Politique
Le Front du Salut National organise une marche pour dénoncer les atteintes aux libertés
Ce mercredi matin, des dizaines de manifestants se sont rassemblés devant le Théâtre municipal de Tunis, à l’appel du Front du Salut National, pour commémorer le 87ème anniversaire des événements du 9 avril 1938, une date marquante de la lutte anticoloniale tunisienne. Mais au-delà de l’hommage aux martyrs tombés sous les balles françaises, la mobilisation a servi de tribune pour dénoncer la situation politique et économique actuelle, ainsi que les restrictions croissantes sur les libertés publiques.
Une commémoration transformée en contestation
Sous des banderoles exigeant « la libération des prisonniers politiques » et « l’arrêt de la répression », les participants ont scandé des slogans mêlant mémoire historique et colère contre le pouvoir en place. Le Front du Salut National, principale coalition d’opposition, a profité de cette date symbolique pour critiquer ce qu’il qualifie de « dérive autoritaire » du gouvernement, évoquant une « régression démocratique » depuis 2021.
La marche s’est déroulée dans un calme relatif, sous haute surveillance policière, sans incidents majeurs signalés. Plusieurs personnalités politiques et militants des droits de l’Homme étaient présentes, dont des familles de détenus emprisonnés pour « atteinte à la sécurité de l’État ».
La question des prisonniers politiques au cœur des tensions
La principale revendication des manifestants concernait la libération des personnes emprisonnées pour des motifs politiques. Les organisations de défense des droits humains, dont Amnesty International et HRW, recensent plusieurs dizaines de cas en Tunisie, allant de militants islamistes de Ennahdha à des figures de gauche et des journalistes accusés de « diffusion de fausses nouvelles ».
Le gouvernement rejette catégoriquement le terme « prisonniers politiques », affirmant que toutes les arrestations ont été faites dans le cadre de la loi, pour des motifs liés à la « sécurité nationale » ou à « l’incitation à la violence ». Pourtant, le rétrécissement de l’espace médiatique et la multiplication des procès contre des critiques du pouvoir alimentent les accusations de répression.
Contexte politique et économique tendu
Cette mobilisation intervient dans un climat de fortes tensions, marqué par :
- Un blocage politique persistant depuis la suspension du Parlement en 2021.
- Une crise économique aggravée par l’inflation et le chômage, particulièrement chez les jeunes.
- Des réformes controversées du président Kaïs Saïd, perçues par l’opposition comme un renforcement des pouvoirs présidentiels.
Le Front du Salut National exige un retour au dialogue national et des élections libres, tandis que le camp présidentiel accuse l’opposition de « saper la stabilité ».
Solidarité avec la Palestine
Comme lors de chaque manifestation en Tunisie depuis octobre 2023, les participants ont exprimé leur soutien au peuple palestinien, dénonçant « un génocide » à Gaza. Un rappel que, malgré les divisions internes, la cause palestinienne reste un sujet de consensus national.
Conclusion : Mémoire et combat politique
En 1938, les Tunisiens se sont soulevés pour l’indépendance. En 2025, certains estiment que la lutte pour les libertés est à recommencer. Entre hommage aux martyrs et colère contre le présent, cette marche illustre les fractures d’une Tunisie en quête de repères démocratiques.
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