Politique
En Tunisie, le paysage médiatique se fragilise à l’approche de l’élection présidentielle
Le 28 juin dernier, Elyes Gharbi, un journaliste respecté, a fait l’annonce de son départ de l’émission « Midi Show », après neuf années à la tête de cette émission emblématique sur Mosaïque FM. Les raisons de son départ restent floues, mais il survient peu après qu’il ait exprimé des inquiétudes sur les « menaces incroyables » pesant sur le journalisme en Tunisie. Cette décision fait écho à un climat de répression croissante, particulièrement après qu’il ait été la cible d’une enquête policière pour des commentaires faits durant son émission.
Alors que le pays se prépare pour sa première élection présidentielle depuis que le président Kais Saied a pris le pouvoir, les voix dissidentes, notamment dans le secteur médiatique, sont étouffées. Human Rights Watch a rapporté qu’au moins cinq journalistes sont actuellement emprisonnés pour leurs opinions ou leur travail. Selon le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), depuis mai 2023, au moins 39 journalistes ont été poursuivis, souvent en vertu de lois répressives sur la cybercriminalité et le terrorisme.
Au cours des mois de mai et juillet 2024, des figures bien connues du journalisme, comme Borhen Bsaies et Mourad Zeghidi, ainsi que l’avocate et commentatrice Sonia Dahmani, ont été condamnés à un an de prison en vertu de la loi sur la cybercriminalité. La Cour d’appel de Tunis a ensuite réduit leurs peines à huit mois. L’année précédente, le directeur de Mosaïque FM, Noureddine Boutar, avait été incarcéré pendant trois mois, accusé de divers délits, y compris le « blanchiment d’argent » et le « complot », pour avoir prétendument incité à la rébellion contre le président Saied. D’autres médias privés, ainsi que le site indépendant Nawaat, ont également été visés par des interrogatoires policiers.
Cette répression systématique semble viser à éliminer toute forme de critique et de diversité d’opinions dans le paysage médiatique tunisien. Les débats politiques ont presque disparu des ondes. Des chaînes comme IFM et Carthage+ ont suspendu leurs émissions les plus populaires, qui accueillaient des intervenants désormais incarcérés. Khouloud Mabrouk, animatrice de l’émission « 90 minutes » sur IFM, a révélé que la fin prématurée de son programme était en partie due à des « pressions » exercées sur elle.
Les journalistes des médias publics luttent également contre la censure, cherchant à préserver leur mission de service public depuis que le président Saied a commencé à réorganiser les instances dirigeantes en 2021. De nouveaux responsables, notamment à la tête de l’agence de presse nationale Tunis Afrique Presse (TAP), ont parfois réintroduit des pratiques autoritaires. Le SNJT a rapporté que Najeh Missaoui, le PDG de la TAP, a ordonné la suppression d’une dépêche largement diffusée concernant un nouveau candidat à la présidentielle.
Il est essentiel de rappeler que le président Saied doit une partie de son ascension à la presse libre de Tunisie, ayant lui-même été élu après avoir participé aux premiers débats télévisés présidentiels en 2019. À l’approche de l’élection du 6 octobre, il est désormais de sa responsabilité de garantir la liberté des médias et l’accès à une information diversifiée.
Khadraoui Mongi
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