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Tunisie : Chaima Issa a passé 100 jours en détention, symbole de la dérive autoritaire et du sort des femmes prisonnières

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L’opposante politique Chaima Issa a franchi ce mois-ci le cap des 100 jours de détention , une situation qui illustre la répression croissante contre les voix critiques en Tunisie et pose avec acuité la question du traitement des femmes incarcérées sous le régime du président Kaïs Saïed.

Figure de l’opposition et militante de premier plan, Chaima Issa a été arrêtée dans le cadre d’une vague de poursuites visant personnalités politiques, journalistes et militants. Son maintien en détention, au-delà des délais légaux que plusieurs organisations dénoncent comme systématiquement bafoués, est devenu l’un des symboles de ce que les associations de défense des droits humains qualifient de « démantèlement méthodique des acquis démocratiques » post-2011 .

Des femmes derrière les barreaux pour leur engagement

Le cas de Chaima Issa n’est malheureusement pas isolé. Derrière les murs des prisons tunisiennes, elles sont nombreuses à purger des peines ou à attendre un procès pour des motifs liés à leur engagement citoyen. L’organisation Women Journalists Without Chains a dénoncé avec force, à l’occasion de la Journée nationale de la femme d’août 2025, une situation alarmante : « Le préjudice va au-delà de l’abolition de la parité dans la Constitution de 2022 et de l’affaiblissement des institutions pour l’égalité — il pénètre dans les foyers, arrachant des mères, des sœurs, des avocates, des journalistes et des activistes, souvent sur la base d’accusations forgées de toutes pièces » .

Ces « femmes prisonnières d’opinion » subissent le poids d’un système judiciaire de plus en plus politisé. Le décret-loi 54, utilisé pour réduire au silence les voix dissidentes, est régulièrement brandi contre elles . Derrière les statistiques, il y a des vies et des familles brisées. L’organisation cite des exemples poignants comme Monia Ibrahim, épouse du prisonnier politique Abdelhamid Jelassi, ou l’avocate Dalila Ben Mabrouk Mossadeq, qui endurent chaque semaine l’épreuve dégradante de la quffa — ce lourd panier de nourriture et de vêtements qu’elles doivent porter après de longues heures d’attente pour quelques minutes de visite à leurs proches détenus .

Le cas récent de Chadha Hadj Mbarek, journaliste emprisonnée depuis juillet 2023, a particulièrement ému l’opinion. Selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), sa santé s’est gravement détériorée en détention, avec la découverte d’une tumeur maligne dont le diagnostic a été retardé en raison d’une négligence médicale prolongée, mettant sa vie en danger . Cette situation « cruelle et inhumaine », selon les termes du CPJ, illustre les conditions de détention indignes auxquelles sont confrontées ces détenues.

Même lorsque la justice semble faire un pas en arrière, l’arbitraire reste palpable. La libération en janvier 2026 de Sharifa Riahi, directrice de l’ONG France Terre d’Asile, et de ses collègues après plus de 20 mois de détention provisoire, n’a été qu’une demi-victoire . Si leur relaxe a été saluée, elle ne masque pas la répression continue du travail associatif et la facilité avec laquelle des défenseurs des droits, en particulier des femmes, peuvent être broyées par une machine judiciaire accusée de servir un agenda politique .

Un espace de liberté qui se referme

Le sort de Chaima Issa et de toutes ces femmes incarcérées est le symptôme le plus visible d’un mal plus profond : la transformation du régime tunisien en un système autoritaire. Depuis le coup de force du 25 juillet 2021, le président Kaïs Saïed a progressivement concentré tous les pouvoirs, rédigé une Constitution sur mesure et verrouillé l’espace public.

La société civile, autrefois florissante et fer de lance de la révolution de 2011, est aujourd’hui criminalisée. Les accusations de « complot contre la sûreté de l’État » ou d' »offense au chef de l’État » sont devenues monnaie courante pour museler toute opposition . Les garanties constitutionnelles et les engagements internationaux de la Tunisie, notamment en matière de liberté et de droits à un procès équitable, sont ouvertement bafoués .

L’Organisation HuMENA a dénoncé une « escalade tangible de la politique répressive et une grave détérioration des libertés publiques et de la liberté du travail associatif » . Les propos du président Saïed lui-même, qualifiant en 2023 les migrants subsahariens de « hordes » constituant une menace démographique, ont non seulement déclenché une vague de violences racistes, mais ont également donné le ton d’un discours officiel qui exclut et rejette la différence, dans un climat d’hostilité croissante envers les corps intermédiaires .

Alors que Chaima Issa entame son quatrième mois de détention, son combat rejoint celui de toutes les Tunisiennes et Tunkisiens qui refusent de voir leur pays sombrer dans l’autoritarisme. Leur détention n’est pas seulement une injustice individuelle ; elle est le miroir d’une nation où les libertés fondamentales, gagnées au prix du sang et de la révolution, sont méthodiquement démantelées. Le régime de Kaïs Saïed, en enfermant des femmes pour leurs idées et leur engagement, montre son vrai visage : celui d’un pouvoir qui a peur de ses citoyens et qui, pour se maintenir, est prêt à sacrifier l’âme même de la Tunisie.

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