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Tunisie : Le député Ahmed Saïdani condamné à huit mois de prison
La chambre correctionnelle du tribunal de première instance de Tunis a condamné, ce jeudi 19 février 2026, le député Ahmed Saïdani à une peine de huit mois d’emprisonnement. Le parquet avait émis un mandat de dépôt à son encontre et l’avait déféré devant la juridiction correctionnelle pour des accusations de « diffamation envers autrui via les réseaux publics de communications ».
Cette décision judiciaire intervient deux semaines après l’arrestation du parlementaire, intervenue le 4 février 2026 . Ahmed Saïdani, élu député lors des élections législatives de fin 2022, était devenu ces derniers mois l’une des voix critiques les plus audibles à l’égard du président Kaïs Saïed, après avoir initialement soutenu les mesures exceptionnelles prises par le chef de l’État en 2021 .
Des accusations liées à des publications sur les réseaux sociaux
Selon les éléments de l’enquête préliminaire, les poursuites judiciaires contre le député trouvent leur origine dans des publications sur les réseaux sociaux jugées diffamatoires. La veille de son arrestation, M. Saïdani avait publié sur sa page Facebook un message qualifiant le président de la République de « commandant suprême des eaux usées et du drainage des eaux pluviales », une formule moqueuse visant à dénoncer ce qu’il présentait comme l’absence de réalisations concrètes du chef de l’État.
Le député s’était également illustré par d’autres critiques acerbes, raillant notamment le président pour ce qu’il décrivait comme un « passe-temps consistant à prendre des photos avec les pauvres et les nécessiteux », ajoutant sur un ton sarcastique que Kaïs Saïed « prétend non seulement avoir des solutions pour la Tunisie, mais aussi des approches globales capables de sauver l’humanité » .
La question de l’immunité parlementaire au cœur du débat
Cette condamnation relance le débat sur la protection juridique dont bénéficient théoriquement les représentants du peuple. En vertu de la législation tunisienne, les députés jouissent d’une immunité parlementaire et ne peuvent être arrêtés ou poursuivis dans le cadre de l’exercice de leurs fonctions, sauf en cas de flagrant délit.
L’arrestation puis la condamnation d’Ahmed Saïdani interviennent dans un contexte plus large de durcissement à l’égard des voix critiques. Depuis les mesures exceptionnelles prises par le président Kaïs Saïed en juillet 2021 – que l’opposition qualifie de « coup d’État » – plusieurs personnalités de l’opposition, journalistes et critiques du pouvoir ont été incarcérées . Le président Saïed, qui nie toute dérive autoritaire et affirme agir pour « purifier » le pays et appliquer la loi, gouverne désormais par décrets, une pratique dénoncée par ses adversaires.
Au moment de la publication de cet article, ni la défense d’Ahmed Saïdani ni ses collègues parlementaires n’avaient officiellement réagi à cette décision de justice.
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