populaires.

Sur le plan institutionnel, le Conseil accuse directement le président Kaïs Saïed et le Parlement de brader la souveraineté énergétique nationale. L’octroi de nouvelles concessions pour les énergies renouvelables à Gafsa, Sidi Bouzid, Gabès et Kairouan est interprété comme une étape vers la privatisation de la STEG, la compagnie nationale d’électricité et de gaz. À cela s’ajoute un système fiscal jugé inéquitable, notamment dans les carrières de sable et de marbre, ainsi que des transferts de crédits carbone sans évaluation sérieuse de leur impact environnemental.

Sur le front des droits, le PPDS exige l’abrogation du décret-loi 54, la mise en place effective de la Cour constitutionnelle, et dénonce le « chantage » exercé contre les organisations nationales – qu’il distingue des associations « suspectes » financées par des intérêts coloniaux. Le parti prend la défense de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), dont les « mesures arbitraires » viseraient à étouffer l’activité syndicale (suppression du prélevement automatique, annulation des négociations). De même, il condamne les restrictions imposées au mouvement de solidarité avec la Palestine, et réclame la libération immédiate de Ghassen Henchiri, membre de son bureau politique, détenu selon lui pour des accusations mensongères.

Enfin, le PPDS fustige la montée des discours racistes, dont il tient le régime responsable, et réaffirme que la migration est « un droit humain fondamental et un mouvement de résistance contre le capitalisme ». Le texte appelle à la construction d’un « front national progressiste », distinct des Frères musulmans, des destouriens et du Front du salut, pour constituer une alternative à l’autorité de Saïed, criminaliser la normalisation avec Israël et défendre les marges de liberté.

Contexte tunisien : entre héritage révolutionnaire et recompositions autoritaires

Ce discours radical s’inscrit dans un paysage politique tunisien profondément fracturé depuis la révolution de 2011. Le PPDS, qui se réclame d’une gauche patriotique et socialiste, demeure une force relativement marginale sur l’échiquier électoral mais jouit d’une certaine présence militante dans les bastions ouvriers et les universités. Son rejet aussi bien du président Saïed que de l’islam politique et des héritiers du RCD (ex-parti de Ben Ali) illustre la difficulté à constituer une opposition unie. L’évocation répétée du « vide constitutionnel » – la Cour constitutionnelle n’étant toujours pas pleinement opérationnelle plus de deux ans après la nouvelle Constitution de 2022 – est un marqueur récurrent des critiques adressées au chef de l’État. Par ailleurs, le décret-loi 54, réprimant la diffusion de « fausses nouvelles », a été utilisé à plusieurs reprises contre des opposants politiques, des journalistes et des avocats, alimentant les rapports d’organisations internationales dénonçant un recul des libertés en Tunisie.

L’opposition tunisienne tente de mobiliser, mais la marge de manœuvre se réduit

En achevant ses travaux sur un appel à l’unification des forces progressistes et à l’élargissement du mouvement populaire, le PPDS affiche sa volonté de peser dans le défi politique tunisien. Pourtant, les restrictions à la liberté de réunion et la fragmentation de l’opposition posent la question de sa capacité à transformer ce réquisitoire en rapport de forces. Alors que le pouvoir continue de justifier ses mesures d’exception par la nécessité de lutter contre « l’étranger » et les « traîtres », la ligne tracée par le PPDS – anti-impérialiste, antilibérale et opposée à toute normalisation avec Israël – parviendra-t-elle à rassembler au-delà de son noyau militant, ou restera-t-elle cantonnée à un rôle de vigie radicale dans un espace politique tunisien toujours plus verrouillé ?

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